Antoine Choplin

Photo de Antoine  Choplin
© Antoine Choplin

biographie

Né en 1962 à Châteauroux, Indre

Vit en Isère

roman, poésie, récit

Je suis né en 1962, trois ans après l’enregistrement par Miles Davis de Kind of Blue.

Je me souviens que j’ai toujours aimé les livres, leur texture et leur odeur, avant même leur contenu. Je me souviens qu’à l’âge de 8 ans, j’ai écrit un (pitoyable) Club des Cinq. Je me souviens qu’adolescent, fasciné par l’Oulipo, j’ai composé quelques lipogrammes et des mots croisés sans cases noires. Je me souviens d’être allé au théâtre avec mon père ; une fois, c’était Audience et vernissage, une pièce de Vaclav Havel, en prison à l’époque, mise en scène par Jean Bois au Théâtre de l’Essaion. Je me souviens aussi de la première fois que j’ai vu Saturne dans un télescope, ou encore de mon incrédulité devant le Théorème dit « des quatre couleurs »…

J’ai étudié l’économie mathématique et exercé quelques métiers où il était conseillé de porter la cravate.

J’aime jouer, aux échecs, de la guitare, un peu de piano. J’aime la montagne, la moyenne et la haute, et tout ce qui se cache derrière et que l’on découvre une fois au sommet. Je lis tous les jours et je ne me souviens pas de tous les livres que j’ai lus. De Fernando Pessoa, de Luciano Bolis, de Samuel Beckett, de Franz Kafka, de Boris Vian, de Erri De Luca, de Georges Perec, de Louis Calaferte, de Raymond Federmann, d’Albert Camus…, je me souviens bien.

Aujourd’hui, je partage mon temps entre l’écriture et l’action culturelle.

AUTEUR,

Je vois mon écriture comme une aire de fouilles du monde sensible, curieuse des énigmes, des complexités, des étrangetés et des imaginaires. Par son parti pris intime et parfois ludique, tendue vers une observation appliquée des insignifiances (ou supposées telles), elle constitue peut-être une quête pour un regard singulier, distancié et lucide sur nos « paysages »… Avec le désir fervent de rendre un peu de l’épaisseur réelle des choses, avec la certitude pourtant de leur insaisissabilité (j’aime les propos d’Alberto Giacometti sur ces thèmes)… A.C.

bibliographie

  • Une forêt d'arbres creux, La Fosse aux ours, 2015.
  • L'Incendie, Hubert Mingarelli, La Fosse aux ours, 2015.
  • Les Gouffres, La Fosse aux ours, 2014.
  • La nuit tombée, La Fosse aux ours, 2012.
  • Debout sur la terre, La Passe du Vent, 2012.
  • Aux Fenassiers, photographies de Hortense Soichet, Créaphis, 2012.
  • Le Héron de Guernica, Éditions du Rouergue, 2011. Points 2015.
  • Cour Nord, Éditions du Rouergue, La Brune, 2010.
  • Apnées, La Fosse aux ours, 2009.
  • Cairns, photographies de Francis Helgorsky, La Dragonne, 2007.
  • L'Impasse, La Fosse aux ours, 2006.
  • Léger fracas du monde, La Fosse aux ours, 2005.
  • Radeau, La Fosse aux ours, 2003. Réédition aux éditions Pocket en 2006.
  • Tambour et peignoir incarnat, Le Petit Véhicule, 2001.
  • La Manifestation, Le Petit Véhicule, 2001. Réédition aux éditions La Dragonne en 2006.
  • Des âmes en goguette, avec des photographies de Jean Choplin, Le Petit Véhicule, 2001.
  • La Cime du regard, La Bartavelle, 2000.
  • Carnaval immobile, Éditions Brault de Bournonville, 2000.
  • Trois-Pommes du Ponant, Éditions Brault de Bournonville, 1999.
  • Matières, Éditions Danse à Lille, 1998.
  • Ellipses, regard sur 10 années de danse contemporaine, Éditions Danse à Lille, 1993.

