Jacques-Rémy Girerd

Photo de Jacques-Rémy  Girerd
© Jacques-Rémy Girerd

biographie

Né en 1952 à Charlieu, Loire

Vit dans la Drôme

courriel : girerd-folimage@wanadoo.fr

adultes : roman

jeunesse : auteur de textes

Jacques-Rémy Girerd vit dans la Drôme où il dirige les studios de production Folimage.

Auteur-réalisateur de dessins animés depuis trente ans, il a notamment signé "Le Bonheur de la vie", "Ma petite planète chérie", "L'Enfant au grelot". Son dernier film, "La Prophétie des grenouilles", a remporté cinq Grands Prix et dépassé le million de spectateurs en France. En guise d'escapade avant son prochain long métrage ("Mia et le Migou"), Jacques-Rémy Girerd vient de publier "Cœur de trèfle" (collection "Haute Enfance", éditions Gallimard), récit plein de drôleries sur ses premières années passées dans une ferme aux confins du Beaujolais. Il est également l'auteur d'un roman et d'un album jeunesse écrit à partir de "La Prophétie des grenouilles".

bibliographie

adulte

  • Cœur de trèfle, Gallimard, Haute Enfance, 2004.
  • Le Temps des grenouilles : tendres souvenirs d'enfance à La Roche, Éditions de la Maison Blanche, 2002.

jeunesse

  • Tante Hilda ! :la biodiversité et les OGM en questions : l'histoire + le documentaire, illustrations de Benoît Chieux, Flammarion, 2014.
  • Tante Hilda ! : le roman, Père Castor-Flammarion, 2014.
  • Tante Hilda ! : l'album du film, illustré par Benoît Chieux, Flammarion, 2014.
  • Mia et le Migou, illustrations de Benoît Chieux, Milan Jeunesse, Milan Poche, 2008.
  • La Prophétie des grenouilles, illustrations de Iouri Tcherenkov, Hachette Jeunesse, 2003. Réédition dans le Livre de Poche Jeunesse en 2004.
  • L'Enfant au grelot, illustrations de Benoît Chieux et de Damien Louche-Pélissier, Casterman, 1999.

extraits

adulte

À la Roche, la vie m'arrivait comme on jette du grain aux poules : au petit bonheur la chance. Parfois il me prenait d'irrésistibles envies de m'allonger à plat ventre au milieu des prés, les bras en croix, de caresser l'écorce des arbres, sentir sous ma paume la sensuelle vibration de leur âme, ou contempler la profondeur des "craus" sous la fine couche de lentilles délicates, en attendant que le génie des eaux veuille bien se manifester sous la forme d'une grenouille, ou plutôt d'une "guernouille", comme disait le patois de Coublanc. Je devenais alors le bredin, le pauvre garçon auquel il manque une case et qu'on observe en hochant la tête tout en levant les yeux au ciel pour signifier sa commisération. Dans ces moments-là, je sentais les nuages défiler à toute berzingue au-dessus de mon corps bouillonnant et m'entraîner dans la spirale ensorceleuse du temps sans borne. Rien ne pouvait m'arriver, je me devinais repu des beautés du monde, éternel, géant et minuscule à la fois. Je ressentais le bout de mes atomes se mélanger avec ceux de la terre, du vent et du firmament. J'étais heureux. Tout simplement imbécile et heureux.

La proximité des arbres et le grand air m'aidaient à vivre. Je respirais mieux à Coublanc, j'étais moi, tout d'un bloc, enfin rassemblé. Un petit veinard libre et sans souci, toujours dehors à cavaler dans les prés et grimper dans les arbres. Quand je n'avais pas envie qu'on s'occupe de moi, personne ne cherchait à le faire. Ça me changeait de l'école Notre-Dame, de la puanteur de l'éponge mouillée du tableau et du frère Guy, qui nous passait la main sous la culotte.

Tout ce qui ressemblait à une mare ou à un étang était qualifié de "crau" dans ce petit morceau de France campagnarde, un des mots-clefs avec "guernouille" et quelques autres autour desquels se structurait la langue savoureuse des Coublandis.

