Jean-Michel Béquié

Photo de Jean-Michel  Béquié
© Jean-Michel Béquié

biographie

Né en 1958 à La Tronche, Isère

Vit dans le Vaucluse

roman

Je suis né le 13 septembre 1958 à La Tronche, en Isère. Une partie de ma famille (maternelle) s'était retrouvée près de Grenoble après avoir quitté l'Algérie en 1956. Nouvel exil pour des gens qui venaient de Corse et, trois siècles plus tôt, avaient fui le Péloponnèse.

Quant à ma grand-mère paternelle, veuve après la guerre de 1914, elle était ouvrière dans une manufacture de tabac à Toulouse.

Souvenirs de glissades, de jeux dans la neige, de luge, accroché à mon père ou à mon grand-père. Trop froid, trop blanc.

Parfum de thym, d'olivier, de pierre sèche, on pousse plus au sud.

Enfance à Bonnieux puis à Cavaillon ; vie adulte à l'Isle-sur-Sorgue. Du nord-est au nord du Luberon. Trente-cinq kilomètres pour trente-cinq ans : pas un grand voyageur. Mais je ne désespère pas d'habiter un jour plus au sud (Ah, Cucuron !).

Enseignant en maternelle, trois enfants ; quoi d'autre ? Le désir d'écrire des romans - ou des textes qui y ressemblent -, à mon rythme. Apprendre, comprendre (et ne pas juger, ajoutait Simenon). Avancer à pas de fourmi ; chanter parfois néanmoins, et l'hiver et l'été. J.-M.B.

bibliographie

  • Les Fugues de Joseph Conti, Éditions Jean-Claude Lattès, 1998.
  • Charles, Éditions de Minuit, 1993.
  • Lumière cendrée, Éditions Liana Levi, 1986.

extraits

Je veux à présent, comme la belette, fermer les yeux au monde et emporter sous mes paupières closes des images de paix et d'harmonie, des images de Lucie, de grand-mère, de grand-père, de la petite belette quand dans les bras de mas sœur elle miaulait autoritairement pour que ne cessent pas les baisers et les mots tendres. J'en ai fini avec le sang, avec les larmes, je veux, alors que les lumières s'éteignent, vous donner la main. Dans quelques heures, quelques jours tout au plus, vous n'existerez plus même dans la mémoire d'un vieil homme à demi fou. Vos noms pâliront sur des cahiers d'état civil gagnés par la poussière et convoités par les cafards, le dernier écho de vos rires, de vos voix, s'interrompra, la ligne de ta bouche s'effacera dans mon dernier souffle. Je veux que mon corps soit brûlé et que mes cendres soient dispersées sur ta tombe, sous le grand saule, un jour de pluie, quand la terre et le ciel sont gris.
Je n'espère plus atteindre ces hauts plateaux si élevés que l'on peut y caresser le soleil, ces plateaux arides que les couleurs ont déserté et qui, suspendus entre ciel et terre, offrent aux regards leurs horizons de pierre ; je ne suis pas assez bon marcheur, ou je comprends, enfin que tu m'attends pas sur des sommets. Une petite fille est plus modeste, plus pénétrée des parfums de la terre, de la douceur des feuilles. Je m'engage dans un sous-bois profond comme un tunnel, écho de la grotte que nous avions découverte sous les collines, la pente est douce, mais continue. Je reconnais les feuilles de chêne blanches et rousses, doucement pourrissantes, la terre sombre aux relents d'humus que fouissent les sangliers, j'entends les ponctuations indolentes des branches qui s'égouttent, et je descend, descends encore. Par une ouverture dans la forêt j'aperçois les nuages chargés de pluie, le vol des passereaux par-delà les cimes, les couleurs du crépuscule qui se noient dans la nuit, le parme et le noir qui émergent des brumes tango, le cinabre à la pointe des cèdres et les feuilles de sureau mangées de rouille. Tout est calme comme après l'orage. Je progresse encore, parviens à cette heure touffue de la nuit qui résonne du chant des crapauds, du miaulement lugubre des matous enamourés, ou bruisse du déplacement furtif de ceux qui, déçus pour un soir de l'amour, se coulent vers leur proie. Mais la forêt éteint les sons et les bruits comme elle a éteint les couleurs, le ciel se meurt, et la lumière, et la vie. J'attends le grand éclair dans lequel je te reverrai telle que tu étais ce jour-là, près de notre source secrète, comblée de soleil ; je retrouverai ce que depuis j'ai cherché en vain : tes poignets ronds et tes chevilles griffées, tes épaules constellées, le sourire de tes lèvres, la confiance de ton regard, et je noierai, à mon tour, dans tes yeux gris et verts qui ressemblent à l'étang sous l'ondée, et je me noierai, Lucie, dans tes bras liquides, et je me noierai, mon amour, dans la vase brune de tes cheveux, dans la sueur tiède de ton cou, et la première lueur du matin glissera à la surface de l'eau refermée, et le vent effeuillera les arbres, et la pluie les fera reverdir, et nous serons enfin, ma sœur, oubliés des vivants et des morts.

Extrait d'un roman en cours © Jean-Michel Béquié

médiation

  • table ronde et débat
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique

Jean-Michel Béquié

Photo de Jean-Michel  Béquié
© Jean-Michel Béquié

biographie

Né en 1958 à La Tronche, Isère

Vit dans le Vaucluse

roman

Je suis né le 13 septembre 1958 à La Tronche, en Isère. Une partie de ma famille (maternelle) s'était retrouvée près de Grenoble après avoir quitté l'Algérie en 1956. Nouvel exil pour des gens qui venaient de Corse et, trois siècles plus tôt, avaient fui le Péloponnèse.

