François-René Daillie

Photo de François-René  Daillie
© François-René Daillie

biographie

Né en 1925 à Nîmes, Gard

Vit en Saône-et-Loire

poésie, essai

Né d'un père du Nord et d'une mère bourguignonne. Vacances au pays maternel dès ma plus tendre enfance, au point d'en être marqué pour la vie et d'y être revenu habiter voilà plus de vingt ans. Marqué aussi par Lyon où j'ai vécu de neuf à vingt et un ans : fin de primaire, lycée, faculté des lettres, à l'époque rue Pasteur. Études littéraires classiques, anglais et diverses autres langues. Prof dans une douzaine de lycées de Paris et de province, mon trente-sixième anniversaire marque le début d'une nouvelle vie : directeur d'Alliance française et conseiller culturel en Asie et en Afrique : Malaisie, Ghana, Pakistan, Égypte. Depuis ma douzième année, je n'avais jamais cessé d'écrire. Je voulais être poète et officier de marine. La guerre, l'Occupation surtout, en a décidé autrement. Écrit, donc, mais rien publié avant mes 40 ans. Merci à Maurice Nadeau qui m'ouvrit les Lettres Nouvelles et me lança aussi dans la traduction littéraire. Un recueil par-ci, une traduction par-là, une revue, des éditions, Solaire. Merci enfin à Claude Rouquet : j'avais 70 ans lorsqu'il m'accueillit parmi les auteurs de l'Escampette. Difficile d'en dire plus en un feuillet, Je n'ai jamais eu de gros tirages (façon de parler) mais des lecteurs fidèles. J'en découvre un nouveau de temps en temps. Ce qui n'est pas désagréable. J'espère avoir eu pour chacun quelques mots au moins, une phrase peut-être. F.-R.D.

bibliographie

  • Elisa ou la Maison malaise, Fédérop, 2006.
  • Meunier tu dors, Éditions Nykta, Petite Nuit, 2002.
  • Les Eaux du pré-au-loup, Les Éditions du Laquet, 2002.
  • Au pays d'à côté, Les Amis de la poésie, 2002.
  • Sur le grand chemin, L'Escampette, 2000.
  • La Lune et les étoiles, Le Pantoun malais, Belles Lettres, 2000.
  • En temps de résistance, L'Escampette, 1999.
  • Temps large, anthologie poétique 1948-1995, L'Escampette, 1996.
  • Le Divertissement, Chronique du temps ralenti, L'Escampette, 1996.
  • Le Ciel sur la colline, Le Temps qu'il fait, 1994.
  • De cette terre, Solaire/Fédérop, 1993.
  • Anciennes Voix malaises, Fata Morgana, 1993.
  • Le Cabalaire, lieudit d'un récit, Éditions Philippe Olivier, 1989.
  • L'Approche, in anthologie Passages, Glénat, 1988.
  • Vita Nova, Journal d'Islamabad, Solaire, 1982. Réédition chez L'Escampette en 1995.
  • Pérégrinations, Solaire, 1978.
  • En pays heureux, Rougerie, 1975.
  • Ouvrir les portes, Solaire, 1974.
  • Le Petit Véhicule, Le Dé bleu, 1974. Réédition chez L'Escampette en 2002.
  • La Rose et l'acacia, Guy Chambelland, 1973.
  • Le Pays de juin, Denoël Lettres nouvelles, 1971.
  • La Fête minérale, Éditions Pierre-Jean Oswald, 1970.
  • Ama, Guy Chambelland, 1969.

