Éric Villeneuve

Photo de Éric  Villeneuve
© Éric Villeneuve

biographie

Né en 1959 à Lyon, Rhône

Vit dans le Rhône

roman

Bien qu' "Eric Villeneuve" ne soit pas un nom de plume, dans le registre biographique on ne trouve à lui associer que des titres de livres : trois romans parus entre 1981 et 1996.

Le premier, "Grouge", petite planète de fables héritée de l'enfance et visitée par différents narrateurs, fut édité chez Hachette dans la collection P.O.L.

Le second, intitulé "Le Morticien", est une thèse de doctorat écrite sous forme de roman et consacrée - si l'on veut bien admettre qu'il est possible, un temps, de substituer au discours critique un énoncé purement métaphorique - à Kafka, Guyotat et Le Clézio.

"La Lune seule", enfin, nous conte les aventures de Samuel qui, par la grâce de l'amnésie, renaît chaque jour dans un monde différent et trouve ainsi - de chapitre un en chapitre un - sa vraie place sur terre (quelque part, en vérité, entre la terre et la lune).

Laissons à présent la parole à Edhem Henry Scrivali, un personnage qui n'apparaît dans aucun de ces trois romans et qui en appelle donc à l'existence d'un quatrième, pour exister lui-même… Que dit Edhem, alors qu'il se trouve confronté à un mystérieux interlocuteur ? Ceci : "Je ne sais pas comment tu es fait, Sterne. Par rapport à moi ou à n'importe quel autre homme à bord. Ce que je sais, en revanche, c'est comment on s'adresse à un être tel que toi pour la première fois : comme cela, sans être sûr de prononcer les bonnes paroles."

Ici aussi, on a dit (de soi) ce qu'on a pu, mais on n'est sûr de rien. E.V.

bibliographie

  • Aventures dans l'île de juillet, POL, 2011.
  • La Lune seule, POL, 1996.
  • Le Morticien, POL, 1987.
  • Grouge, Hachette, 1981.

extraits

Prélude à l'île de juillet

Longtemps j'ai négligé d'employer le ton de la conversation, pour raconter mon histoire. J'aspirais à un style plus noble, sans doute, me privant ainsi du réconfort qu'apporte ce ton-là quand il devient une habitude.
Je suis jeune encore. Se peut-il que chez moi la sagesse l'emporte déjà sur l'ambition ? Il le faudrait car lorsqu'on est jeune et peu averti on n'imagine pas, même si l'on souffre, de recourir au ton de la conversation. On essaie toutes les solutions pour aller mieux sauf de desserrer l'étau de son propre langage.

Peut-être jugera-t-on que, moi-même, j'œuvre à peine dans le sens indiqué. Il subsiste, j'en conviens, bien des rigidités dans mon discours. Mais un changement se prépare. Sous peu, ma parole deviendra plus douce, plus fluide. Je n'en fais pas le serment bien sûr : ce serait trop solennel. Non, advienne que pourra.

Je m'aperçois qu'il n'est pas nécessaire encore de dire comment je me nomme, ni où je vis, ni quelle activité est la mienne.
Je flotte, comme en marge de la vie quotidienne. Les paroles viennent aisément, de la sorte. Mais je me réfrène un peu, par crainte de devenir bavard. J'attends que se dégage une ligne de force. L'idéal serait que mes paroles répondent à un appel, au lieu de s'écouler en vain. Mais saurai-je être attentif aujourd'hui où il y a de la féerie dans l'air ?

Au-dessus des toits, le ciel est tel que je l'ai contemplé la nuit dernière : blanc, uni, presque luminescent. À cela on devine que la ville, elle, est enneigée : un ciel blanc jour et nuit appartient à l'hiver, au plus fort de l'hiver.
Dehors, le froid paraît descendre de montagnes. C'est en ouvrant une fenêtre que l'on apprécie le mieux sa pureté. Car une sortie en ville réserve d'autres surprises. Ainsi ce matin ai-je humé avec délice une odeur qu'habituellement je ne prise guère : une odeur de bouillon, qui flottait dans l'air à proximité d'un café d'habitués. L'avidité avec laquelle je la respirai, sitôt passé le premier effluve, me donna le sentiment de saisir d'instinct une planche de salut. Comme si le froid et la neige n'étaient pas qu'une source d'émerveillement.
Attentif, je crois que je réussirai à l'être maintenant que j'ai fait le point sur les "conditions climatiques" - une expression neutre à souhait : quel recul on prend grâce à elle ! Si, brusquement, je devais passer outre la féerie de l'hiver pour répondre à une sollicitation plus directe - l'appel que j'attends - ma voix, je le sais, ne me trahirait pas.

