Fabienne Swiatly

Photo de Fabienne  Swiatly
© Fabienne Swiatly

biographie

Née en 1960 à Amnéville, Moselle

Vit à Lyon

site personnel : http://latracebleue.net

courriel : fabienneswiatly@yahoo.fr

roman, nouvelle, poésie, essai

Avant d’écrire j’ai lu. Dans le désordre des bibliothèques croisées. Je ne savais rien de la littérature sauf que j’aimais ça : lire. J’étais affamée.

Puis je me suis mise à écrire avec fièvre. De tout. Je ne savais rien de l’écriture mais j’écrivais.

Puis j’ai compris qu’il fallait travailler et j’aime ce mot de chantier d’écriture. Alors je me suis mise au travail. De toute façon, je ne sais pas comment faire autrement. Je ne sais pas comment faire sans l’écriture face à la complexité de ma vie et du monde.

Le monde dans lequel je vis n’est pas celui de mes parents, ne sera pas celui de mes enfants. L’écriture est une transmission de ce bout de présent qui est le mien.

Il a fallu aussi m’autoriser. M’autoriser à être écrivain malgré mes ignorances, malgré mes origines, malgré mon tiraillement entre la langue française et la langue allemande. Faire avec pour utiliser une expression courante en Lorraine, région dont je suis originaire.

Voilà, c’est ça : je fais avec l’écriture. F.S.

bibliographie

  • Du côté des hommes, La Fosse aux ours, 2016.
  • La Fulgurance du geste, L'Amourier, 2014.
  • Anette - Tombée de la main des dieux, Color gang, 2013.
  • Unité de vie, La Fosse aux ours, 2011.
  • Ligne de partage des eaux, La Passe du Vent, 2011.
  • Une femme allemande, La Fosse aux ours, 2008.
  • Stimmlos - Sans voix, Éditions en forêt, 2006.
  • Gagner sa vie, La Fosse aux ours, 2006.
  • Boire, Éditions TerreNoire, 2006. réédition aux éditions Ego comme X en 2008.
  • La Cendre des mots, L'Harmattan, 2004.
  • Fantasme de femmes, Éditions Blanche, 2001.
  • Écrire au collège : l'apport des ateliers d'écriture et de leurs pratiques, coécrit avec Philippe Lecarme, CRDP de Lyon, 2000.
  • Libres associations, Desclée de Brouwer, 1999.

extraits

Jusqu’où la ville :


Jusqu’où la ville….

Jusque dans les camionnettes rouillées sur le terrain chaotique des chantiers, ville éventrée. La terre qui remonte à la surface, obstination des machines dans l’éboulis des cailloux. Là des femmes ouvrent leur sexe pour quelques euros. Bougies allumées derrière le pare-brise pour signaler la disponibilité. Madones des terrains vagues qui attendent les hommes le long des entrepôts abandonnés. Peinture écaillée sur des murs taciturnes. D’autres hommes ici, avant, raffinaient le sucre, fabriquaient le ciment, chargeaient les péniches. Maintenant le commerce des corps sur le quai qui échappe aux regards.

Jusque sous le drapeau français où attend la file des visiteurs de la prison qui porte le nom d’un saint. Mouvement paresseux du tissu tricolore malgré le vent. A bout de bras des sacs plastiques aux couleurs vives, la marque lisible au centre. Le linge propre amené aux hommes que l’odeur de lessive émeut sans qu’ils puissent trouver un lieu où pleurer. Le muscle énervé du peu d’espace. Cour de promenade plus petite que la fosse aux ours du parc. Sous le ciel prisonnier du grillage, des hommes réunis avec ce qu’il y a de plus difficile à partager en eux.

Jusqu’où la ville….

Jusque dans les cours rénovées du vieux quartier, à l’image des prospectus où l’on invite à découvrir la pierre figée dans l’histoire. Le passé que l’on met au propre. Et l’on vient voir, l’œil collé au viseur. Puis l’on s’arrête devant les tourniquets alignés sur le pavé qui proposent la vieille ville en carte postale - cadrage impeccable. Et on achète par cinq ou par six pour se souvenir et envoyer aux autres. Faire signe à ceux qui sont restés, donner une preuve et dire j’étais là - dans la vieille ville. La photo à la marge blanche et le nom inscrit comme un sourire sur le côté, l’emplacement du timbre pré-imprimé. La ville vendue aux touristes.

