Alain Blanc

Photo de Alain  Blanc
© Alain Blanc

biographie

Né en 1947 à Grenoble, Isère

Vit dans la Drôme

poésie

Études supérieures de philosophie, avant de devenir en 1972, dans ce domaine visible de la vie dite active, libraire à l'enseigne du Poisson soluble, une librairie très ouverte à la poésie, tout particulièrement au surréalisme comme l'attestait son nom.

Fonde en 1990 la revue de littérature semestrielle Voix d'encre - qu'il anime à présent avec Hervé Planquois et Alain Contassot - puis en 1992 les éditions du même nom, afin de produire des ouvrages de poésie et d'art, avec la volonté d'allier souvent les talents d'un artiste et d'un écrivain.

À ses yeux, éditer les poètes, tout en leur offrant un espace typographique de qualité, s'apparente en quelque sorte à une utopie concrète. Même si la tâche est rude, il continuera à publier les œuvres des autres ou les siennes, en prose, en vers et contre tout...

"Passionné des mots, A. Blanc a choisi l'édition comme voix 'd'encrage'. Du plaisir des découvertes au plaisir à faire découvrir, il n'y a qu'un pas que l'édition lui permet de franchir allègrement." M. Rossi ("Le Dauphiné libéré").

Entre silence et verbiage, insignifiance et lumière, le poème lui semble une approche fine du vide, ou bien du monde selon le vocabulaire élu, approche que balisent, comme autant de fragiles repères, les fanaux de quelques mots, familiers, essentiels, vitaux. Ainsi le poème serait le retour, ou seulement la promesse ? de ces mots dont parle Y. Bonnefoy qui pour finir brilleront peut-être, qui, bien que simples et transparents comme le rien du langage, seront pourtant tout, et réels. A.B.

Tous les recueils d'Alain Blanc sont des livres d'aphorismes et de poèmes.

bibliographie

  • Quatre-vingt-onze vues d'un Japon septentrional, avec Françoise Chabert et Jean-Pierre Gandebeuf, Voix d'encre, 2011.
  • L'Abécédaire d'une carpe, Voix d'encre, 2010.
  • Le jardin du tigre qui marche dans l’eau - Jardins de méditation au Japon, Voix d'encre, 2009.
  • Îles plus vertes que le songe, in Îles où le vent nous mène, avec N. Bouvier, M. Alhau et J.-Y. Masson, Voix d'encre, 2007.
  • Fatracasseries et rats par-ci et pies par-là, in Qui rira le dernier, avec E. Chevillard, J.-P. Gandebeuf et P. Jourde, Voix d'encre, 2006.
  • De la montagne et des premiers jours, encres de Serge Saunière, Voix d'encre, 2003.
  • Cyclades, semences de mer, encres de Christos Santamouris, Voix d'encre, 2000.
  • Personne sinon le crépuscule, Voix d'encre, 1998.
  • Sous le ciel sur une pierre, Rougerie, 1996.
  • Instantanés des Cyclades, calligraphies de Henri Renoux, Voix d'encre, 1995.
  • La Morsure de la terre vide, calligraphies de Hassan Massoudy, Voix d'encre, 1993.
  • De rien à rien, Rougerie, 1992.
  • La Nostalgie du présent, Rougerie, 1988.
  • Opuscule des euphories maigres et portatives, Rougerie, 1985.
  • Chorégraphie de l'erreur, Plasma, 1979.

extraits

Le Souvenir des eaux qui passent

Le vent parmi l'arbre est son inquiétude.

Un phare écarté, au cœur des tièdes ténèbres ainsi qu'un signe brièvement adressé, et te voilà face à une solitude autrement tangible. Pour autant, le goûteras-tu davantage ?

Nulle profondeur n'hypnotise comme ce bleu-vert où disparaissent les nuits hauturières

À aucun moment la mer ne m'est aussi étrangère qu'une langue étrangère.

Au premier frémissement du rafiot la petite vieille précipitamment s'est signée par trois fois. Puis mon tour est venu - pourquoi avec retard ? - d'être envahi par la peur.

D'ombre tout ruisselant, l'arbre jeté ici comme une ancre depuis les hauteurs de la nuit légère.

De toutes les phrases que tu ourdiras jamais, le sommeil se réserve les plus parfaites. Celles finement polies par les eaux millénaires où tu dors.

Telle question : suis-je bien au monde ? Est d'un dormeur en proie au rêve du courant d'air entre deux murs aveugles.

Qui cette nuit-là a soufflé une à une les ultimes flammèches de mon esprit endormi, toutes vacillantes de désordre, de diffuse appréhension et incertaines dans la rareté de l'air ?

À la force du gosier le coq hâte l'aube, besogne renouvelée dont je suis à quelques années-lumière.

Ces bouts de brindilles, ils sont tellement plus au bord de toi que n'importe quelle scène de ta vie d'autrefois. Plus rapprochés même que ne le seront jamais tes doigts ou tes propres pensées. Bois sec toi-même, tu uses de vocables qui claquent, au feu d'une dernière migration. Faute de sève et de songes assez insensés.