D'où pourrait-il émaner, cet appel ? Du passé, indubitablement. Toutes nos ressources viennent de là. Même sa propre vigueur, on la doit au fait d'avoir été jeune. Pourquoi ne pas vouer mes paroles en suspens à l'évocation d'un temps fort de mon existence, d'une entreprise réussie entre toutes mais dont je n'aurais jamais rien dit ? Un voyage lointain, par exemple, à la faveur duquel je me serais senti revivre. Le début - partir - suffirait. De quoi donner un élan décisif à mon soliloque.
Cherchant dans le passé une ouverture semblable, je subis à nouveau l'attraction de l'Asie. Oui la Chine, le Japon : autant de souvenirs heureux propres à lancer ma vie nouvelle - ma vie racontée sur le ton de la conversation…

Lorsque Julia et moi arrivâmes à Chongching (c'était il y a cinq ans déjà : nous avions choisi la Chine pour aborder le continent asiatique et je maintiens ce choix aujourd'hui) lorsque Julia et moi arrivâmes à Chongching, donc, notre bateau se trouvait déjà à quai. Nous montâmes à bord en sachant que, bientôt, la navigation prendrait fin sur le Yangtsé. Du moins celle qui permettrait de passer par les gorges du Qutang, Wuxia et Xiling - une voie fluviale condamnée par la construction d'un barrage.

Julia avait réservé deux places sur un navire de ligne, où se mêlaient habitants de la région et voyageurs venus des autres provinces de Chine. Avant de prendre possession de sa cabine, il fallait attendre l'arrivée des bagages. Précisément une colonne de porteurs descendait le chemin escarpé qui menait à l'embarcadère. Chaque homme supportait le poids de deux, parfois quatre valises, placées en équilibre sur un bambou. Quand l'un d'entre eux parlait, c'est un cri qui fusait. Tous avaient préféré le simple chemin de terre au grand escalier central, plus raide encore.

Malgré l'heure matinale, la canicule régnait. Le bracelet en cuir de ma montre avait changé de couleur. On nous avait prévenus : Chongching comptait au nombre des "fours" de la Chine, en été. Lorsque ma valise arriva, la poignée en était à moitié fondue. Sa forme étirée évoquait le travail d'un souffleur de verre.

Quelques minutes avant le départ, un passager d'une trentaine d'années se présenta à la porte de notre cabine. Nous ne le connaissions pas, ne l'avions même jamais vu. Nous nous serions souvenu de lui, de son étonnante mâchoire carrée.

D'emblée, l'homme s'excusa de nous déranger, ajouta qu'il se nommait Wang.
"Tout ira bien si vous m'appelez ainsi", précisa-t-il… Un propos qu'il amenda aussitôt :
"Pardon… Je voulais dire que, pour vous, ce serait plus simple d'utiliser ce nom."
Ultime scrupule, il ajouta :
"Bien sûr, je ne prétends pas que vous êtes de ceux pour qui tous les Chinois s'appellent Wang".
Gêné par ces excuses en cascade, je fis un pas dans sa direction et…

J'arrête là mon récit. Le but est atteint, semble-t-il : ma parole est lancée, elle s'écoule avec naturel, mais sans se perdre non plus. J'espère conserver cet acquis dans les minutes qui suivent. Car une tâche délicate m'attend : achever les présentations.

Bien sûr, j'ai peine à quitter un tel décor d'aventure. Jusqu'où aurais-je pu aller, toutefois, dans l'évocation du périple en Chine, sachant que l'histoire de notre relation avec "Monsieur Wang" ne m'appartient pas, ou si peu ?
Achever les présentations, ai-je dit…
Près de moi, on s'en souvient, il y a Julia.
On sait comment appeler le passager chinois qui frappa à la porte de notre cabine au début de la croisière.
Mais on ignore toujours mon nom.

