Anne Sauvy

Photo de Anne  Sauvy
© Anne Sauvy

biographie

Née

Vit à Paris et en Haute-Savoie

roman, récit, essai

bibliographie

  • Chamonix d'un siècle à l'autre, Arthaud, Sans limites, 2001.
  • Secours en montagne : chronique d'un été, Arthaud, Sans limites, 1998.
  • Nadir, Glénat, Hommes et montagnes, 1995.
  • La Ténèbre et l'azur, Arthaud, 1991.
  • Le Miroir du cœur : quatre siècles d'images savantes et populaires, Cerf, 1989.
  • Guide, Pierre Leroux, texte écrit par Anne Sauvy, Arthaud, Altitudes, 1989.
  • Le Jeu de la montagne et du hasard, Montalba, 1985. Réédition dans L'Empreinte du temps aux PUG en 1995.
  • Les Flammes de pierre, Montalba, 1982. Réédition dans L'Empreinte du temps aux PUG en 1993.
  • Livres saisis à Paris entre 1678 et 1701, M.Nijhoff (Pays-Bas), 1972.

extraits

La Porte

Trois mois plus tôt, Noël Gille ne connaissait pas même l'existence de la sous-préfecture de Louvancy et c'est presque à l'improviste que son affectation en ce lieu lui avait été annoncée.
- Tu ne vas pas aller t'enterrer dans ce trou perdu ! lui avaient dit ses amis. Ce n'est pas possible ! Personne n'a jamais entendu parler de Louvancy ! Tu y disparaîtrais corps et biens ! Fais quelque chose… Démissionne !
Démissionner, il y avait effectivement songé, se regimbant contre ce détachement en province, mais il avait repoussé cette solution par trop extrême. Après tout, on revient de Louvancy comme d'ailleurs… Et maintenant qu'il lui semblait y vivre depuis très longtemps, il frémissait à l'idée qu'il aurait pu tenter, et peut-être réussir, des démarches pour contrecarrer ce déplacement qui lui paraissait, si peu auparavant, mal venu.
Louvancy était en vérité une délicieuse petite ville, avec ses vieux quartiers, ses halles, ses rues étroites où s'étageaient des maisons à encorbellement, ses pavés de pierres rondes et ses fenêtres fleuries d'œillets.
Noël Gille avait trouvé à se loger au cœur de l'ancienne cité, chez une femme d'âge qui louait deux pièces de son appartement devenu trop vaste à la suite de divers deuils, dont elle lui faisait heureusement grâce.
On entrait dans la maison comme dans un sanctuaire, par un lourd portail orné de clous qui vous défendait bien du monde. Situé au deuxième étage, le logis sentait la cire d'abeille et la confiture de cassis. Une horloge en noyer y égrenait des heures calmes. Les fenêtres ouvraient sur les jardins intérieurs que recelait la ville et où, en cette fin d'avril bleuté, s'épanouissaient les premières roses.
Chaque matin, selon leur convention, madame Merlin préparait pour son locataire un petit déjeuner qui lui rappelait ses vacances d'enfant… Du lait crémeux, du café qu'une pointe de chicorée rendait plus amer, de larges tartines de pain frais, beurrées et onctueuses… C'était un paradis.
Ainsi, après avoir souhaité ne pas venir à Louvancy, Noël Gille ne désirait plus qu'y rester, s'y établir, s'y enraciner pour toujours. Et pour la millième fois ces réflexions lui tournaient dans l'esprit tandis qu'un vendredi il remontait allégrement les vieilles rues qui menaient vers la Collégiale. Madame Merlin lui avait expliqué avec soin le chemin à suivre pour trouver la sous-préfecture, où l'appelait une démarche administrative. Chemin simple d'ailleurs : on gagnait la place de la Collégiale, on descendait de l'autre côté, en tournant le coin où il y avait un marchand de chaussures, on traversait le vieux marché et, de là, presque en ligne droite, quelques rues conduisaient à l'ancien hôtel particulier des comtes de Louvancy, aujourd'hui transformé en bureaux.
Pourtant, vers le vieux marché, Noël Gille hésita et dut à nouveau s'informer. Il avisa une charmante vieille dame aux cheveux de neige qui devait certainement connaître le quartier… Louvancy était plein de charmantes vieilles dames… Celle-ci se distinguait par des yeux bleu pervenche, un médaillon de jaspe et un cabas en tapisserie. Elle écouta sa requête avec un fin sourire et, à la surprise de son interlocuteur, secoua négativement sa jolie tête argentée.
- Je pourrais vous indiquer le chemin, Monsieur, je le pourrais… Mais avez-vous bien réfléchi ? Désirez-vous vraiment aller là-bas ? Vraiment ?
- Évidemment, Madame ! répondit Noël Gille avec une courtoisie qui se teintait d'une légère impatience. Évidemment ! Et c'est pour cela que je vous demande de m'indiquer ma route.
Elle le fixa d'un long regard bleuté et enfin se décida.
- Alors vous prenez cette rue, que vous voyez là, et, au bout, une autre, un peu sur la gauche, et au bout encore une autre, un peu sur la droite… Vous y serez ! Les rues s'appellent la Rue qui revient, la Rue aux Charmes et la Rue du Départ. Vous vous en souviendrez ?
- Mais oui, Madame ! Acquiesça-t-il. Merci mille fois !
Elle secoua la tête d'un air entendu et s'en alla en trottinant. Il la suivit des yeux avec affectation. C'était une adorable vieille folle qui lui rappelait, excentricité en plus, la bonne madame Merlin.
La Rue qui revient, la Rue aux Charmes et la Rue du Départ furent parcourues vivement. De toutes trois émanait la grande sérénité de la province : maisons secrètes dont des détails subtils trahissaient la poésie cachée… Heurtoirs de laiton poli, rideaux de dentelle drapés dans de hautes embrasures, volets mi-clos sur des chambres douches ou de vastes salons délaissés, frondaisons entr'aperçues par une porte vite fermée, notes de piano s'envolant par une fenêtre ouverte…
Noël Gille parvint sans mal à la sous-préfecture, bel édifice qui devait dater de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle ; un large perron en soulignait la façade, et le portail était entrebâillé. Il gravit les marches et pénétra dans un ample vestibule dallé d'un damier de carreaux noirs et blancs que les pas avaient creusés. Écrite dans une calligraphie soignée, une pancarte de carton agrémentée d'une flèche annonçait : "Les bureaux sont au premier étage".