Mêlée à l'eau attendue et imprévisible et redoutée du silence, cette pénombre où tu descends, peu à peu perdant pied et toute marque dans la terre…

À leur incessant ramage s'être prêté corps et âme, leur avoir rendu visite après visite, avant d'apprendre seul à prendre sans bruit congé des jours, sur la pointe de pieds ne portant plus nulle part.

D'un masque vivant, d'une énigme, ce visage si désirable affuble celle qui n'a point de traits.

Lointaine la femme, à quel point lointaine au bout de ses mains… Aux yeux comme un bruissement de sourire pour témoigner encore malgré les décombres, pour suggérer quels indicibles secrets ? Femme, mais par éclairs seulement.

Ma sœur sapide, ma sœur douce-amère, à peine visible… au-delà du voile des mots tus et du sourire, de son voile entrouvert de blessures. Chair un peu irisée encore, sous l'oubli qui l'a avalée dans le sombre de son humus.

Ici, mes sentences dans le sable si lentes à forer, un sable qui ne cesse de se mouvoir et de modifier les traces, brouillé de larmes. Sentences qu'une imperceptible brise essaime, porte jusqu'à l'orée du désert.

Cet oiseau sans ailes, il vole plus haut dans le marbre… qui ne le révèle qu'ici.

Qu'il me soit encore donné une heure ou deux sans attache… où zigzaguer à loisir, jusqu'à l'heure buissonnière inconnue des cadrans - papillon anachronique, indemne de tout horizon comme de tout dessein, rédimé à sa manière.

Çophar de Naamat à Job : "Ton épreuve, tu n'y songeras lus, elle laissera le souvenir des eaux qui passent".

Lendemain combien dérisoire et funèbre : sur le seuil du domicile que nul n'a élu, comment connaître où finira non pas ? Un dedans, un dehors, au vrai il n'y en aura plus, sous le règne des miettes. À la fenêtre, le monde apparaît de moins en moins préhensible, lui qui pourtant jouait les forêts abyssales, les plateaux aveuglants de calcaire et de vent, les odorants bocages, et allumait à foison astres fruits ébriétés mélancolies et toutes saisons.

Le monde bientôt comme un buée. Avec quelle forme de souvenir de moi, quelle immatérielle signature pour attester qu'au sein j'ai mêlé mon souffle, un moment très court, une journée sans fin ? Du fond de sa mémoire d'alluvions et de vent je me lèverai, mêlé à l'insistante sève d'une graminée nouvelle.

Inédit © Alain Blanc

médiation

  • création de livres et d'expositions

dispositif Club Culture (les écrivains dans les lycées)

Alain Blanc

Photo de Alain  Blanc
© Alain Blanc

biographie

Né en 1947 à Grenoble, Isère

Vit dans la Drôme

poésie

Études supérieures de philosophie, avant de devenir en 1972, dans ce domaine visible de la vie dite active, libraire à l'enseigne du Poisson soluble, une librairie très ouverte à la poésie, tout particulièrement au surréalisme comme l'attestait son nom.

Fonde en 1990 la revue de littérature semestrielle Voix d'encre - qu'il anime à présent avec Hervé Planquois et Alain Contassot - puis en 1992 les éditions du même nom, afin de produire des ouvrages de poésie et d'art, avec la volonté d'allier souvent les talents d'un artiste et d'un écrivain.

À ses yeux, éditer les poètes, tout en leur offrant un espace typographique de qualité, s'apparente en quelque sorte à une utopie concrète. Même si la tâche est rude, il continuera à publier les œuvres des autres ou les siennes, en prose, en vers et contre tout...

"Passionné des mots, A. Blanc a choisi l'édition comme voix 'd'encrage'. Du plaisir des découvertes au plaisir à faire découvrir, il n'y a qu'un pas que l'édition lui permet de franchir allègrement." M. Rossi ("Le Dauphiné libéré").

Entre silence et verbiage, insignifiance et lumière, le poème lui semble une approche fine du vide, ou bien du monde selon le vocabulaire élu, approche que balisent, comme autant de fragiles repères, les fanaux de quelques mots, familiers, essentiels, vitaux. Ainsi le poème serait le retour, ou seulement la promesse ? de ces mots dont parle Y. Bonnefoy qui pour finir brilleront peut-être, qui, bien que simples et transparents comme le rien du langage, seront pourtant tout, et réels. A.B.

