Franck Herbet-Pain

Photo de Franck  Herbet-Pain
© Franck Herbet-Pain

biographie

Né en 1955 à Angoulême, 16

Vit à Saint Etienne

Né le 22 avril 1955 à Angoulême.

Etudes de Lettres : maitrise sur James Joyce, Malcolm Lowry et Valéry Larbaud.

Professeur en lycée

Vit à Saint-Etienne depuis 1974.

bibliographie

  • Des hommes de caractères, Avec C.Garcin, P.Bouhénic, J.N.Blanc, P.Fournel, S.Bouquet, B.Collet, Les cahiers intempestifs, 2012.
  • Le Blanc Fouquet, Gallimard, L'Un et l'autre, 2010.

extraits

Le blanc Fouquet
1. Sa main se tend d’un côté quand son bras se replie de l’autre, une main crispée et les veines à fleur de peau sur tout son corps, sur son bras droit qui s’agite quelques secondes avant que sa bouche ne pousse son premier cri de l’air engouffré, et défroisse d’un coup ses poumons, ses doigts s’en contractent encore de cette souffrance qui amène ses premières larmes et rassurent sa mère en sueur comme la sage-femme, qui en sourient. Derrière la porte entrouverte, son père souffle Jean, Jean comme l’Evangéliste, répète-t-il la main serrée sur le col de sa soutane, puis sourit lui aussi de ce fils que tout à l’heure il honorera à l’office de matines bras tendus, dos tourné, l’hostie présentée aux fidèles à hauteur de son front, Corpus Christi, Corpus Filii, et ses paroissiens n’en sauront rien, têtes baissées.
2. L’air neuf d’une matinée d’avril 1420 a remonté la Loire et passe au-dessus de la ville de Tours, dans le quartier Saint-Saturnin, pour être happé par ce cri que personne n’entend dans les rues étroites où les bruits des artisans commencent à remplir les oreilles, où les odeurs des pâtissiers se greffent à cet air qui ne pèse pas, joue sur les feuilles naissantes des arbres et les carreaux des fenêtres que la sage-femme a ouvertes à l’étage, maintenant que la mère est lavée, recouverte de ses draps, et Jean langé dans son berceau, le visage comme un brouillon, les doigts serrés sur la mince sueur de ses paumes.
3. A midi, son père n’a pas besoin de s’annoncer, ni de frapper aux portes, il porte sa soutane ramassée au fond de sa besace et son chapeau à larges bords sur ses yeux baissés, pousse la porte du petit jardin derrière la maison avant celle qu’il ouvre à l’étage sur la femme qu’il aime, assise là avec Jean dans ses bras qui tète le sein les yeux ouverts sur cette blancheur de lait. Devant elle, il pose un genou sur le plancher ciré, accompagné du sourire de Jeanne qui revient sur les lèvres pleines de son fils, collées sur l’aréole large, un cœur trop plein de père aussi.
4. De la rue ils n’entendent rien quand Jeanne défait le lange, rien des rumeurs d’Anglais prêts à investir Paris, elle nettoie l’entrecuisse malgré les jambes qui brassent l’air et que son père veut trop maladroitement arrêter. Quand il y parvient, les bras de Jean s’agitent à leur tour, la tête levée vers le plafond contre lequel résonnent ses bruits de gorge, de ventre, les rires des deux taches floues penchées sur lui auxquelles il répond d’un sourire sans le savoir, et lève de nouveau le visage vers les poutres minces qui règlent son ciel de chambre en lignes sombres sur le blanc de la chaux, les deux couleurs qui se succèdent dans son regard, la nuit et le jour, et le sein de sa mère.
5. Jusqu’à ce qu’il le quitte et que ses yeux s’ouvrent entièrement sur les taches colorées que sont ses bouillies, sur les visages qu’il reconnaît autrement que par le sourire, sur les ombres que peut laisser le jour dans les pièces de la maison, ou les lumières que la nuit introduit par les bâillements des volets sur le plancher et sur les murs. Dans le silence du sommeil des autres, il les fixe, s’aperçoit qu’elles avancent, marquent un moment la porte en face de lui, puis la dépassent en s’étirant, il tourne la tête vers la fenêtre où la clarté semble immobile dans sa raie verticale, ses yeux se ferment enfin, mais les lignes restent sous ses paupières, une géométrie sur laquelle ses rêves viennent ajouter les images du jour.