Une fois déjà, j'ai repoussé le moment de le dire. Je me sentais libre d'agir ainsi. Peut-être avais-je l'ambition secrète de le révéler dans les circonstances de mon choix ? Il existe en effet pour chacun - même si très peu de gens font l'effort de l'imaginer - un ensemble de circonstances que je qualifierais d'idéal pour se présenter : une sorte de "scène primitive" du nom, au déroulement aléatoire en apparence mais à l'issue de laquelle nous nous accordons à notre prénom et à notre nom d'une manière parfaite, que nous les aimions ou pas d'habitude.

Parce qu'elle tend à corriger les défauts de la vie, une telle scène appartient plutôt au domaine de l'imagination. Envisager la sienne oblige donc à perdre un temps le fil conducteur de la réalité.

Serait-ce prudent dans mon cas ? Non, mais je n'ai pas le choix si je veux en terminer aujourd'hui avec la question du nom. Il se peut même que je renonce provisoirement au ton de la conversation, afin de préserver les qualités spécifiques de ma "scène".

Sur le point de commencer, je mesure mon imprudence. Envisager d'abandonner le ton de la conversation… Ai-je une autre chance d'améliorer mon sort ? Non, plus maintenant. Il me faut donc éviter à tout prix la rupture de ton.

Un mot encore. À propos de cette manière que nous avons parfois, sans le savoir, de nous placer hors du temps. J'en parle maintenant parce que la "scène du nom", précisément, semble se dérouler hors du temps. Et pourquoi pas ? La manœuvre qui le permet est simple et discrète : elle requiert très peu de moyens. Oui, pour s'abstraire de son époque, il suffit de négliger toutes les choses qui nous y rattachent - de passer à côté d'elles sans les voir. Si dépendants que nous croyons être de notre environnement, de nos habitudes liées à la possession d'objets, il est toujours possible d'agir de la sorte. Et, quand on le fait d'instinct, tel un être opérant sous l'emprise de la passion le plus radical des tris, on le fait avec une infaillibilité confondante. Ainsi en va-t-il, je crois, tout au long de la scène qui commence…

Extrait d'un quatrième livre à paraître © Éric Villeneuve

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe

presse

livre & lire

Éric Villeneuve

Photo de Éric  Villeneuve
© Éric Villeneuve

biographie

Né en 1959 à Lyon, Rhône

Vit dans le Rhône

roman

Bien qu' "Eric Villeneuve" ne soit pas un nom de plume, dans le registre biographique on ne trouve à lui associer que des titres de livres : trois romans parus entre 1981 et 1996.

Le premier, "Grouge", petite planète de fables héritée de l'enfance et visitée par différents narrateurs, fut édité chez Hachette dans la collection P.O.L.

Le second, intitulé "Le Morticien", est une thèse de doctorat écrite sous forme de roman et consacrée - si l'on veut bien admettre qu'il est possible, un temps, de substituer au discours critique un énoncé purement métaphorique - à Kafka, Guyotat et Le Clézio.

"La Lune seule", enfin, nous conte les aventures de Samuel qui, par la grâce de l'amnésie, renaît chaque jour dans un monde différent et trouve ainsi - de chapitre un en chapitre un - sa vraie place sur terre (quelque part, en vérité, entre la terre et la lune).

Laissons à présent la parole à Edhem Henry Scrivali, un personnage qui n'apparaît dans aucun de ces trois romans et qui en appelle donc à l'existence d'un quatrième, pour exister lui-même… Que dit Edhem, alors qu'il se trouve confronté à un mystérieux interlocuteur ? Ceci : "Je ne sais pas comment tu es fait, Sterne. Par rapport à moi ou à n'importe quel autre homme à bord. Ce que je sais, en revanche, c'est comment on s'adresse à un être tel que toi pour la première fois : comme cela, sans être sûr de prononcer les bonnes paroles."