extraits

Le Camion vert

Il y a en février de très bonnes journées claires, dans des combes ensoleillées abritées du mistral, et l'on a vite trop chaud. On se met en bras de chemise, on retrousse même les manches, la hache n'en est que plus légère, plus précise et tranchante. Et c'est bon de souffler de temps en temps, assis dans les feuilles mortes. En avril déjà, il vaut mieux arriver de bonne heure le matin, ou attendre la fin de l'après-midi - les jours sont plus longs, l'heure de midi ardente dans ces bois trop maigres pour donner de l'ombre. À peine les feuilles pubescentes des chênes commencent-elles à se défroisser.
Mais il suffit encore que passe un nuage pour frissonner, on remet sur ses épaules la veste de velours à côtes, ou le gros pull. Des insectes courent sur la mousse, entre les feuilles racornies et les touffes d'herbe des bois, cette herbe aux brins fins et cylindriques, d'un vert brillant. Mais le rouge-gorge, qui de l'hiver ne me quittait pas, est-il encore là en avril ? Sans doute est-ce déjà pour lui la saison des amours et des nids, car il semble avoir pour un temps cessé de m'accompagner de tout près, en solitaire qui aime à sentir qu'on est là, et qui se hasarde tout près, oui, mais pas trop, un mètre cinquante, un mètre au moins. Une fois, une seule fois j'ai réussi, l'appelant patiemment d'une voix douce, la main tendue vers lui sans geste brusque, à le faire approcher à moins d'un pas, à le toucher presque, et pendant des minutes entières…
Mais où suis-je parti, encore une fois ?
Qu'ai-je à voir avec ce rouge-gorge, si ce n'est qu'après des semaines solitaires… Est-ce le printemps vraiment ? Je ne sais. Les amandiers ont fleuri, défleuri depuis longtemps, mais ont-ils des feuilles, des amandes ? Ils ont été suivis des cerisiers, c'est sûr. Avril est le mois le plus cruel, a dit le poète de la terre gaste. Ici aussi : je le sens à cette retenue des amandiers après la floraison, aux bourgeons de la vigne qui s'ouvrent à peine, aux chênes qui n'ont dépouillé aucune de leurs vieilles feuilles, à l'herbe encore timide - survivante plutôt que nouvelle -, au ton grisâtre de la pierre, à la froideur encore vive des murs. Même le soleil n'arrive pas à tromper, si éclatant soit-il dans le ciel balayé. Il ne règne que grâce au vent, et le vent est aigre, tranchant parfois et lancinant. Et s'il s'accorde une matinée de douceur, l'après-midi ne passe guère qu'il ne se voile, se brouille et disparaisse avant le soir. Il pleuvra sans doute demain, la grisaille s'installera pour des jours et des jours - pendant lesquels, il est vrai, une verdure folle, acide et jeune, préparera son explosion.
Mais nous n'en sommes pas là. C'est une fin d'après-midi, l'ombre du chevet de l'église envahit la petite place, bien que le soleil passe encore au pied du clocher entre l'église et les maisons et vienne frapper directement la fenêtre, pénètre jusqu'au fond de la pièce et allume sur le plateau moghol des reflets qui font jouer les jaunes et les bruns subtils du long tissu afghan cloué au mur au-dessus du divan.
J'ai ouvert la fenêtre à l'est et regardé vers la vallée par-delà les vignes-cimetières et les lavandes encore rases. Cimetières, oui, ici les vignes sont comme des champs de croix de bois à l'infini. Que de morts dont on boira le sang nouveau sous les dorures de l'octobre !
Une voiture montait, un petit camion vert que jamais je n'avais vu par ici. Il n'en vient pas souvent, d'ailleurs, c'est le bout du monde. Il a disparu dans les derniers lacets mais j'ai continué d'entendre son bruit, faiblement puis de nouveau de plus en plus fort, ce bruit de crécelle d'un diesel qui peine dans une côte, répercuté par les maisons serrées des rues étroites.


© François-René Daillie

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Né en 1925 à Nîmes, Gard

Vit en Saône-et-Loire

poésie, essai

Né d'un père du Nord et d'une mère bourguignonne. Vacances au pays maternel dès ma plus tendre enfance, au point d'en être marqué pour la vie et d'y être revenu habiter voilà plus de vingt ans. Marqué aussi par Lyon où j'ai vécu de neuf à vingt et un ans : fin de primaire, lycée, faculté des lettres, à l'époque rue Pasteur. Études littéraires classiques, anglais et diverses autres langues. Prof dans une douzaine de lycées de Paris et de province, mon trente-sixième anniversaire marque le début d'une nouvelle vie : directeur d'Alliance française et conseiller culturel en Asie et en Afrique : Malaisie, Ghana, Pakistan, Égypte. Depuis ma douzième année, je n'avais jamais cessé d'écrire. Je voulais être poète et officier de marine. La guerre, l'Occupation surtout, en a décidé autrement. Écrit, donc, mais rien publié avant mes 40 ans. Merci à Maurice Nadeau qui m'ouvrit les Lettres Nouvelles et me lança aussi dans la traduction littéraire. Un recueil par-ci, une traduction par-là, une revue, des éditions, Solaire. Merci enfin à Claude Rouquet : j'avais 70 ans lorsqu'il m'accueillit parmi les auteurs de l'Escampette. Difficile d'en dire plus en un feuillet, Je n'ai jamais eu de gros tirages (façon de parler) mais des lecteurs fidèles. J'en découvre un nouveau de temps en temps. Ce qui n'est pas désagréable. J'espère avoir eu pour chacun quelques mots au moins, une phrase peut-être. F.-R.D.