6. Quand il commence à marcher, il va d’une attirance à l’autre, du carré de soleil sur le plancher aux cubes colorés qu’a apportés son père, et qu’il empile maladroitement, il en sursaute quand ils tombent sur le sol. Dans le jardin attenant à la cuisine, sous le regard en laisse de sa mère, il agrippe le vert de l’herbe, le marron des mottes de terre, le gris des cailloux tous arrêtés d’une main avant qu’ils n’arrivent à sa bouche au contraire de ce qu’il voit sur la table, sanglé à sa chaise haute, le rouge des radis qu’il suçote, le jaune des champignons, l’orange des carottes, le blanc des fromages, et quand sa mère le sort allongé à l’ombre de l’orme, quand elle croit qu’il dort, il garde les yeux levés sur le bleu du ciel qu’il ne peut voir ailleurs, ce bleu.
7. Et il en découvre un autre mouvant, et lent, limpide sur le bord de la Loire derrière le château royal où l’emmène sa mère, dans laquelle il marche pieds nus, trempe ses mains, mais ce bleu lui échappe, l’eau reste perlée à ses doigts sans sa couleur qui a rejoint la largeur du courant, jusqu’à l’île en face et son sable jaune, sa verdure qui lui semble plus soutenue que celle du chemin qui mène à cette grève quand il se retourne pour vérifier. Les branches des arbres remuent dans le sens du fleuve, il suit le doigt de sa mère tendu vers l’extrémité de l’île où un héron prend son envol, Jean le regarde monter dans le bleu, dans la hauteur de ce ciel où le soleil plisse ses yeux et les fait pleurer, deux amandes régulières qu’il veut garder ouvertes même quand la nuit tombe et ses muscles aussi de fatigue, il ne se résout pas à leur faiblesse.
8. Dans les rues du quartier Saint-Saturnin, son regard reste à hauteur des seuils de porte, des taches de boue, des quartiers de viandes découpés, des genoux des passants quand parfois une grande tache rouge, une jaune attrape son œil et le fait remonter à la taille, à la poitrine de ceux qu’il croise, dont les plis, les ors ou la fourrure isolent la silhouette et la revêtent d’une exception de couleurs. La tête levée qui échoue à les suivre se porte alors sur la hauteur des toits, dans un cadre qui laisse apercevoir un bout de nuage blanc cerné d’un bleu, comme de sa fenêtre le linteau dessine une droite de lumière sans limite.
9. A Notre-Dame La Riche ou à Saint-Martin, même les faibles lueurs des vêpres soulignent les reflets d’un brocart, d’un voile de lin, les rouges, les verts ou les blancs limpides d’une chasuble, mais aussi les ors des colliers, des broderies ou des aumônières de ceux qui sont assis au premier rang et qui dominent leur étalage de couleurs d’une arête de nez long, d’une gorge de femme qui tremble à l’oraison, d’un front étroit et plat à sa gauche au-dessus de mentons perchoirs ou fuyants, d’yeux ronds, globuleux, petits, enfoncés, pochés et gras, les mêmes rides, les mêmes défauts, les mêmes beautés qui le croisent au marché, sur la place de la Livre Tournoi, ou au bord de l’eau où brillent d’un éclat d’argent trop rapide les écailles de poissons dans les mains tannées et épaisses des pêcheurs.
10. Un soir d’hiver, son père sort de sa lourde cape ce que Jean n’a jamais vu, un livre qu’il lui fait ouvrir sur la grande table en face de la cheminée, et Jean regarde, suivant l’index de sa mère, des signes noirs qui passent du doigt à la bouche de son père à côté de lui, prononcés lentement, distinctement à partir d’une image colorée en haut, à gauche de la page où est représenté un personnage ou un animal que Jean ne peut s’empêcher de fixer plus que les mots, ces fils d’or, les mêmes rouges et bleus des vêtements à l’église. Quand son père tourne la page suivante, il voit là soudain, dans le cadre entier, une seule image, un personnage assis près d’un arbre, un autre livre sur ses genoux, sur lequel sa main droite tient une plume comme celle des pigeons de la rue. Vêtu de blanc, il est entouré d’une herbe verte au premier plan, et derrière lui le bleu profond de l’eau que Jean reconnaît aux traits ondulés qui semblent se perdre à l’infini, sauf en haut, à droite, où un visage cerné d’or regarde le personnage assis. Jean tourne la tête vers son père qui sourit, et entend la voix de sa mère à côté de lui. C’est l’apôtre, Jean. L’apôtre Jean.

Franck Herbet-Pain

Photo de Franck  Herbet-Pain
© Franck Herbet-Pain

biographie

Né en 1955 à Angoulême, 16

Vit à Saint Etienne

Né le 22 avril 1955 à Angoulême.

Etudes de Lettres : maitrise sur James Joyce, Malcolm Lowry et Valéry Larbaud.