© Anne Sauvy

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • création de livres et d'expositions
  • rencontre avec une classe
  • conférence

Anne Sauvy

Photo de Anne  Sauvy
© Anne Sauvy

biographie

Née

Vit à Paris et en Haute-Savoie

roman, récit, essai

bibliographie

  • Chamonix d'un siècle à l'autre, Arthaud, Sans limites, 2001.
  • Secours en montagne : chronique d'un été, Arthaud, Sans limites, 1998.
  • Nadir, Glénat, Hommes et montagnes, 1995.
  • La Ténèbre et l'azur, Arthaud, 1991.
  • Le Miroir du cœur : quatre siècles d'images savantes et populaires, Cerf, 1989.
  • Guide, Pierre Leroux, texte écrit par Anne Sauvy, Arthaud, Altitudes, 1989.
  • Le Jeu de la montagne et du hasard, Montalba, 1985. Réédition dans L'Empreinte du temps aux PUG en 1995.
  • Les Flammes de pierre, Montalba, 1982. Réédition dans L'Empreinte du temps aux PUG en 1993.
  • Livres saisis à Paris entre 1678 et 1701, M.Nijhoff (Pays-Bas), 1972.

extraits

La Porte

Trois mois plus tôt, Noël Gille ne connaissait pas même l'existence de la sous-préfecture de Louvancy et c'est presque à l'improviste que son affectation en ce lieu lui avait été annoncée.
- Tu ne vas pas aller t'enterrer dans ce trou perdu ! lui avaient dit ses amis. Ce n'est pas possible ! Personne n'a jamais entendu parler de Louvancy ! Tu y disparaîtrais corps et biens ! Fais quelque chose… Démissionne !
Démissionner, il y avait effectivement songé, se regimbant contre ce détachement en province, mais il avait repoussé cette solution par trop extrême. Après tout, on revient de Louvancy comme d'ailleurs… Et maintenant qu'il lui semblait y vivre depuis très longtemps, il frémissait à l'idée qu'il aurait pu tenter, et peut-être réussir, des démarches pour contrecarrer ce déplacement qui lui paraissait, si peu auparavant, mal venu.
Louvancy était en vérité une délicieuse petite ville, avec ses vieux quartiers, ses halles, ses rues étroites où s'étageaient des maisons à encorbellement, ses pavés de pierres rondes et ses fenêtres fleuries d'œillets.
Noël Gille avait trouvé à se loger au cœur de l'ancienne cité, chez une femme d'âge qui louait deux pièces de son appartement devenu trop vaste à la suite de divers deuils, dont elle lui faisait heureusement grâce.
On entrait dans la maison comme dans un sanctuaire, par un lourd portail orné de clous qui vous défendait bien du monde. Situé au deuxième étage, le logis sentait la cire d'abeille et la confiture de cassis. Une horloge en noyer y égrenait des heures calmes. Les fenêtres ouvraient sur les jardins intérieurs que recelait la ville et où, en cette fin d'avril bleuté, s'épanouissaient les premières roses.
Chaque matin, selon leur convention, madame Merlin préparait pour son locataire un petit déjeuner qui lui rappelait ses vacances d'enfant… Du lait crémeux, du café qu'une pointe de chicorée rendait plus amer, de larges tartines de pain frais, beurrées et onctueuses… C'était un paradis.