Ici aussi, on a dit (de soi) ce qu'on a pu, mais on n'est sûr de rien. E.V.

bibliographie

  • Aventures dans l'île de juillet, POL, 2011.
  • La Lune seule, POL, 1996.
  • Le Morticien, POL, 1987.
  • Grouge, Hachette, 1981.

extraits

Prélude à l'île de juillet

Longtemps j'ai négligé d'employer le ton de la conversation, pour raconter mon histoire. J'aspirais à un style plus noble, sans doute, me privant ainsi du réconfort qu'apporte ce ton-là quand il devient une habitude.
Je suis jeune encore. Se peut-il que chez moi la sagesse l'emporte déjà sur l'ambition ? Il le faudrait car lorsqu'on est jeune et peu averti on n'imagine pas, même si l'on souffre, de recourir au ton de la conversation. On essaie toutes les solutions pour aller mieux sauf de desserrer l'étau de son propre langage.

Peut-être jugera-t-on que, moi-même, j'œuvre à peine dans le sens indiqué. Il subsiste, j'en conviens, bien des rigidités dans mon discours. Mais un changement se prépare. Sous peu, ma parole deviendra plus douce, plus fluide. Je n'en fais pas le serment bien sûr : ce serait trop solennel. Non, advienne que pourra.

Je m'aperçois qu'il n'est pas nécessaire encore de dire comment je me nomme, ni où je vis, ni quelle activité est la mienne.
Je flotte, comme en marge de la vie quotidienne. Les paroles viennent aisément, de la sorte. Mais je me réfrène un peu, par crainte de devenir bavard. J'attends que se dégage une ligne de force. L'idéal serait que mes paroles répondent à un appel, au lieu de s'écouler en vain. Mais saurai-je être attentif aujourd'hui où il y a de la féerie dans l'air ?

Au-dessus des toits, le ciel est tel que je l'ai contemplé la nuit dernière : blanc, uni, presque luminescent. À cela on devine que la ville, elle, est enneigée : un ciel blanc jour et nuit appartient à l'hiver, au plus fort de l'hiver.
Dehors, le froid paraît descendre de montagnes. C'est en ouvrant une fenêtre que l'on apprécie le mieux sa pureté. Car une sortie en ville réserve d'autres surprises. Ainsi ce matin ai-je humé avec délice une odeur qu'habituellement je ne prise guère : une odeur de bouillon, qui flottait dans l'air à proximité d'un café d'habitués. L'avidité avec laquelle je la respirai, sitôt passé le premier effluve, me donna le sentiment de saisir d'instinct une planche de salut. Comme si le froid et la neige n'étaient pas qu'une source d'émerveillement.
Attentif, je crois que je réussirai à l'être maintenant que j'ai fait le point sur les "conditions climatiques" - une expression neutre à souhait : quel recul on prend grâce à elle ! Si, brusquement, je devais passer outre la féerie de l'hiver pour répondre à une sollicitation plus directe - l'appel que j'attends - ma voix, je le sais, ne me trahirait pas.

D'où pourrait-il émaner, cet appel ? Du passé, indubitablement. Toutes nos ressources viennent de là. Même sa propre vigueur, on la doit au fait d'avoir été jeune. Pourquoi ne pas vouer mes paroles en suspens à l'évocation d'un temps fort de mon existence, d'une entreprise réussie entre toutes mais dont je n'aurais jamais rien dit ? Un voyage lointain, par exemple, à la faveur duquel je me serais senti revivre. Le début - partir - suffirait. De quoi donner un élan décisif à mon soliloque.
Cherchant dans le passé une ouverture semblable, je subis à nouveau l'attraction de l'Asie. Oui la Chine, le Japon : autant de souvenirs heureux propres à lancer ma vie nouvelle - ma vie racontée sur le ton de la conversation…

Lorsque Julia et moi arrivâmes à Chongching (c'était il y a cinq ans déjà : nous avions choisi la Chine pour aborder le continent asiatique et je maintiens ce choix aujourd'hui) lorsque Julia et moi arrivâmes à Chongching, donc, notre bateau se trouvait déjà à quai. Nous montâmes à bord en sachant que, bientôt, la navigation prendrait fin sur le Yangtsé. Du moins celle qui permettrait de passer par les gorges du Qutang, Wuxia et Xiling - une voie fluviale condamnée par la construction d'un barrage.

Julia avait réservé deux places sur un navire de ligne, où se mêlaient habitants de la région et voyageurs venus des autres provinces de Chine. Avant de prendre possession de sa cabine, il fallait attendre l'arrivée des bagages. Précisément une colonne de porteurs descendait le chemin escarpé qui menait à l'embarcadère. Chaque homme supportait le poids de deux, parfois quatre valises, placées en équilibre sur un bambou. Quand l'un d'entre eux parlait, c'est un cri qui fusait. Tous avaient préféré le simple chemin de terre au grand escalier central, plus raide encore.