extraits

Voilà comment ça peut commencer, une bonne journée.
Conformément aux calculs. Avec le premier rayon de lumière qui vient frapper d'un coup, comme on l'a prévu. Précisément. En plein sur la couverture pelliculée du livre, disposé au bon endroit, à force d'essais, d'erreurs, de corrections.
Et Monsieur Wagram encore au lit, qui n'a pas ouvert les yeux, mais qui devine que oui, cette fois, ça y est. C'est réussi. Le rayon surgi par le trou du volet a trouvé le livre. Même derrière les paupières closes, on peut sentir ces choses. D'abord, profiter un peu de la seule promesse, Monsieur Wagram. Se réjouir de cette quasi-certitude non encore vérifiée. Quelques secondes encore.
Et puis regarder, quand même. D'abord le plafond blanc, et dessus, toute cette grenaille de lumière, en mouvement à peine perceptible. Le bouquet des tâches, leur géométrie. Et puis aussi, fiévreusement, revenir vers la source. Voir le livre à même le sol, qui semble posé là au hasard dans la pièce nue alors qu'en fait, Monsieur Wagram. La couverture incandescente, enfin surtout dans sa partie en haut à droite. Avec les deux "NO" éblouissants. Celui de Giordano, et celui de Bruno.
Revenir au plafond, et puis repenser au trou du volet, si petit. Goûter de cette distorsion. Le trou minuscule, le plafond irradié par les figures mobiles.
Et puis, forcément, déjà, se préparer à la fin du phénomène. Surtout, ne rien faire pour tenter de le prolonger, Monsieur Wagram. Ne pas déplacer le livre. Laisser à tout cela la magie de l'instant traversé. Mérité aussi, un peu. Voilà, tout s'éteint brutalement, comme depuis un interrupteur. Plus qu'un petit rond brillant sur le parquet sombre, à côté du livre.

Une belle journée, vraiment.
Avec une lame neuve pour se raser, Monsieur Wagram. Et un regard à sa montre qui lui dit que ça va, il aura le temps, pour la fleur.
Il mâche lentement ses deux gâteaux du matin, avec de temps à autre, une ou deux gorgées d'eau tiède.
Le pot est sur le rebord de la fenêtre. Depuis quelques jours, il a décidé de le laisser dehors. Même la nuit, avec les volets en coupe froid. Enfin, en attendant les grandes lunes, parce que là, ce sera différent, Monsieur Wagram.
Il a trouvé la graine chez le brocanteur, dans un sachet aux inscriptions presque effacées. Le gars de la brocante lui a dit que ça l'étonnerait bien qu'on puisse en faire quelque chose. Que c'est plus une curiosité comme ça, juste parce que ça vient de loin, des pays chauds. Monsieur Wagram a dit vous croyez et le gars a dit on peut même plus lire son nom regardez et Monsieur Wagram en a convenu, que oui c'est vrai c'est pas lisible et le gars lui a vendu pour trois fois rien.
Après, il a gardé le sachet dans sa poche plusieurs semaines, sans trop savoir, Monsieur Wagram. Juste, caresser le papier soyeux du sachet avec le bout des doigts.
Une fois, il a inspecté le sachet, avec une loupe. Il a déchiffré quelques bribes de mots, dans le corps d'un texte aux caractères minuscules. Parmi les mots, celui de nebulosa. Ça lui a bien plu, nebulosa, à Monsieur Wagram.
Le lendemain, il a acheté un pot.

Avant d'arroser, il brasse un peu la terre avec le canif. Les volets sont ouverts, le soleil inonde. Il a dit à la fleur qu'avec des journées comme ça, quand même, tu vas bien finir par sortir de là-dessous. Non mais regarde un peu. Hein. Et il continue à aérer la terre, avec précaution. En versant l'eau dans le pot, il fredonne une mélodie improvisée, alora, bella nebulosa.
Après, il pose les coudes sur le rebord de la fenêtre, avant-bras repliés, menton au creux des paumes. Le visage à l'aplomb du pot, de la terre muette. Tous les matins, plusieurs minutes comme ça, qui passent comme des secondes.
Jusqu'au dernier moment, Monsieur Wagram.
Et alors là, prestement, enfiler la tenue. Sortir de chez lui et d'un bon pas, prendre la route de la fabrique.


Extrait de "Le Cours des choses, Monsieur Wagram" © Antoine Choplin

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique

dispositif Club Culture (les écrivains dans les lycées)

presse

livre & lire

Antoine Choplin

Photo de Antoine  Choplin
© Antoine Choplin

biographie

Né en 1962 à Châteauroux, Indre

Vit en Isère

roman, poésie, récit

Je suis né en 1962, trois ans après l’enregistrement par Miles Davis de Kind of Blue.

