Bernard Collet

Photo de Bernard  Collet
© Bernard Collet

biographie

Né en 1950 à Casablanca, Maroc

Vit dans le Rhône

récit

Marié, trois enfants nés en 1981-1983-1985. Professeur d'anglais de 1971 à 1973. Assureur de 1974 à 1997. Gérant de société depuis 1997.

Président de l'association Arto Art contemporain depuis 1981 : organisation de nombreuses expositions en France et à l'étranger, en partenariat avec les écoles d'art de Lyon et de Saint-Étienne, avec le soutien de la DRAC Rhône-Alpes.

Co-gérant de la galerie Arthemes Art contemporain en 1996 et 1997. Membre depuis 1991 de l'association Docomomo international, conservation et documentation de l'architecture du Mouvement moderne, spécialiste de l'œuvre de Jean Prouvé. B.C.

bibliographie

  • Indalecio, La Fosse aux ours, 2007.
  • Étrangers au paradis, dessins de Jacques Barry, Jean-Pierre Huguet éditeur, 2006.
  • Paradis beach, Éditions Aïni Bennaï Casablanca, 2004.
  • Le Vent du détroit, Éditions Aïni Bennaï Casablanca, 2004.
  • "Jean Prouvé" in Coffret 2001 - Patrimoine XXe en Provence, Alpes, Côte-d'Azur, Drac-Paca, 2001.
  • Blanc atlantique, 1999.
  • L'Odeur des grands arbres, dessins de Philippe Favier, Le Bel Aujourd'hui, 1996.

extraits

Octobre à Asilah. Je me suis assis à ma table devant la mer. Un balai-brosse gorgé de chaux passe lentement sur le mur de la maison d'en face. Il est accroché au bout d'un long roseau que manie un peintre sur la terrasse. Il le descend lentement pour éviter que des gouttes de ce lait ne s'échappent et tombent sur le sol quelques mètres plus bas. Il caresse le mur sec. J'entends le bruit rêche qu'il fait dans le silence de la ruelle, la mer, le chant de deux coqs dans deux directions opposées, quelques oiseaux. Rien. Un courant d'air traverse la maison, il agite un pan de rideau devant moi. À l'extérieur l'air est doux.
La chaux ne résiste pas à l'humidité marine, aux assauts de l'hiver, il faut entretenir régulièrement les murs, les enduire de frais, recouvrir les taches brunâtres et vertes, les moisissures, les parties écaillées qui laissent à nu les traces de couches anciennes, il faut appliquer lentement avec le double aplat du pinceau cette eau blanche et transparente qui durcira dans quelques heures, éblouira le regard au premier soleil, sera la marque étalée d'un temps neuf. C'est pour cela qu'ici on peint les murs en silence. On se méfie des temps à venir. On sait l'inévitable dégradation de tout. On fait ce qu'on peut. On repeint les murs.
Parfois le peintre s'arrête, il regarde la mer en contrebas, puis il rassemble un tas d'écaillures blanches et les jette à la mer, sur les rochers, dans l'écume des vagues, puis il regarde au loin les traces plus brillantes des courants à la surface bleu sombre de l'eau.
Le mur est uniformément blanc maintenant, j'ai envie d'y poser ma main, le frapper du bout des doigts pour entendre les couches profondes de la chaux sonner creux par endroits, et le bruit de cette peau sous la mienne.
Asilah. La ville marocaine est refermée sur elle à l'intérieur de hauts murs qui affrontent les vagues. Asile-là. Oui, elle est silencieuse à cette époque de l'année. Les bandes d'oiseaux ont déjà longé les plages en direction du sud, elles ont cessé d'envahir les arbres à l'entrée de la nuit, l'air du soir n'est plus électrifié de leurs cris, il a retrouvé sa douceur un peu triste, religieuse. À cette heure, le guitariste aveugle du café des pêcheurs chante de sa voix rauque, il mêle ses accords au kif et au thé brûlant. Rien ne pourra être modifié de l'ordre des choses, la lumière viendra de l'orient, elle y retournera pour réapparaître, les vagues avanceront comme elles avançaient hier, c'est ce que les paroles des chants disent, elles parlent des vents, du temps qui passe, de tout de ce que nous ne maîtrisons pas.
Il y a du bleu partout. Il recouvre mon attente, il l'enveloppe, il est comme un acide sur des plaies, il révèle le vide. Il fait crier une absence, à cet instant encore indéfinie. L'air et les murs, les draps du lit, et l'étoffe des rideaux aux fenêtres grandes ouvertes sur la mer, tout ne fait qu'attendre. Je suis là, dans le désir des mots à venir. Assis là. Ce vide autour et tout ce plein en moi.
Je traverse la terrasse les pieds nus, il reste des parties humides sur les carreaux de ciment, des enfants courent sur les rochers pendant que d'un geste lent je chasse une abeille qui approche de mes yeux.
L'appel à la prière résonne au moment où disparaissent les derniers feux du soleil, l'air s'emplit du parfum des nattes mouillées, des effluves insaisissables du jasmin. Cet air a mille ans, il bourdonne encore de cette succession de jours qu'il a traversée, cet air islamique, mon amour, cet air qui m'apporte un parfum de femme, dans un reste de lumière du soir, dans la lueur indécise et bleutée qui s'accroche à la chaux. Un parfum de rose.

De là où je suis, je t'invente. Je commence à te voir, toi que je ne connais pas. Tu marches à Venise, plus au nord, dans un autre continent, au bord d'une autre mer. Il y a longtemps, un siècle. Je vois où tu es, et d'où tu viens.
Je regarde le ciel, je te donne un nom. Myriam.