Professeur en lycée

Vit à Saint-Etienne depuis 1974.

bibliographie

  • Des hommes de caractères, Avec C.Garcin, P.Bouhénic, J.N.Blanc, P.Fournel, S.Bouquet, B.Collet, Les cahiers intempestifs, 2012.
  • Le Blanc Fouquet, Gallimard, L'Un et l'autre, 2010.

extraits

Le blanc Fouquet
1. Sa main se tend d’un côté quand son bras se replie de l’autre, une main crispée et les veines à fleur de peau sur tout son corps, sur son bras droit qui s’agite quelques secondes avant que sa bouche ne pousse son premier cri de l’air engouffré, et défroisse d’un coup ses poumons, ses doigts s’en contractent encore de cette souffrance qui amène ses premières larmes et rassurent sa mère en sueur comme la sage-femme, qui en sourient. Derrière la porte entrouverte, son père souffle Jean, Jean comme l’Evangéliste, répète-t-il la main serrée sur le col de sa soutane, puis sourit lui aussi de ce fils que tout à l’heure il honorera à l’office de matines bras tendus, dos tourné, l’hostie présentée aux fidèles à hauteur de son front, Corpus Christi, Corpus Filii, et ses paroissiens n’en sauront rien, têtes baissées.
2. L’air neuf d’une matinée d’avril 1420 a remonté la Loire et passe au-dessus de la ville de Tours, dans le quartier Saint-Saturnin, pour être happé par ce cri que personne n’entend dans les rues étroites où les bruits des artisans commencent à remplir les oreilles, où les odeurs des pâtissiers se greffent à cet air qui ne pèse pas, joue sur les feuilles naissantes des arbres et les carreaux des fenêtres que la sage-femme a ouvertes à l’étage, maintenant que la mère est lavée, recouverte de ses draps, et Jean langé dans son berceau, le visage comme un brouillon, les doigts serrés sur la mince sueur de ses paumes.
3. A midi, son père n’a pas besoin de s’annoncer, ni de frapper aux portes, il porte sa soutane ramassée au fond de sa besace et son chapeau à larges bords sur ses yeux baissés, pousse la porte du petit jardin derrière la maison avant celle qu’il ouvre à l’étage sur la femme qu’il aime, assise là avec Jean dans ses bras qui tète le sein les yeux ouverts sur cette blancheur de lait. Devant elle, il pose un genou sur le plancher ciré, accompagné du sourire de Jeanne qui revient sur les lèvres pleines de son fils, collées sur l’aréole large, un cœur trop plein de père aussi.
4. De la rue ils n’entendent rien quand Jeanne défait le lange, rien des rumeurs d’Anglais prêts à investir Paris, elle nettoie l’entrecuisse malgré les jambes qui brassent l’air et que son père veut trop maladroitement arrêter. Quand il y parvient, les bras de Jean s’agitent à leur tour, la tête levée vers le plafond contre lequel résonnent ses bruits de gorge, de ventre, les rires des deux taches floues penchées sur lui auxquelles il répond d’un sourire sans le savoir, et lève de nouveau le visage vers les poutres minces qui règlent son ciel de chambre en lignes sombres sur le blanc de la chaux, les deux couleurs qui se succèdent dans son regard, la nuit et le jour, et le sein de sa mère.
5. Jusqu’à ce qu’il le quitte et que ses yeux s’ouvrent entièrement sur les taches colorées que sont ses bouillies, sur les visages qu’il reconnaît autrement que par le sourire, sur les ombres que peut laisser le jour dans les pièces de la maison, ou les lumières que la nuit introduit par les bâillements des volets sur le plancher et sur les murs. Dans le silence du sommeil des autres, il les fixe, s’aperçoit qu’elles avancent, marquent un moment la porte en face de lui, puis la dépassent en s’étirant, il tourne la tête vers la fenêtre où la clarté semble immobile dans sa raie verticale, ses yeux se ferment enfin, mais les lignes restent sous ses paupières, une géométrie sur laquelle ses rêves viennent ajouter les images du jour.
6. Quand il commence à marcher, il va d’une attirance à l’autre, du carré de soleil sur le plancher aux cubes colorés qu’a apportés son père, et qu’il empile maladroitement, il en sursaute quand ils tombent sur le sol. Dans le jardin attenant à la cuisine, sous le regard en laisse de sa mère, il agrippe le vert de l’herbe, le marron des mottes de terre, le gris des cailloux tous arrêtés d’une main avant qu’ils n’arrivent à sa bouche au contraire de ce qu’il voit sur la table, sanglé à sa chaise haute, le rouge des radis qu’il suçote, le jaune des champignons, l’orange des carottes, le blanc des fromages, et quand sa mère le sort allongé à l’ombre de l’orme, quand elle croit qu’il dort, il garde les yeux levés sur le bleu du ciel qu’il ne peut voir ailleurs, ce bleu.