Je me souviens que j’ai toujours aimé les livres, leur texture et leur odeur, avant même leur contenu. Je me souviens qu’à l’âge de 8 ans, j’ai écrit un (pitoyable) Club des Cinq. Je me souviens qu’adolescent, fasciné par l’Oulipo, j’ai composé quelques lipogrammes et des mots croisés sans cases noires. Je me souviens d’être allé au théâtre avec mon père ; une fois, c’était Audience et vernissage, une pièce de Vaclav Havel, en prison à l’époque, mise en scène par Jean Bois au Théâtre de l’Essaion. Je me souviens aussi de la première fois que j’ai vu Saturne dans un télescope, ou encore de mon incrédulité devant le Théorème dit « des quatre couleurs »…

J’ai étudié l’économie mathématique et exercé quelques métiers où il était conseillé de porter la cravate.

J’aime jouer, aux échecs, de la guitare, un peu de piano. J’aime la montagne, la moyenne et la haute, et tout ce qui se cache derrière et que l’on découvre une fois au sommet. Je lis tous les jours et je ne me souviens pas de tous les livres que j’ai lus. De Fernando Pessoa, de Luciano Bolis, de Samuel Beckett, de Franz Kafka, de Boris Vian, de Erri De Luca, de Georges Perec, de Louis Calaferte, de Raymond Federmann, d’Albert Camus…, je me souviens bien.

Aujourd’hui, je partage mon temps entre l’écriture et l’action culturelle.

AUTEUR,

Je vois mon écriture comme une aire de fouilles du monde sensible, curieuse des énigmes, des complexités, des étrangetés et des imaginaires. Par son parti pris intime et parfois ludique, tendue vers une observation appliquée des insignifiances (ou supposées telles), elle constitue peut-être une quête pour un regard singulier, distancié et lucide sur nos « paysages »… Avec le désir fervent de rendre un peu de l’épaisseur réelle des choses, avec la certitude pourtant de leur insaisissabilité (j’aime les propos d’Alberto Giacometti sur ces thèmes)… A.C.

bibliographie

  • Une forêt d'arbres creux, La Fosse aux ours, 2015.
  • L'Incendie, Hubert Mingarelli, La Fosse aux ours, 2015.
  • Les Gouffres, La Fosse aux ours, 2014.
  • La nuit tombée, La Fosse aux ours, 2012.
  • Debout sur la terre, La Passe du Vent, 2012.
  • Aux Fenassiers, photographies de Hortense Soichet, Créaphis, 2012.
  • Le Héron de Guernica, Éditions du Rouergue, 2011. Points 2015.
  • Cour Nord, Éditions du Rouergue, La Brune, 2010.
  • Apnées, La Fosse aux ours, 2009.
  • Cairns, photographies de Francis Helgorsky, La Dragonne, 2007.
  • L'Impasse, La Fosse aux ours, 2006.
  • Léger fracas du monde, La Fosse aux ours, 2005.
  • Radeau, La Fosse aux ours, 2003. Réédition aux éditions Pocket en 2006.
  • Tambour et peignoir incarnat, Le Petit Véhicule, 2001.
  • La Manifestation, Le Petit Véhicule, 2001. Réédition aux éditions La Dragonne en 2006.
  • Des âmes en goguette, avec des photographies de Jean Choplin, Le Petit Véhicule, 2001.
  • La Cime du regard, La Bartavelle, 2000.
  • Carnaval immobile, Éditions Brault de Bournonville, 2000.
  • Trois-Pommes du Ponant, Éditions Brault de Bournonville, 1999.
  • Matières, Éditions Danse à Lille, 1998.
  • Ellipses, regard sur 10 années de danse contemporaine, Éditions Danse à Lille, 1993.

extraits

Voilà comment ça peut commencer, une bonne journée.
Conformément aux calculs. Avec le premier rayon de lumière qui vient frapper d'un coup, comme on l'a prévu. Précisément. En plein sur la couverture pelliculée du livre, disposé au bon endroit, à force d'essais, d'erreurs, de corrections.
Et Monsieur Wagram encore au lit, qui n'a pas ouvert les yeux, mais qui devine que oui, cette fois, ça y est. C'est réussi. Le rayon surgi par le trou du volet a trouvé le livre. Même derrière les paupières closes, on peut sentir ces choses. D'abord, profiter un peu de la seule promesse, Monsieur Wagram. Se réjouir de cette quasi-certitude non encore vérifiée. Quelques secondes encore.
Et puis regarder, quand même. D'abord le plafond blanc, et dessus, toute cette grenaille de lumière, en mouvement à peine perceptible. Le bouquet des tâches, leur géométrie. Et puis aussi, fiévreusement, revenir vers la source. Voir le livre à même le sol, qui semble posé là au hasard dans la pièce nue alors qu'en fait, Monsieur Wagram. La couverture incandescente, enfin surtout dans sa partie en haut à droite. Avec les deux "NO" éblouissants. Celui de Giordano, et celui de Bruno.
Revenir au plafond, et puis repenser au trou du volet, si petit. Goûter de cette distorsion. Le trou minuscule, le plafond irradié par les figures mobiles.
Et puis, forcément, déjà, se préparer à la fin du phénomène. Surtout, ne rien faire pour tenter de le prolonger, Monsieur Wagram. Ne pas déplacer le livre. Laisser à tout cela la magie de l'instant traversé. Mérité aussi, un peu. Voilà, tout s'éteint brutalement, comme depuis un interrupteur. Plus qu'un petit rond brillant sur le parquet sombre, à côté du livre.