Quant à ma grand-mère paternelle, veuve après la guerre de 1914, elle était ouvrière dans une manufacture de tabac à Toulouse.

Souvenirs de glissades, de jeux dans la neige, de luge, accroché à mon père ou à mon grand-père. Trop froid, trop blanc.

Parfum de thym, d'olivier, de pierre sèche, on pousse plus au sud.

Enfance à Bonnieux puis à Cavaillon ; vie adulte à l'Isle-sur-Sorgue. Du nord-est au nord du Luberon. Trente-cinq kilomètres pour trente-cinq ans : pas un grand voyageur. Mais je ne désespère pas d'habiter un jour plus au sud (Ah, Cucuron !).

Enseignant en maternelle, trois enfants ; quoi d'autre ? Le désir d'écrire des romans - ou des textes qui y ressemblent -, à mon rythme. Apprendre, comprendre (et ne pas juger, ajoutait Simenon). Avancer à pas de fourmi ; chanter parfois néanmoins, et l'hiver et l'été. J.-M.B.

bibliographie

  • Les Fugues de Joseph Conti, Éditions Jean-Claude Lattès, 1998.
  • Charles, Éditions de Minuit, 1993.
  • Lumière cendrée, Éditions Liana Levi, 1986.

extraits

Je veux à présent, comme la belette, fermer les yeux au monde et emporter sous mes paupières closes des images de paix et d'harmonie, des images de Lucie, de grand-mère, de grand-père, de la petite belette quand dans les bras de mas sœur elle miaulait autoritairement pour que ne cessent pas les baisers et les mots tendres. J'en ai fini avec le sang, avec les larmes, je veux, alors que les lumières s'éteignent, vous donner la main. Dans quelques heures, quelques jours tout au plus, vous n'existerez plus même dans la mémoire d'un vieil homme à demi fou. Vos noms pâliront sur des cahiers d'état civil gagnés par la poussière et convoités par les cafards, le dernier écho de vos rires, de vos voix, s'interrompra, la ligne de ta bouche s'effacera dans mon dernier souffle. Je veux que mon corps soit brûlé et que mes cendres soient dispersées sur ta tombe, sous le grand saule, un jour de pluie, quand la terre et le ciel sont gris.
Je n'espère plus atteindre ces hauts plateaux si élevés que l'on peut y caresser le soleil, ces plateaux arides que les couleurs ont déserté et qui, suspendus entre ciel et terre, offrent aux regards leurs horizons de pierre ; je ne suis pas assez bon marcheur, ou je comprends, enfin que tu m'attends pas sur des sommets. Une petite fille est plus modeste, plus pénétrée des parfums de la terre, de la douceur des feuilles. Je m'engage dans un sous-bois profond comme un tunnel, écho de la grotte que nous avions découverte sous les collines, la pente est douce, mais continue. Je reconnais les feuilles de chêne blanches et rousses, doucement pourrissantes, la terre sombre aux relents d'humus que fouissent les sangliers, j'entends les ponctuations indolentes des branches qui s'égouttent, et je descend, descends encore. Par une ouverture dans la forêt j'aperçois les nuages chargés de pluie, le vol des passereaux par-delà les cimes, les couleurs du crépuscule qui se noient dans la nuit, le parme et le noir qui émergent des brumes tango, le cinabre à la pointe des cèdres et les feuilles de sureau mangées de rouille. Tout est calme comme après l'orage. Je progresse encore, parviens à cette heure touffue de la nuit qui résonne du chant des crapauds, du miaulement lugubre des matous enamourés, ou bruisse du déplacement furtif de ceux qui, déçus pour un soir de l'amour, se coulent vers leur proie. Mais la forêt éteint les sons et les bruits comme elle a éteint les couleurs, le ciel se meurt, et la lumière, et la vie. J'attends le grand éclair dans lequel je te reverrai telle que tu étais ce jour-là, près de notre source secrète, comblée de soleil ; je retrouverai ce que depuis j'ai cherché en vain : tes poignets ronds et tes chevilles griffées, tes épaules constellées, le sourire de tes lèvres, la confiance de ton regard, et je noierai, à mon tour, dans tes yeux gris et verts qui ressemblent à l'étang sous l'ondée, et je me noierai, Lucie, dans tes bras liquides, et je me noierai, mon amour, dans la vase brune de tes cheveux, dans la sueur tiède de ton cou, et la première lueur du matin glissera à la surface de l'eau refermée, et le vent effeuillera les arbres, et la pluie les fera reverdir, et nous serons enfin, ma sœur, oubliés des vivants et des morts.

Extrait d'un roman en cours © Jean-Michel Béquié

médiation

  • table ronde et débat
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique
sur le fil

Attention

Ce site internet n’est aujourd’hui plus actualisé car il fera peau neuve en juin 2017. L’équipe de l’Arald vous proposera bientôt une nouvelle forme de navigation dans le site centrée autour de la médiation, des présentations détaillées des auteurs et de leurs publications, des informations pratiques mais aussi les actualités de la vie littéraire dans la région.

 

Merci de votre patience, et à très […] Lire la suite

Calendrier d'événements

mai 2017
L M M J V S D
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031EC

événements à venir

  • Pas d'événement.