Le "crau", c'était plus qu'un élément banal du langage : ce mot-là vous bondissait à l'oreille comme une unité musicale, un trait d'union entre les hommes de la terre. C'était la police d'assurance des paysans d'autrefois, un gage de stabilité et de fécondité. Ces réservoirs contre les tracasseries du temps et les gosiers asséchés (des bestiaux) ne manquaient pas autour de la ferme.

Il y en avait quatre, autant que de points cardinaux, tous coassants de milliers de chants d'amour. Quand l'un deux se mettait en branle, vocalisant à tue-tête dans la moiteur des étoiles apaisées, le quatuor au grand complet embrayait immédiatement derrière le premier chœur, poussant le canon presque jusqu'au magnificat, entraînant dans son sillage paroxysmique tous les "craus" de la commune qui eux-mêmes devaient déclencher en cascades démesurées les foudres polyphoniques du canton, de la circonscription et de proche en proche le sursaut amoureux de la planète tout entière.

À ce jeu du bonheur sensoriel où jonglait ma petite vie s'ajoutaient quelques hommes et surtout une femme : Mané.

Extrait de "Cœur de trèfle" © Gallimard, 2004

jeunesse

J'étais heureux avec Ferdinand et Juliette. Nous formions une vraie famille. La maison dans laquelle nous vivions sentait bon, les chats aimaient les caresses et les peaux de saucisson, les arbres et les champs s'étendaient à perte de vue autour de notre ferme. J'étais libre d'aller où je voulais, quand je voulais. Je passais mon temps à cavaler dans les prés et à grimper dans les arbres. Je connaissais tous les recoins, tous les chemins, toutes les cachettes.
J'étais loin d'imaginer le quart du dixième de ce qui allait s'abattre sur notre famille.

Juliette et Ferdinand ne sont pas mes vrais parents de naissance, eux, ils sont morts des suites de la guerre qui a ravagé le pays où je suis né. Juliette et Ferdinand m'ont adopté bien avant que ma mémoire ne soit capable de se souvenir de quoi que ce soit. Je ne sais pas comment aurait pu être ma vie avec mes vrais parents, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'avec ces remplaçants, je me sens toujours bien, c'est le bonheur, quoi ! Je les aime vraiment beaucoup et tous les jours je remercie la chance de m'avoir fait atterrir dans cette famille.

Ferdinand est une sorte de colosse avec un ventre énorme et une barbe de plus d'un mètre de long. J'adore son air malicieux et son sourire désarmant. Je ne l'ai jamais vu habillé autrement qu'avec une casquette et un pull marin - comme ça, tout le monde le reconnaît, même de très loin.
Au cours de sa vie, mon père a fait plusieurs fois le tour du monde et bourlingué sur toutes les mers du globe. Il a pris sa retraite peu de temps avant mon adoption. À ce moment-là, avec Juliette, ils avaient décidé de s'établir à la campagne dans une ferme perchée en haut d'une colline. Notre maison était loin de tout mais Juliette disait toujours qu'on y vivait comme dans un mini-royaume de conte de fées. Nous avions quelques animaux domestiques, des poules, des chèvres, deux cochons, un cheval, et même une vache qui nous donnait du lait deux fois par jour. Un bon vieux chien un peu feignant sur les bords complétait la petite famille.
En face de notre maison, de l'autre côté de la cour, se dressait une immense grange de quatre niveaux. Elle se voyait de loin. C'était un repère pour tous ceux qui, d'aventure, passaient dans les environs. Ferdinand m'avait dit un jour que du toit de cette grange, par temps clair, on pouvait voir la Grande Muraille de Chine. Je savais bien que c'était une blague, mais, pourtant, un jour, je suis pratiquement sûr de l'avoir aperçue.