Une belle journée, vraiment.
Avec une lame neuve pour se raser, Monsieur Wagram. Et un regard à sa montre qui lui dit que ça va, il aura le temps, pour la fleur.
Il mâche lentement ses deux gâteaux du matin, avec de temps à autre, une ou deux gorgées d'eau tiède.
Le pot est sur le rebord de la fenêtre. Depuis quelques jours, il a décidé de le laisser dehors. Même la nuit, avec les volets en coupe froid. Enfin, en attendant les grandes lunes, parce que là, ce sera différent, Monsieur Wagram.
Il a trouvé la graine chez le brocanteur, dans un sachet aux inscriptions presque effacées. Le gars de la brocante lui a dit que ça l'étonnerait bien qu'on puisse en faire quelque chose. Que c'est plus une curiosité comme ça, juste parce que ça vient de loin, des pays chauds. Monsieur Wagram a dit vous croyez et le gars a dit on peut même plus lire son nom regardez et Monsieur Wagram en a convenu, que oui c'est vrai c'est pas lisible et le gars lui a vendu pour trois fois rien.
Après, il a gardé le sachet dans sa poche plusieurs semaines, sans trop savoir, Monsieur Wagram. Juste, caresser le papier soyeux du sachet avec le bout des doigts.
Une fois, il a inspecté le sachet, avec une loupe. Il a déchiffré quelques bribes de mots, dans le corps d'un texte aux caractères minuscules. Parmi les mots, celui de nebulosa. Ça lui a bien plu, nebulosa, à Monsieur Wagram.
Le lendemain, il a acheté un pot.

Avant d'arroser, il brasse un peu la terre avec le canif. Les volets sont ouverts, le soleil inonde. Il a dit à la fleur qu'avec des journées comme ça, quand même, tu vas bien finir par sortir de là-dessous. Non mais regarde un peu. Hein. Et il continue à aérer la terre, avec précaution. En versant l'eau dans le pot, il fredonne une mélodie improvisée, alora, bella nebulosa.
Après, il pose les coudes sur le rebord de la fenêtre, avant-bras repliés, menton au creux des paumes. Le visage à l'aplomb du pot, de la terre muette. Tous les matins, plusieurs minutes comme ça, qui passent comme des secondes.
Jusqu'au dernier moment, Monsieur Wagram.
Et alors là, prestement, enfiler la tenue. Sortir de chez lui et d'un bon pas, prendre la route de la fabrique.


Extrait de "Le Cours des choses, Monsieur Wagram" © Antoine Choplin

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique

dispositif Club Culture (les écrivains dans les lycées)

presse

livre & lire

sur le fil

a été couronné par le prix Lettres frontière 2015 pour son roman paru en 2014 L’Affaire des vivants (éditions Phébus)

Jacques A. Bertrand reçoit le prix Alexandre-Vialatte 2015 pour son essai Brèves histoires des choses (Julliard) et pour l’ensemble de son oeuvre chez Julliard.

a reçu le prix Trop Virilo qui récompense « la plus vivace poussée de testostérone littéraire de l’année« , pour Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur Blanc), ex aequo avec Jean Teulé.

fait partie des 7 lauréats du 10e prix Handi-Livres pour son roman L’École du tonnerre (Rue du Monde).

Michel Thion a reçu le prix « Révélation de poésie 2015 » de la Société des Gens de Lettre. (SGDL), pour son recueil L’Enneigement, paru aux éditions La Rumeur Libre.

vient de recevoir le Prix Cazes Brasserie Lipp 2016 pour son roman Giratoire paru en janvier chez Serge Safran Editeur.

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