Tous les recueils d'Alain Blanc sont des livres d'aphorismes et de poèmes.

bibliographie

  • Quatre-vingt-onze vues d'un Japon septentrional, avec Françoise Chabert et Jean-Pierre Gandebeuf, Voix d'encre, 2011.
  • L'Abécédaire d'une carpe, Voix d'encre, 2010.
  • Le jardin du tigre qui marche dans l’eau - Jardins de méditation au Japon, Voix d'encre, 2009.
  • Îles plus vertes que le songe, in Îles où le vent nous mène, avec N. Bouvier, M. Alhau et J.-Y. Masson, Voix d'encre, 2007.
  • Fatracasseries et rats par-ci et pies par-là, in Qui rira le dernier, avec E. Chevillard, J.-P. Gandebeuf et P. Jourde, Voix d'encre, 2006.
  • De la montagne et des premiers jours, encres de Serge Saunière, Voix d'encre, 2003.
  • Cyclades, semences de mer, encres de Christos Santamouris, Voix d'encre, 2000.
  • Personne sinon le crépuscule, Voix d'encre, 1998.
  • Sous le ciel sur une pierre, Rougerie, 1996.
  • Instantanés des Cyclades, calligraphies de Henri Renoux, Voix d'encre, 1995.
  • La Morsure de la terre vide, calligraphies de Hassan Massoudy, Voix d'encre, 1993.
  • De rien à rien, Rougerie, 1992.
  • La Nostalgie du présent, Rougerie, 1988.
  • Opuscule des euphories maigres et portatives, Rougerie, 1985.
  • Chorégraphie de l'erreur, Plasma, 1979.

extraits

Le Souvenir des eaux qui passent

Le vent parmi l'arbre est son inquiétude.

Un phare écarté, au cœur des tièdes ténèbres ainsi qu'un signe brièvement adressé, et te voilà face à une solitude autrement tangible. Pour autant, le goûteras-tu davantage ?

Nulle profondeur n'hypnotise comme ce bleu-vert où disparaissent les nuits hauturières

À aucun moment la mer ne m'est aussi étrangère qu'une langue étrangère.

Au premier frémissement du rafiot la petite vieille précipitamment s'est signée par trois fois. Puis mon tour est venu - pourquoi avec retard ? - d'être envahi par la peur.

D'ombre tout ruisselant, l'arbre jeté ici comme une ancre depuis les hauteurs de la nuit légère.

De toutes les phrases que tu ourdiras jamais, le sommeil se réserve les plus parfaites. Celles finement polies par les eaux millénaires où tu dors.

Telle question : suis-je bien au monde ? Est d'un dormeur en proie au rêve du courant d'air entre deux murs aveugles.

Qui cette nuit-là a soufflé une à une les ultimes flammèches de mon esprit endormi, toutes vacillantes de désordre, de diffuse appréhension et incertaines dans la rareté de l'air ?

À la force du gosier le coq hâte l'aube, besogne renouvelée dont je suis à quelques années-lumière.

Ces bouts de brindilles, ils sont tellement plus au bord de toi que n'importe quelle scène de ta vie d'autrefois. Plus rapprochés même que ne le seront jamais tes doigts ou tes propres pensées. Bois sec toi-même, tu uses de vocables qui claquent, au feu d'une dernière migration. Faute de sève et de songes assez insensés.

Mêlée à l'eau attendue et imprévisible et redoutée du silence, cette pénombre où tu descends, peu à peu perdant pied et toute marque dans la terre…

À leur incessant ramage s'être prêté corps et âme, leur avoir rendu visite après visite, avant d'apprendre seul à prendre sans bruit congé des jours, sur la pointe de pieds ne portant plus nulle part.

D'un masque vivant, d'une énigme, ce visage si désirable affuble celle qui n'a point de traits.

Lointaine la femme, à quel point lointaine au bout de ses mains… Aux yeux comme un bruissement de sourire pour témoigner encore malgré les décombres, pour suggérer quels indicibles secrets ? Femme, mais par éclairs seulement.

Ma sœur sapide, ma sœur douce-amère, à peine visible… au-delà du voile des mots tus et du sourire, de son voile entrouvert de blessures. Chair un peu irisée encore, sous l'oubli qui l'a avalée dans le sombre de son humus.

Ici, mes sentences dans le sable si lentes à forer, un sable qui ne cesse de se mouvoir et de modifier les traces, brouillé de larmes. Sentences qu'une imperceptible brise essaime, porte jusqu'à l'orée du désert.

Cet oiseau sans ailes, il vole plus haut dans le marbre… qui ne le révèle qu'ici.

Qu'il me soit encore donné une heure ou deux sans attache… où zigzaguer à loisir, jusqu'à l'heure buissonnière inconnue des cadrans - papillon anachronique, indemne de tout horizon comme de tout dessein, rédimé à sa manière.

Çophar de Naamat à Job : "Ton épreuve, tu n'y songeras lus, elle laissera le souvenir des eaux qui passent".

Lendemain combien dérisoire et funèbre : sur le seuil du domicile que nul n'a élu, comment connaître où finira non pas ? Un dedans, un dehors, au vrai il n'y en aura plus, sous le règne des miettes. À la fenêtre, le monde apparaît de moins en moins préhensible, lui qui pourtant jouait les forêts abyssales, les plateaux aveuglants de calcaire et de vent, les odorants bocages, et allumait à foison astres fruits ébriétés mélancolies et toutes saisons.

Le monde bientôt comme un buée. Avec quelle forme de souvenir de moi, quelle immatérielle signature pour attester qu'au sein j'ai mêlé mon souffle, un moment très court, une journée sans fin ? Du fond de sa mémoire d'alluvions et de vent je me lèverai, mêlé à l'insistante sève d'une graminée nouvelle.

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