Inédit © Bernard Collet

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • création de livres et d'expositions

presse

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Né en 1950 à Casablanca, Maroc

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Marié, trois enfants nés en 1981-1983-1985. Professeur d'anglais de 1971 à 1973. Assureur de 1974 à 1997. Gérant de société depuis 1997.

Président de l'association Arto Art contemporain depuis 1981 : organisation de nombreuses expositions en France et à l'étranger, en partenariat avec les écoles d'art de Lyon et de Saint-Étienne, avec le soutien de la DRAC Rhône-Alpes.

Co-gérant de la galerie Arthemes Art contemporain en 1996 et 1997. Membre depuis 1991 de l'association Docomomo international, conservation et documentation de l'architecture du Mouvement moderne, spécialiste de l'œuvre de Jean Prouvé. B.C.

bibliographie

  • Indalecio, La Fosse aux ours, 2007.
  • Étrangers au paradis, dessins de Jacques Barry, Jean-Pierre Huguet éditeur, 2006.
  • Paradis beach, Éditions Aïni Bennaï Casablanca, 2004.
  • Le Vent du détroit, Éditions Aïni Bennaï Casablanca, 2004.
  • "Jean Prouvé" in Coffret 2001 - Patrimoine XXe en Provence, Alpes, Côte-d'Azur, Drac-Paca, 2001.
  • Blanc atlantique, 1999.
  • L'Odeur des grands arbres, dessins de Philippe Favier, Le Bel Aujourd'hui, 1996.

extraits

Octobre à Asilah. Je me suis assis à ma table devant la mer. Un balai-brosse gorgé de chaux passe lentement sur le mur de la maison d'en face. Il est accroché au bout d'un long roseau que manie un peintre sur la terrasse. Il le descend lentement pour éviter que des gouttes de ce lait ne s'échappent et tombent sur le sol quelques mètres plus bas. Il caresse le mur sec. J'entends le bruit rêche qu'il fait dans le silence de la ruelle, la mer, le chant de deux coqs dans deux directions opposées, quelques oiseaux. Rien. Un courant d'air traverse la maison, il agite un pan de rideau devant moi. À l'extérieur l'air est doux.
La chaux ne résiste pas à l'humidité marine, aux assauts de l'hiver, il faut entretenir régulièrement les murs, les enduire de frais, recouvrir les taches brunâtres et vertes, les moisissures, les parties écaillées qui laissent à nu les traces de couches anciennes, il faut appliquer lentement avec le double aplat du pinceau cette eau blanche et transparente qui durcira dans quelques heures, éblouira le regard au premier soleil, sera la marque étalée d'un temps neuf. C'est pour cela qu'ici on peint les murs en silence. On se méfie des temps à venir. On sait l'inévitable dégradation de tout. On fait ce qu'on peut. On repeint les murs.
Parfois le peintre s'arrête, il regarde la mer en contrebas, puis il rassemble un tas d'écaillures blanches et les jette à la mer, sur les rochers, dans l'écume des vagues, puis il regarde au loin les traces plus brillantes des courants à la surface bleu sombre de l'eau.
Le mur est uniformément blanc maintenant, j'ai envie d'y poser ma main, le frapper du bout des doigts pour entendre les couches profondes de la chaux sonner creux par endroits, et le bruit de cette peau sous la mienne.
Asilah. La ville marocaine est refermée sur elle à l'intérieur de hauts murs qui affrontent les vagues. Asile-là. Oui, elle est silencieuse à cette époque de l'année. Les bandes d'oiseaux ont déjà longé les plages en direction du sud, elles ont cessé d'envahir les arbres à l'entrée de la nuit, l'air du soir n'est plus électrifié de leurs cris, il a retrouvé sa douceur un peu triste, religieuse. À cette heure, le guitariste aveugle du café des pêcheurs chante de sa voix rauque, il mêle ses accords au kif et au thé brûlant. Rien ne pourra être modifié de l'ordre des choses, la lumière viendra de l'orient, elle y retournera pour réapparaître, les vagues avanceront comme elles avançaient hier, c'est ce que les paroles des chants disent, elles parlent des vents, du temps qui passe, de tout de ce que nous ne maîtrisons pas.
Il y a du bleu partout. Il recouvre mon attente, il l'enveloppe, il est comme un acide sur des plaies, il révèle le vide. Il fait crier une absence, à cet instant encore indéfinie. L'air et les murs, les draps du lit, et l'étoffe des rideaux aux fenêtres grandes ouvertes sur la mer, tout ne fait qu'attendre. Je suis là, dans le désir des mots à venir. Assis là. Ce vide autour et tout ce plein en moi.
Je traverse la terrasse les pieds nus, il reste des parties humides sur les carreaux de ciment, des enfants courent sur les rochers pendant que d'un geste lent je chasse une abeille qui approche de mes yeux.
L'appel à la prière résonne au moment où disparaissent les derniers feux du soleil, l'air s'emplit du parfum des nattes mouillées, des effluves insaisissables du jasmin. Cet air a mille ans, il bourdonne encore de cette succession de jours qu'il a traversée, cet air islamique, mon amour, cet air qui m'apporte un parfum de femme, dans un reste de lumière du soir, dans la lueur indécise et bleutée qui s'accroche à la chaux. Un parfum de rose.

De là où je suis, je t'invente. Je commence à te voir, toi que je ne connais pas. Tu marches à Venise, plus au nord, dans un autre continent, au bord d'une autre mer. Il y a longtemps, un siècle. Je vois où tu es, et d'où tu viens.
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