Malgré l'heure matinale, la canicule régnait. Le bracelet en cuir de ma montre avait changé de couleur. On nous avait prévenus : Chongching comptait au nombre des "fours" de la Chine, en été. Lorsque ma valise arriva, la poignée en était à moitié fondue. Sa forme étirée évoquait le travail d'un souffleur de verre.

Quelques minutes avant le départ, un passager d'une trentaine d'années se présenta à la porte de notre cabine. Nous ne le connaissions pas, ne l'avions même jamais vu. Nous nous serions souvenu de lui, de son étonnante mâchoire carrée.

D'emblée, l'homme s'excusa de nous déranger, ajouta qu'il se nommait Wang.
"Tout ira bien si vous m'appelez ainsi", précisa-t-il… Un propos qu'il amenda aussitôt :
"Pardon… Je voulais dire que, pour vous, ce serait plus simple d'utiliser ce nom."
Ultime scrupule, il ajouta :
"Bien sûr, je ne prétends pas que vous êtes de ceux pour qui tous les Chinois s'appellent Wang".
Gêné par ces excuses en cascade, je fis un pas dans sa direction et…

J'arrête là mon récit. Le but est atteint, semble-t-il : ma parole est lancée, elle s'écoule avec naturel, mais sans se perdre non plus. J'espère conserver cet acquis dans les minutes qui suivent. Car une tâche délicate m'attend : achever les présentations.

Bien sûr, j'ai peine à quitter un tel décor d'aventure. Jusqu'où aurais-je pu aller, toutefois, dans l'évocation du périple en Chine, sachant que l'histoire de notre relation avec "Monsieur Wang" ne m'appartient pas, ou si peu ?
Achever les présentations, ai-je dit…
Près de moi, on s'en souvient, il y a Julia.
On sait comment appeler le passager chinois qui frappa à la porte de notre cabine au début de la croisière.
Mais on ignore toujours mon nom.

Une fois déjà, j'ai repoussé le moment de le dire. Je me sentais libre d'agir ainsi. Peut-être avais-je l'ambition secrète de le révéler dans les circonstances de mon choix ? Il existe en effet pour chacun - même si très peu de gens font l'effort de l'imaginer - un ensemble de circonstances que je qualifierais d'idéal pour se présenter : une sorte de "scène primitive" du nom, au déroulement aléatoire en apparence mais à l'issue de laquelle nous nous accordons à notre prénom et à notre nom d'une manière parfaite, que nous les aimions ou pas d'habitude.

Parce qu'elle tend à corriger les défauts de la vie, une telle scène appartient plutôt au domaine de l'imagination. Envisager la sienne oblige donc à perdre un temps le fil conducteur de la réalité.

Serait-ce prudent dans mon cas ? Non, mais je n'ai pas le choix si je veux en terminer aujourd'hui avec la question du nom. Il se peut même que je renonce provisoirement au ton de la conversation, afin de préserver les qualités spécifiques de ma "scène".

Sur le point de commencer, je mesure mon imprudence. Envisager d'abandonner le ton de la conversation… Ai-je une autre chance d'améliorer mon sort ? Non, plus maintenant. Il me faut donc éviter à tout prix la rupture de ton.

Un mot encore. À propos de cette manière que nous avons parfois, sans le savoir, de nous placer hors du temps. J'en parle maintenant parce que la "scène du nom", précisément, semble se dérouler hors du temps. Et pourquoi pas ? La manœuvre qui le permet est simple et discrète : elle requiert très peu de moyens. Oui, pour s'abstraire de son époque, il suffit de négliger toutes les choses qui nous y rattachent - de passer à côté d'elles sans les voir. Si dépendants que nous croyons être de notre environnement, de nos habitudes liées à la possession d'objets, il est toujours possible d'agir de la sorte. Et, quand on le fait d'instinct, tel un être opérant sous l'emprise de la passion le plus radical des tris, on le fait avec une infaillibilité confondante. Ainsi en va-t-il, je crois, tout au long de la scène qui commence…

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