bibliographie

  • Elisa ou la Maison malaise, Fédérop, 2006.
  • Meunier tu dors, Éditions Nykta, Petite Nuit, 2002.
  • Les Eaux du pré-au-loup, Les Éditions du Laquet, 2002.
  • Au pays d'à côté, Les Amis de la poésie, 2002.
  • Sur le grand chemin, L'Escampette, 2000.
  • La Lune et les étoiles, Le Pantoun malais, Belles Lettres, 2000.
  • En temps de résistance, L'Escampette, 1999.
  • Temps large, anthologie poétique 1948-1995, L'Escampette, 1996.
  • Le Divertissement, Chronique du temps ralenti, L'Escampette, 1996.
  • Le Ciel sur la colline, Le Temps qu'il fait, 1994.
  • De cette terre, Solaire/Fédérop, 1993.
  • Anciennes Voix malaises, Fata Morgana, 1993.
  • Le Cabalaire, lieudit d'un récit, Éditions Philippe Olivier, 1989.
  • L'Approche, in anthologie Passages, Glénat, 1988.
  • Vita Nova, Journal d'Islamabad, Solaire, 1982. Réédition chez L'Escampette en 1995.
  • Pérégrinations, Solaire, 1978.
  • En pays heureux, Rougerie, 1975.
  • Ouvrir les portes, Solaire, 1974.
  • Le Petit Véhicule, Le Dé bleu, 1974. Réédition chez L'Escampette en 2002.
  • La Rose et l'acacia, Guy Chambelland, 1973.
  • Le Pays de juin, Denoël Lettres nouvelles, 1971.
  • La Fête minérale, Éditions Pierre-Jean Oswald, 1970.
  • Ama, Guy Chambelland, 1969.

extraits

Le Camion vert

Il y a en février de très bonnes journées claires, dans des combes ensoleillées abritées du mistral, et l'on a vite trop chaud. On se met en bras de chemise, on retrousse même les manches, la hache n'en est que plus légère, plus précise et tranchante. Et c'est bon de souffler de temps en temps, assis dans les feuilles mortes. En avril déjà, il vaut mieux arriver de bonne heure le matin, ou attendre la fin de l'après-midi - les jours sont plus longs, l'heure de midi ardente dans ces bois trop maigres pour donner de l'ombre. À peine les feuilles pubescentes des chênes commencent-elles à se défroisser.
Mais il suffit encore que passe un nuage pour frissonner, on remet sur ses épaules la veste de velours à côtes, ou le gros pull. Des insectes courent sur la mousse, entre les feuilles racornies et les touffes d'herbe des bois, cette herbe aux brins fins et cylindriques, d'un vert brillant. Mais le rouge-gorge, qui de l'hiver ne me quittait pas, est-il encore là en avril ? Sans doute est-ce déjà pour lui la saison des amours et des nids, car il semble avoir pour un temps cessé de m'accompagner de tout près, en solitaire qui aime à sentir qu'on est là, et qui se hasarde tout près, oui, mais pas trop, un mètre cinquante, un mètre au moins. Une fois, une seule fois j'ai réussi, l'appelant patiemment d'une voix douce, la main tendue vers lui sans geste brusque, à le faire approcher à moins d'un pas, à le toucher presque, et pendant des minutes entières…
Mais où suis-je parti, encore une fois ?
Qu'ai-je à voir avec ce rouge-gorge, si ce n'est qu'après des semaines solitaires… Est-ce le printemps vraiment ? Je ne sais. Les amandiers ont fleuri, défleuri depuis longtemps, mais ont-ils des feuilles, des amandes ? Ils ont été suivis des cerisiers, c'est sûr. Avril est le mois le plus cruel, a dit le poète de la terre gaste. Ici aussi : je le sens à cette retenue des amandiers après la floraison, aux bourgeons de la vigne qui s'ouvrent à peine, aux chênes qui n'ont dépouillé aucune de leurs vieilles feuilles, à l'herbe encore timide - survivante plutôt que nouvelle -, au ton grisâtre de la pierre, à la froideur encore vive des murs. Même le soleil n'arrive pas à tromper, si éclatant soit-il dans le ciel balayé. Il ne règne que grâce au vent, et le vent est aigre, tranchant parfois et lancinant. Et s'il s'accorde une matinée de douceur, l'après-midi ne passe guère qu'il ne se voile, se brouille et disparaisse avant le soir. Il pleuvra sans doute demain, la grisaille s'installera pour des jours et des jours - pendant lesquels, il est vrai, une verdure folle, acide et jeune, préparera son explosion.
Mais nous n'en sommes pas là. C'est une fin d'après-midi, l'ombre du chevet de l'église envahit la petite place, bien que le soleil passe encore au pied du clocher entre l'église et les maisons et vienne frapper directement la fenêtre, pénètre jusqu'au fond de la pièce et allume sur le plateau moghol des reflets qui font jouer les jaunes et les bruns subtils du long tissu afghan cloué au mur au-dessus du divan.
J'ai ouvert la fenêtre à l'est et regardé vers la vallée par-delà les vignes-cimetières et les lavandes encore rases. Cimetières, oui, ici les vignes sont comme des champs de croix de bois à l'infini. Que de morts dont on boira le sang nouveau sous les dorures de l'octobre !
Une voiture montait, un petit camion vert que jamais je n'avais vu par ici. Il n'en vient pas souvent, d'ailleurs, c'est le bout du monde. Il a disparu dans les derniers lacets mais j'ai continué d'entendre son bruit, faiblement puis de nouveau de plus en plus fort, ce bruit de crécelle d'un diesel qui peine dans une côte, répercuté par les maisons serrées des rues étroites.


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