Extrait de "La Prophétie des grenouilles" © Hachette jeunesse, 2003.

médiation

adultes

  • lecture
  • rencontre avec une classe

jeunesse

Public visé par les animations

  • 6 - 10 ans
  • collégiens
  • lycéens

Jacques-Rémy Girerd

Photo de Jacques-Rémy  Girerd
© Jacques-Rémy Girerd

biographie

Né en 1952 à Charlieu, Loire

Vit dans la Drôme

courriel : girerd-folimage@wanadoo.fr

adultes : roman

jeunesse : auteur de textes

Jacques-Rémy Girerd vit dans la Drôme où il dirige les studios de production Folimage.

Auteur-réalisateur de dessins animés depuis trente ans, il a notamment signé "Le Bonheur de la vie", "Ma petite planète chérie", "L'Enfant au grelot". Son dernier film, "La Prophétie des grenouilles", a remporté cinq Grands Prix et dépassé le million de spectateurs en France. En guise d'escapade avant son prochain long métrage ("Mia et le Migou"), Jacques-Rémy Girerd vient de publier "Cœur de trèfle" (collection "Haute Enfance", éditions Gallimard), récit plein de drôleries sur ses premières années passées dans une ferme aux confins du Beaujolais. Il est également l'auteur d'un roman et d'un album jeunesse écrit à partir de "La Prophétie des grenouilles".

bibliographie

adulte

  • Cœur de trèfle, Gallimard, Haute Enfance, 2004.
  • Le Temps des grenouilles : tendres souvenirs d'enfance à La Roche, Éditions de la Maison Blanche, 2002.

jeunesse

  • Tante Hilda ! :la biodiversité et les OGM en questions : l'histoire + le documentaire, illustrations de Benoît Chieux, Flammarion, 2014.
  • Tante Hilda ! : le roman, Père Castor-Flammarion, 2014.
  • Tante Hilda ! : l'album du film, illustré par Benoît Chieux, Flammarion, 2014.
  • Mia et le Migou, illustrations de Benoît Chieux, Milan Jeunesse, Milan Poche, 2008.
  • La Prophétie des grenouilles, illustrations de Iouri Tcherenkov, Hachette Jeunesse, 2003. Réédition dans le Livre de Poche Jeunesse en 2004.
  • L'Enfant au grelot, illustrations de Benoît Chieux et de Damien Louche-Pélissier, Casterman, 1999.

extraits

adulte

À la Roche, la vie m'arrivait comme on jette du grain aux poules : au petit bonheur la chance. Parfois il me prenait d'irrésistibles envies de m'allonger à plat ventre au milieu des prés, les bras en croix, de caresser l'écorce des arbres, sentir sous ma paume la sensuelle vibration de leur âme, ou contempler la profondeur des "craus" sous la fine couche de lentilles délicates, en attendant que le génie des eaux veuille bien se manifester sous la forme d'une grenouille, ou plutôt d'une "guernouille", comme disait le patois de Coublanc. Je devenais alors le bredin, le pauvre garçon auquel il manque une case et qu'on observe en hochant la tête tout en levant les yeux au ciel pour signifier sa commisération. Dans ces moments-là, je sentais les nuages défiler à toute berzingue au-dessus de mon corps bouillonnant et m'entraîner dans la spirale ensorceleuse du temps sans borne. Rien ne pouvait m'arriver, je me devinais repu des beautés du monde, éternel, géant et minuscule à la fois. Je ressentais le bout de mes atomes se mélanger avec ceux de la terre, du vent et du firmament. J'étais heureux. Tout simplement imbécile et heureux.

La proximité des arbres et le grand air m'aidaient à vivre. Je respirais mieux à Coublanc, j'étais moi, tout d'un bloc, enfin rassemblé. Un petit veinard libre et sans souci, toujours dehors à cavaler dans les prés et grimper dans les arbres. Quand je n'avais pas envie qu'on s'occupe de moi, personne ne cherchait à le faire. Ça me changeait de l'école Notre-Dame, de la puanteur de l'éponge mouillée du tableau et du frère Guy, qui nous passait la main sous la culotte.

