Claude-Henri Buffard

Photo de Claude-Henri  Buffard
© Claude-Henri Buffard

biographie

Né à Grenoble, Isère

Vit en Isère

roman, théâtre

Auteur dramatique, romancier et scénariste, Claude-Henri Buffard a d’abord été journaliste et critique dramatique dans la presse quotidienne, rédacteur en chef de journaux culturels, directeur de communication..

Il est l’auteur d’une dizaine de pièces jouées, traduites et publiées, dont "La Minute de silence" (reprise en tournée française et étrangère en 2007) ; "Jeanne heureuse" (création France culture 1998); "Marie-Partira" (Scène nationale de Basse-Terre, Guadeloupe, 2001; Théâtre de création Grenoble, 2006).

Dramaturge du chorégraphe Jean-Claude Gallotta depuis 1998, il écrit notamment avec lui "Presque Don Quichotte" (1999), "L’Incessante" (Festival d’Avignon 1999) "Les Larmes de Marco Polo" (2000), "99 duos" (2002), "Trois générations" (2004), "Des Gens qui dansent" (2006).

Pour le cinéma, il écrit des scénarios de longs-métrages, dont "l’Amour en deux" (réalisation Jean-Claude Gallotta, 1992) et "Mazeppa" (réalisation Bartabas, sélection officielle Festival de Cannes 1993). Il est également l'auteur de scénarios pour le Planetarium de l'agglomération lyonnaise.

Pour le spectacle vivant, il a réalisé de nombreux entretiens et textes destinés à accompagner la représentation théâtrale, notamment pour le TNP Villeurbanne et l'Odéon-Théâtre de l'Europe (regroupés en un premier volume : "Qui va là ?", Comp’Act, 1997). Avec le photographe Guy Delahaye, il a publié "Les Rêves ont leurs usines", histoire artistique de la Maison de la culture de Grenoble (Glénat) ; en 2005, "Gallotta, souvenirs obliques d’un chorégraphe" (Actes Sud).

Il est l'auteur de deux romans, "La Fille d’Emma" (Grasset, 2001 ), "Oki ne voit pas le mal" (Fayard/Mille et une nuits, 2007) et d'un récit "Je hais l'été" (Fayard/Mille et une nuits, 2007). C.-H.B.

bibliographie

  • Oki ne voit pas le mal, Mille et une nuits, 2007.
  • Je hais l'été, Mille et une nuits, 2007.
  • Souvenirs obliques d'un chorégraphe : un livre sur Jean-Claude Gallotta, avec Guy Delahaye, Actes Sud, 2006.
  • Les Rêves ont leurs usines, avec Guy Delahaye, Glénat, 2004.
  • La Fille d'Emma, Grasset, 2001.
  • Jeanne heureuse, Éditions Comp'Act, 1999.
  • La Robe rouge, Paroles d'Aube, 1998.
  • Qui va là ?, Éditions Comp'Act, 1995.
  • La Minute de silence, Éditions Comp'Act, 1995.
  • Jean-Claude Gallotta, groupe Emile Dubois, Dis Voir, 1988.
  • Trois Secondes dans la vie d'un Milanais, Éditions Pierre-Jean Oswald, 1973.
  • J'en mourrai peut-être, Éditions Pierre-Jean Oswald, 1973.

extraits

Moment de vérité, Louise attend ses premiers spectateurs, les Curtonèvre. Elle aurait sûrement préféré un autre public pour commencer.
Elle est prête, un peu fébrile. Eux, c'est le genre à être à l'heure, elle en mettrait sa main à couper. D'ailleurs, elle les découvre déjà dans le cercle des jumelles au moment où, en contrebas, ils s'engagent sur le chemin. Ils marchent d'abord de front, séparés par la crête d'herbes qui en poussant a transformé chaque moitié du chemin en sillon creux. Parallèles sur mesure pour homme et femme. Ils ont tous deux la même manie, s'ouvrir le passage dans les mauvaises herbes et les ronces en fauchant les tiges nouées. Ils ont sûrement du plaisir à laisser derrière eux le chemin un peu plus net.
Leurs souffles ne sont pas réglés sur le même rythme. L'homme a arraché une branche de noisetiers et fouette l'air devant lui. La nuée de moucherons qui le précède se disperse pour se reformer aussitôt dans son sillage, à la hauteur de sa nuque, en auréole pullulante. Le mouvement cinglant de la branche se décompose comme sous l'effet d'un stroboscope. Des mouches claires sont déchirées. Des ailes, des tiges arrachées. La femme monte avec application, les yeux collés aux talons de l'homme. La pointe de ses chaussures assassine posément ce qui échappe aux semelles qui la précèdent.
Dans le dernier tournant, l'homme s'est arrêté pour attendre la femme, une main appuyée sur la cuisse. Ils ne sont pas essoufflés. Il montre du doigt le soleil qui affleure à peine au-dessus de la ligne de la colline. Elle ne paraît pas s'intéresser à ce qu'il dit. Louise lit distinctivement sur ses lèvres un "continue !" impatient tandis qu'elle pousse l'homme dans le dos. Quand ils arrivent sur le plat, elle les reçoit tous les deux, de face, dans le piège circulaire des jumelles : la femme inspecte la façade de la maison; l'homme tapote le col de sa chemise, passe deux doigts sur ses sourcils, se cherche une contenance.