Jusque sur le parvis de la cathédrale, la lumière qui se libère enfin des ruelles étroites. L’esplanade où les voitures cherchent malgré l’interdit à se faire une place. Et la scène ancestrale des pauvres réunis à l’extérieur, devant l’immense porte qui mène vers la croix. Groupe de jeunes aux chiens sans laisse qui boivent à même la bouteille l’alcool acheté dans un hard discount. La main tendue vers ceux qui marchent persuadés que Dieu saura les entendre malgré le vacarme des moteurs. Sous les gargouilles aux visages de la peur, le monde semble aussi vieux que les pierres qui le cernent.


Jusqu’où la ville….

Jusqu’à l’esplanade de l’opéra où des jeunes garçons dansent la saga urbaine - gestuelle resserrée qui pourtant décolle du sol. Les corps offerts aux yeux des passants. Mouvements saccadés des bras et des jambes qui s’achèvent sur la lenteur d’un torse à la renverse. Tee-shirts mouillés qui glissent sur le sombre d’une aisselle ou le granulé d’un ventre. Puis la vitesse qui remet les hommes debout. Des mains se touchent pour exprimer le c’était bien. Des hommes jeunes qui dansent à l’ombre des déesses sculptées.


Jusqu’à l’écriture des façades qui voudrait que l’on nike sa race, avec l’orthographe du commerce. Des mots au sens dérobé qui sous-tendent l’indifférence des murs. Inconnus qui se signent sur l’espace public en des gestes rapides, bombes de peinture à la main. Visages à l’abri des capuches aux vêtements larges. Leur dos offert aux passants pendant qu’ils couvrent la ville d’idéogrammes. Lecture en biais de ceux qui préfèrent le silence des murs repeints à la norme.

Jusqu’où la ville…
jusque là où les hommes. - travail en cours, novembre 2007 © Fabienne Swiatly

Une partie de ce texte est mis en ligne sur la revue électronique "Remue.net" accompagné de photos de Jean-Pierre Maillet.

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
  • création de livres et d'expositions
  • rencontre avec une classe
  • conférence

dispositif Club Culture (les écrivains dans les lycées)

presse

livre & lire

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© Fabienne Swiatly

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Née en 1960 à Amnéville, Moselle

Vit à Lyon

site personnel : http://latracebleue.net

courriel : fabienneswiatly@yahoo.fr

roman, nouvelle, poésie, essai

Avant d’écrire j’ai lu. Dans le désordre des bibliothèques croisées. Je ne savais rien de la littérature sauf que j’aimais ça : lire. J’étais affamée.

Puis je me suis mise à écrire avec fièvre. De tout. Je ne savais rien de l’écriture mais j’écrivais.

Puis j’ai compris qu’il fallait travailler et j’aime ce mot de chantier d’écriture. Alors je me suis mise au travail. De toute façon, je ne sais pas comment faire autrement. Je ne sais pas comment faire sans l’écriture face à la complexité de ma vie et du monde.

Le monde dans lequel je vis n’est pas celui de mes parents, ne sera pas celui de mes enfants. L’écriture est une transmission de ce bout de présent qui est le mien.

Il a fallu aussi m’autoriser. M’autoriser à être écrivain malgré mes ignorances, malgré mes origines, malgré mon tiraillement entre la langue française et la langue allemande. Faire avec pour utiliser une expression courante en Lorraine, région dont je suis originaire.

Voilà, c’est ça : je fais avec l’écriture. F.S.

bibliographie

  • Du côté des hommes, La Fosse aux ours, 2016.
  • La Fulgurance du geste, L'Amourier, 2014.
  • Anette - Tombée de la main des dieux, Color gang, 2013.
  • Unité de vie, La Fosse aux ours, 2011.
  • Ligne de partage des eaux, La Passe du Vent, 2011.
  • Une femme allemande, La Fosse aux ours, 2008.
  • Stimmlos - Sans voix, Éditions en forêt, 2006.
  • Gagner sa vie, La Fosse aux ours, 2006.
  • Boire, Éditions TerreNoire, 2006. réédition aux éditions Ego comme X en 2008.
  • La Cendre des mots, L'Harmattan, 2004.
  • Fantasme de femmes, Éditions Blanche, 2001.
  • Écrire au collège : l'apport des ateliers d'écriture et de leurs pratiques, coécrit avec Philippe Lecarme, CRDP de Lyon, 2000.
  • Libres associations, Desclée de Brouwer, 1999.

extraits

Jusqu’où la ville :


Jusqu’où la ville….