Tout ce qui ressemblait à une mare ou à un étang était qualifié de "crau" dans ce petit morceau de France campagnarde, un des mots-clefs avec "guernouille" et quelques autres autour desquels se structurait la langue savoureuse des Coublandis.

Le "crau", c'était plus qu'un élément banal du langage : ce mot-là vous bondissait à l'oreille comme une unité musicale, un trait d'union entre les hommes de la terre. C'était la police d'assurance des paysans d'autrefois, un gage de stabilité et de fécondité. Ces réservoirs contre les tracasseries du temps et les gosiers asséchés (des bestiaux) ne manquaient pas autour de la ferme.

Il y en avait quatre, autant que de points cardinaux, tous coassants de milliers de chants d'amour. Quand l'un deux se mettait en branle, vocalisant à tue-tête dans la moiteur des étoiles apaisées, le quatuor au grand complet embrayait immédiatement derrière le premier chœur, poussant le canon presque jusqu'au magnificat, entraînant dans son sillage paroxysmique tous les "craus" de la commune qui eux-mêmes devaient déclencher en cascades démesurées les foudres polyphoniques du canton, de la circonscription et de proche en proche le sursaut amoureux de la planète tout entière.

À ce jeu du bonheur sensoriel où jonglait ma petite vie s'ajoutaient quelques hommes et surtout une femme : Mané.

Extrait de "Cœur de trèfle" © Gallimard, 2004

jeunesse

J'étais heureux avec Ferdinand et Juliette. Nous formions une vraie famille. La maison dans laquelle nous vivions sentait bon, les chats aimaient les caresses et les peaux de saucisson, les arbres et les champs s'étendaient à perte de vue autour de notre ferme. J'étais libre d'aller où je voulais, quand je voulais. Je passais mon temps à cavaler dans les prés et à grimper dans les arbres. Je connaissais tous les recoins, tous les chemins, toutes les cachettes.
J'étais loin d'imaginer le quart du dixième de ce qui allait s'abattre sur notre famille.

Juliette et Ferdinand ne sont pas mes vrais parents de naissance, eux, ils sont morts des suites de la guerre qui a ravagé le pays où je suis né. Juliette et Ferdinand m'ont adopté bien avant que ma mémoire ne soit capable de se souvenir de quoi que ce soit. Je ne sais pas comment aurait pu être ma vie avec mes vrais parents, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'avec ces remplaçants, je me sens toujours bien, c'est le bonheur, quoi ! Je les aime vraiment beaucoup et tous les jours je remercie la chance de m'avoir fait atterrir dans cette famille.

Ferdinand est une sorte de colosse avec un ventre énorme et une barbe de plus d'un mètre de long. J'adore son air malicieux et son sourire désarmant. Je ne l'ai jamais vu habillé autrement qu'avec une casquette et un pull marin - comme ça, tout le monde le reconnaît, même de très loin.
Au cours de sa vie, mon père a fait plusieurs fois le tour du monde et bourlingué sur toutes les mers du globe. Il a pris sa retraite peu de temps avant mon adoption. À ce moment-là, avec Juliette, ils avaient décidé de s'établir à la campagne dans une ferme perchée en haut d'une colline. Notre maison était loin de tout mais Juliette disait toujours qu'on y vivait comme dans un mini-royaume de conte de fées. Nous avions quelques animaux domestiques, des poules, des chèvres, deux cochons, un cheval, et même une vache qui nous donnait du lait deux fois par jour. Un bon vieux chien un peu feignant sur les bords complétait la petite famille.
En face de notre maison, de l'autre côté de la cour, se dressait une immense grange de quatre niveaux. Elle se voyait de loin. C'était un repère pour tous ceux qui, d'aventure, passaient dans les environs. Ferdinand m'avait dit un jour que du toit de cette grange, par temps clair, on pouvait voir la Grande Muraille de Chine. Je savais bien que c'était une blague, mais, pourtant, un jour, je suis pratiquement sûr de l'avoir aperçue.


Extrait de "La Prophétie des grenouilles" © Hachette jeunesse, 2003.

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