C'est en parlant bas, et à petits pas, qu'ils passent le rideau rouge foncé qui coupe l'air derrière la porte d'entrée. Louise les regarde faire par la fente du paravent. Elle voit qu'ils reconnaissent le tapis brun et noir d'Aïquipur, le dérangeant Arcimboldo que l'éclairage rend encore plus inquiétant ainsi que le chandelier à cinq branches dont au dernier moment elle n'a pas jugé utile d'allumer les bougies. La femme respire à plein nez l'odeur de cinnamome, l'homme s'attarde sur le col ébréché d'un vase imitation Ming dont l'ombre est projetée au plafond. Ils se sont assis ensemble dans le canapé. Ils cherchent chacun dans l'œil de l'autre une lueur de commentaire. Ils se sourient plusieurs fois encore sans raison précise. Il y a un vieux poste de télé noir et blanc posé par terre. L'écran diffuse une lumière pâle. Croient-ils que Louise va apparaître là ?
Bruits : le crépitement rapide et assez faible du poste ; par intermittence, des chocs sourds dans les canalisations ; le crissement de la robe sur le tissu tendu du canapé ; des raclements de gorge - ceux de Louise - derrière la tenture ; une sorte de plainte régulière, trop lointaine pour être obsédante ; et puis ce frôlement feutré, tout près de l'oreille de l'homme, des feuilles terminales du filix qui occupe l'angle de la pièce entre les deux canapés.
Louise a jeté une dernière fois un regard dans les miroirs pivotants de la salle de bain. Sa nuque ressemble à celle d'un garçon, un fouillis de mèches contraires. Elle entre au moment où la femme est en train de demander combien de temps dure la représentation. L'homme est confus, il jette un coup d'œil gêné à Louise qui ne dit rien, qui sourit. Seule sa bouche a bougé, s'est étirée largement. Ses yeux sont restés graves.
Louise leur a laissé le temps de constater qu'elle est encore enflée de sommeil, avec des plissures le long des joues, les paupières froissées, et surtout des traces de fards, noires, brunes, aussi épaisses que des larmes de clown.
Fin de la première impression : ils ont tous les deux remarqué l'absence de renflements sous son chemisier. La femme en a presque l'air contrarié. L'homme au contraire croit pouvoir aimer cela, la tournure de ce torse d'adolescent.

Extrait d'un roman en cours © Claude-Henri Buffard

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique

presse

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Photo de Claude-Henri  Buffard
© Claude-Henri Buffard

biographie

Né à Grenoble, Isère

Vit en Isère

roman, théâtre

Auteur dramatique, romancier et scénariste, Claude-Henri Buffard a d’abord été journaliste et critique dramatique dans la presse quotidienne, rédacteur en chef de journaux culturels, directeur de communication..

Il est l’auteur d’une dizaine de pièces jouées, traduites et publiées, dont "La Minute de silence" (reprise en tournée française et étrangère en 2007) ; "Jeanne heureuse" (création France culture 1998); "Marie-Partira" (Scène nationale de Basse-Terre, Guadeloupe, 2001; Théâtre de création Grenoble, 2006).

Dramaturge du chorégraphe Jean-Claude Gallotta depuis 1998, il écrit notamment avec lui "Presque Don Quichotte" (1999), "L’Incessante" (Festival d’Avignon 1999) "Les Larmes de Marco Polo" (2000), "99 duos" (2002), "Trois générations" (2004), "Des Gens qui dansent" (2006).

Pour le cinéma, il écrit des scénarios de longs-métrages, dont "l’Amour en deux" (réalisation Jean-Claude Gallotta, 1992) et "Mazeppa" (réalisation Bartabas, sélection officielle Festival de Cannes 1993). Il est également l'auteur de scénarios pour le Planetarium de l'agglomération lyonnaise.

Pour le spectacle vivant, il a réalisé de nombreux entretiens et textes destinés à accompagner la représentation théâtrale, notamment pour le TNP Villeurbanne et l'Odéon-Théâtre de l'Europe (regroupés en un premier volume : "Qui va là ?", Comp’Act, 1997). Avec le photographe Guy Delahaye, il a publié "Les Rêves ont leurs usines", histoire artistique de la Maison de la culture de Grenoble (Glénat) ; en 2005, "Gallotta, souvenirs obliques d’un chorégraphe" (Actes Sud).