Jusque dans les camionnettes rouillées sur le terrain chaotique des chantiers, ville éventrée. La terre qui remonte à la surface, obstination des machines dans l’éboulis des cailloux. Là des femmes ouvrent leur sexe pour quelques euros. Bougies allumées derrière le pare-brise pour signaler la disponibilité. Madones des terrains vagues qui attendent les hommes le long des entrepôts abandonnés. Peinture écaillée sur des murs taciturnes. D’autres hommes ici, avant, raffinaient le sucre, fabriquaient le ciment, chargeaient les péniches. Maintenant le commerce des corps sur le quai qui échappe aux regards.

Jusque sous le drapeau français où attend la file des visiteurs de la prison qui porte le nom d’un saint. Mouvement paresseux du tissu tricolore malgré le vent. A bout de bras des sacs plastiques aux couleurs vives, la marque lisible au centre. Le linge propre amené aux hommes que l’odeur de lessive émeut sans qu’ils puissent trouver un lieu où pleurer. Le muscle énervé du peu d’espace. Cour de promenade plus petite que la fosse aux ours du parc. Sous le ciel prisonnier du grillage, des hommes réunis avec ce qu’il y a de plus difficile à partager en eux.

Jusqu’où la ville….

Jusque dans les cours rénovées du vieux quartier, à l’image des prospectus où l’on invite à découvrir la pierre figée dans l’histoire. Le passé que l’on met au propre. Et l’on vient voir, l’œil collé au viseur. Puis l’on s’arrête devant les tourniquets alignés sur le pavé qui proposent la vieille ville en carte postale - cadrage impeccable. Et on achète par cinq ou par six pour se souvenir et envoyer aux autres. Faire signe à ceux qui sont restés, donner une preuve et dire j’étais là - dans la vieille ville. La photo à la marge blanche et le nom inscrit comme un sourire sur le côté, l’emplacement du timbre pré-imprimé. La ville vendue aux touristes.

Jusque sur le parvis de la cathédrale, la lumière qui se libère enfin des ruelles étroites. L’esplanade où les voitures cherchent malgré l’interdit à se faire une place. Et la scène ancestrale des pauvres réunis à l’extérieur, devant l’immense porte qui mène vers la croix. Groupe de jeunes aux chiens sans laisse qui boivent à même la bouteille l’alcool acheté dans un hard discount. La main tendue vers ceux qui marchent persuadés que Dieu saura les entendre malgré le vacarme des moteurs. Sous les gargouilles aux visages de la peur, le monde semble aussi vieux que les pierres qui le cernent.


Jusqu’où la ville….

Jusqu’à l’esplanade de l’opéra où des jeunes garçons dansent la saga urbaine - gestuelle resserrée qui pourtant décolle du sol. Les corps offerts aux yeux des passants. Mouvements saccadés des bras et des jambes qui s’achèvent sur la lenteur d’un torse à la renverse. Tee-shirts mouillés qui glissent sur le sombre d’une aisselle ou le granulé d’un ventre. Puis la vitesse qui remet les hommes debout. Des mains se touchent pour exprimer le c’était bien. Des hommes jeunes qui dansent à l’ombre des déesses sculptées.


Jusqu’à l’écriture des façades qui voudrait que l’on nike sa race, avec l’orthographe du commerce. Des mots au sens dérobé qui sous-tendent l’indifférence des murs. Inconnus qui se signent sur l’espace public en des gestes rapides, bombes de peinture à la main. Visages à l’abri des capuches aux vêtements larges. Leur dos offert aux passants pendant qu’ils couvrent la ville d’idéogrammes. Lecture en biais de ceux qui préfèrent le silence des murs repeints à la norme.

Jusqu’où la ville…
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Une partie de ce texte est mis en ligne sur la revue électronique "Remue.net" accompagné de photos de Jean-Pierre Maillet.

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