7. Et il en découvre un autre mouvant, et lent, limpide sur le bord de la Loire derrière le château royal où l’emmène sa mère, dans laquelle il marche pieds nus, trempe ses mains, mais ce bleu lui échappe, l’eau reste perlée à ses doigts sans sa couleur qui a rejoint la largeur du courant, jusqu’à l’île en face et son sable jaune, sa verdure qui lui semble plus soutenue que celle du chemin qui mène à cette grève quand il se retourne pour vérifier. Les branches des arbres remuent dans le sens du fleuve, il suit le doigt de sa mère tendu vers l’extrémité de l’île où un héron prend son envol, Jean le regarde monter dans le bleu, dans la hauteur de ce ciel où le soleil plisse ses yeux et les fait pleurer, deux amandes régulières qu’il veut garder ouvertes même quand la nuit tombe et ses muscles aussi de fatigue, il ne se résout pas à leur faiblesse.
8. Dans les rues du quartier Saint-Saturnin, son regard reste à hauteur des seuils de porte, des taches de boue, des quartiers de viandes découpés, des genoux des passants quand parfois une grande tache rouge, une jaune attrape son œil et le fait remonter à la taille, à la poitrine de ceux qu’il croise, dont les plis, les ors ou la fourrure isolent la silhouette et la revêtent d’une exception de couleurs. La tête levée qui échoue à les suivre se porte alors sur la hauteur des toits, dans un cadre qui laisse apercevoir un bout de nuage blanc cerné d’un bleu, comme de sa fenêtre le linteau dessine une droite de lumière sans limite.
9. A Notre-Dame La Riche ou à Saint-Martin, même les faibles lueurs des vêpres soulignent les reflets d’un brocart, d’un voile de lin, les rouges, les verts ou les blancs limpides d’une chasuble, mais aussi les ors des colliers, des broderies ou des aumônières de ceux qui sont assis au premier rang et qui dominent leur étalage de couleurs d’une arête de nez long, d’une gorge de femme qui tremble à l’oraison, d’un front étroit et plat à sa gauche au-dessus de mentons perchoirs ou fuyants, d’yeux ronds, globuleux, petits, enfoncés, pochés et gras, les mêmes rides, les mêmes défauts, les mêmes beautés qui le croisent au marché, sur la place de la Livre Tournoi, ou au bord de l’eau où brillent d’un éclat d’argent trop rapide les écailles de poissons dans les mains tannées et épaisses des pêcheurs.
10. Un soir d’hiver, son père sort de sa lourde cape ce que Jean n’a jamais vu, un livre qu’il lui fait ouvrir sur la grande table en face de la cheminée, et Jean regarde, suivant l’index de sa mère, des signes noirs qui passent du doigt à la bouche de son père à côté de lui, prononcés lentement, distinctement à partir d’une image colorée en haut, à gauche de la page où est représenté un personnage ou un animal que Jean ne peut s’empêcher de fixer plus que les mots, ces fils d’or, les mêmes rouges et bleus des vêtements à l’église. Quand son père tourne la page suivante, il voit là soudain, dans le cadre entier, une seule image, un personnage assis près d’un arbre, un autre livre sur ses genoux, sur lequel sa main droite tient une plume comme celle des pigeons de la rue. Vêtu de blanc, il est entouré d’une herbe verte au premier plan, et derrière lui le bleu profond de l’eau que Jean reconnaît aux traits ondulés qui semblent se perdre à l’infini, sauf en haut, à droite, où un visage cerné d’or regarde le personnage assis. Jean tourne la tête vers son père qui sourit, et entend la voix de sa mère à côté de lui. C’est l’apôtre, Jean. L’apôtre Jean.

sur le fil

a reçu le prix Trop Virilo qui récompense « la plus vivace poussée de testostérone littéraire de l’année« , pour Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur Blanc), ex aequo avec Jean Teulé.

fait partie des 7 lauréats du 10e prix Handi-Livres pour son roman L’École du tonnerre (Rue du Monde).

vient de recevoir le Prix Cazes Brasserie Lipp 2016 pour son roman Giratoire paru en janvier chez Serge Safran Editeur.

Jacques A. Bertrand reçoit le prix Alexandre-Vialatte 2015 pour son essai Brèves histoires des choses (Julliard) et pour l’ensemble de son oeuvre chez Julliard.

a été couronné par le prix Lettres frontière 2015 pour son roman paru en 2014 L’Affaire des vivants (éditions Phébus)

Michel Thion a reçu le prix « Révélation de poésie 2015 » de la Société des Gens de Lettre. (SGDL), pour son recueil L’Enneigement, paru aux éditions La Rumeur Libre.

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