Il est l'auteur de deux romans, "La Fille d’Emma" (Grasset, 2001 ), "Oki ne voit pas le mal" (Fayard/Mille et une nuits, 2007) et d'un récit "Je hais l'été" (Fayard/Mille et une nuits, 2007). C.-H.B.

bibliographie

  • Oki ne voit pas le mal, Mille et une nuits, 2007.
  • Je hais l'été, Mille et une nuits, 2007.
  • Souvenirs obliques d'un chorégraphe : un livre sur Jean-Claude Gallotta, avec Guy Delahaye, Actes Sud, 2006.
  • Les Rêves ont leurs usines, avec Guy Delahaye, Glénat, 2004.
  • La Fille d'Emma, Grasset, 2001.
  • Jeanne heureuse, Éditions Comp'Act, 1999.
  • La Robe rouge, Paroles d'Aube, 1998.
  • Qui va là ?, Éditions Comp'Act, 1995.
  • La Minute de silence, Éditions Comp'Act, 1995.
  • Jean-Claude Gallotta, groupe Emile Dubois, Dis Voir, 1988.
  • Trois Secondes dans la vie d'un Milanais, Éditions Pierre-Jean Oswald, 1973.
  • J'en mourrai peut-être, Éditions Pierre-Jean Oswald, 1973.

extraits

Moment de vérité, Louise attend ses premiers spectateurs, les Curtonèvre. Elle aurait sûrement préféré un autre public pour commencer.
Elle est prête, un peu fébrile. Eux, c'est le genre à être à l'heure, elle en mettrait sa main à couper. D'ailleurs, elle les découvre déjà dans le cercle des jumelles au moment où, en contrebas, ils s'engagent sur le chemin. Ils marchent d'abord de front, séparés par la crête d'herbes qui en poussant a transformé chaque moitié du chemin en sillon creux. Parallèles sur mesure pour homme et femme. Ils ont tous deux la même manie, s'ouvrir le passage dans les mauvaises herbes et les ronces en fauchant les tiges nouées. Ils ont sûrement du plaisir à laisser derrière eux le chemin un peu plus net.
Leurs souffles ne sont pas réglés sur le même rythme. L'homme a arraché une branche de noisetiers et fouette l'air devant lui. La nuée de moucherons qui le précède se disperse pour se reformer aussitôt dans son sillage, à la hauteur de sa nuque, en auréole pullulante. Le mouvement cinglant de la branche se décompose comme sous l'effet d'un stroboscope. Des mouches claires sont déchirées. Des ailes, des tiges arrachées. La femme monte avec application, les yeux collés aux talons de l'homme. La pointe de ses chaussures assassine posément ce qui échappe aux semelles qui la précèdent.
Dans le dernier tournant, l'homme s'est arrêté pour attendre la femme, une main appuyée sur la cuisse. Ils ne sont pas essoufflés. Il montre du doigt le soleil qui affleure à peine au-dessus de la ligne de la colline. Elle ne paraît pas s'intéresser à ce qu'il dit. Louise lit distinctivement sur ses lèvres un "continue !" impatient tandis qu'elle pousse l'homme dans le dos. Quand ils arrivent sur le plat, elle les reçoit tous les deux, de face, dans le piège circulaire des jumelles : la femme inspecte la façade de la maison; l'homme tapote le col de sa chemise, passe deux doigts sur ses sourcils, se cherche une contenance.

C'est en parlant bas, et à petits pas, qu'ils passent le rideau rouge foncé qui coupe l'air derrière la porte d'entrée. Louise les regarde faire par la fente du paravent. Elle voit qu'ils reconnaissent le tapis brun et noir d'Aïquipur, le dérangeant Arcimboldo que l'éclairage rend encore plus inquiétant ainsi que le chandelier à cinq branches dont au dernier moment elle n'a pas jugé utile d'allumer les bougies. La femme respire à plein nez l'odeur de cinnamome, l'homme s'attarde sur le col ébréché d'un vase imitation Ming dont l'ombre est projetée au plafond. Ils se sont assis ensemble dans le canapé. Ils cherchent chacun dans l'œil de l'autre une lueur de commentaire. Ils se sourient plusieurs fois encore sans raison précise. Il y a un vieux poste de télé noir et blanc posé par terre. L'écran diffuse une lumière pâle. Croient-ils que Louise va apparaître là ?
Bruits : le crépitement rapide et assez faible du poste ; par intermittence, des chocs sourds dans les canalisations ; le crissement de la robe sur le tissu tendu du canapé ; des raclements de gorge - ceux de Louise - derrière la tenture ; une sorte de plainte régulière, trop lointaine pour être obsédante ; et puis ce frôlement feutré, tout près de l'oreille de l'homme, des feuilles terminales du filix qui occupe l'angle de la pièce entre les deux canapés.
Louise a jeté une dernière fois un regard dans les miroirs pivotants de la salle de bain. Sa nuque ressemble à celle d'un garçon, un fouillis de mèches contraires. Elle entre au moment où la femme est en train de demander combien de temps dure la représentation. L'homme est confus, il jette un coup d'œil gêné à Louise qui ne dit rien, qui sourit. Seule sa bouche a bougé, s'est étirée largement. Ses yeux sont restés graves.
Louise leur a laissé le temps de constater qu'elle est encore enflée de sommeil, avec des plissures le long des joues, les paupières froissées, et surtout des traces de fards, noires, brunes, aussi épaisses que des larmes de clown.
Fin de la première impression : ils ont tous les deux remarqué l'absence de renflements sous son chemisier. La femme en a presque l'air contrarié. L'homme au contraire croit pouvoir aimer cela, la tournure de ce torse d'adolescent.

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