Ainsi, après avoir souhaité ne pas venir à Louvancy, Noël Gille ne désirait plus qu'y rester, s'y établir, s'y enraciner pour toujours. Et pour la millième fois ces réflexions lui tournaient dans l'esprit tandis qu'un vendredi il remontait allégrement les vieilles rues qui menaient vers la Collégiale. Madame Merlin lui avait expliqué avec soin le chemin à suivre pour trouver la sous-préfecture, où l'appelait une démarche administrative. Chemin simple d'ailleurs : on gagnait la place de la Collégiale, on descendait de l'autre côté, en tournant le coin où il y avait un marchand de chaussures, on traversait le vieux marché et, de là, presque en ligne droite, quelques rues conduisaient à l'ancien hôtel particulier des comtes de Louvancy, aujourd'hui transformé en bureaux.
Pourtant, vers le vieux marché, Noël Gille hésita et dut à nouveau s'informer. Il avisa une charmante vieille dame aux cheveux de neige qui devait certainement connaître le quartier… Louvancy était plein de charmantes vieilles dames… Celle-ci se distinguait par des yeux bleu pervenche, un médaillon de jaspe et un cabas en tapisserie. Elle écouta sa requête avec un fin sourire et, à la surprise de son interlocuteur, secoua négativement sa jolie tête argentée.
- Je pourrais vous indiquer le chemin, Monsieur, je le pourrais… Mais avez-vous bien réfléchi ? Désirez-vous vraiment aller là-bas ? Vraiment ?
- Évidemment, Madame ! répondit Noël Gille avec une courtoisie qui se teintait d'une légère impatience. Évidemment ! Et c'est pour cela que je vous demande de m'indiquer ma route.
Elle le fixa d'un long regard bleuté et enfin se décida.
- Alors vous prenez cette rue, que vous voyez là, et, au bout, une autre, un peu sur la gauche, et au bout encore une autre, un peu sur la droite… Vous y serez ! Les rues s'appellent la Rue qui revient, la Rue aux Charmes et la Rue du Départ. Vous vous en souviendrez ?
- Mais oui, Madame ! Acquiesça-t-il. Merci mille fois !
Elle secoua la tête d'un air entendu et s'en alla en trottinant. Il la suivit des yeux avec affectation. C'était une adorable vieille folle qui lui rappelait, excentricité en plus, la bonne madame Merlin.
La Rue qui revient, la Rue aux Charmes et la Rue du Départ furent parcourues vivement. De toutes trois émanait la grande sérénité de la province : maisons secrètes dont des détails subtils trahissaient la poésie cachée… Heurtoirs de laiton poli, rideaux de dentelle drapés dans de hautes embrasures, volets mi-clos sur des chambres douches ou de vastes salons délaissés, frondaisons entr'aperçues par une porte vite fermée, notes de piano s'envolant par une fenêtre ouverte…
Noël Gille parvint sans mal à la sous-préfecture, bel édifice qui devait dater de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle ; un large perron en soulignait la façade, et le portail était entrebâillé. Il gravit les marches et pénétra dans un ample vestibule dallé d'un damier de carreaux noirs et blancs que les pas avaient creusés. Écrite dans une calligraphie soignée, une pancarte de carton agrémentée d'une flèche annonçait : "Les bureaux sont au premier étage".

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