Mélikah Abdelmoumen

Photo de Mélikah  Abdelmoumen
© Mélikah Abdelmoumen/ Eloy Martinez

biographie

Née en 1972 à Chicoutimi, Canada

Vit dans le Rhône

roman, nouvelle

Mélikah Abdelmoumen est née à Chicoutimi, au Québec, en 1972. Elle a grandi à Montréal.

En 1992, elle entreprend des études de lettres - dont une maîtrise sur George Sand et l'autobiographie, et un Ph.D. sur les autofictions de Serge Doubrovsky. Elle enseigne au lycée puis à l'Université de Montréal, travaille comme journaliste pigiste et, grâce à des bourses d'écriture, comme scénariste. Elle fait diverses conférences sur son travail d'écrivain, sur l'autofiction et sur les oeuvres de Serge Doubrovsky, au Québec et en France.

Son premier roman "Chair d'assaut", paraît en 1998 aux éditions Trait d'Union, à Montréal. Depuis, elle a publié plusieurs articles, nouvelles et trois autres romans. "Alia" (éditions du Marchand de feuilles, 2006) a été finaliste aux Prix littéraire des collégiens (équivalent québécois du Goncourt des lycéens).

Elle vit et écrit en France, à Lyon, depuis 2005.

bibliographie

  • Adèle et Lee, éditions Emoticourt, 2013.
  • L'école des lectrices : Doubrovsky et la dialectique de l'écrivain, avec Serge Doubrovsky (personne interviewée), PUL, 2011.
  • Victoria et le vagabond, Marchand de Feuilles (Montréal), 2008.
  • Alia, Marchand de Feuilles (Montréal), 2006.
  • Le Dégoût du bonheur, Point de Fuite (Canada), 2001. Réédition en 2007.
  • Lima Destroy et Robinette Spa : un roman de science-fiction, Point de Fuite (Canada), 2000.
  • Chair d'assaut, Trait d'union (Canada), 1999.

extraits

C’est peu après le début de sa célébrité que Peter Kelman a commencé à avoir des visions étranges - le terme "hallucinations" serait peu approprié, car à aucun moment il n’a cru que ces curieuses images qui venaient s’interposer entre lui et le monde, comme un filtre traître, puissent être vraies.
La première fois il était allé, un soir de pluie à Montréal, après une fête un peu trop arrosée, manger ce remède québécois infaillible pour prévenir les lendemains de veille difficiles : la poutine - il tenterait un jour d’en concocter une pour Victoria, mais ne parviendrait à en créer qu’une adaptation décevante, qu’elle baptiserait tendrement "la tartiflette canadienne".
Il était passé trois heures du matin, mais comme le savent les Montréalais, le Royal Déli, coin Saint-Denis et Mont-Royal, est ouvert toute la nuit. Peter avait marché depuis l’est, une bonne heure, pour prendre l’air, retrouver ses esprits et c’est un peu éméché, mais guère plus, qu’il avait ouvert la porte vitrée du restaurant où d’aucuns jugent que l’on peut déguster la meilleure poutine gratinée en ville. Bien qu’il n’y aille qu’une fois par mois, qu’il ne soit donc pas un "régulier", Peter avait toujours droit à un accueil princier, agrémenté de force taquineries un brin aguicheuses de la part des serveuses, de vieilles routières aux cheveux teints tantôt en rouge, tantôt en rose, tantôt en gris bleuté - ce qui, dans tous les cas, jurait un peu avec l’uniforme marron à motifs orangés imposé aux employées du "Royal" depuis l’été 1962.
Peter avait retiré son imper et, faisant un signe de la main à Mona - une petite cinquantenaire sèche et maigre au sourire crispé derrière lequel se cachait une grande âme -, il s’était rendu compte que, chez les autres clients, les choses ne se passaient pas tout à fait comme à l’accoutumée. […]
Cela s’était aggravé lorsqu’une jeune femme était venue s’asseoir au comptoir. Elle avait commandé une salade de thon et sorti de son sac un roman qu’il connaissait pour l’avoir lu à plusieurs reprises, "Neige noire". Il avait alors fait l’erreur de l’aborder.
- Roman ou film ?
Elle avait levé les yeux vers lui en lui lançant un "hein ?" un peu grognon.
- Le livre que tu es en train de lire, roman déguisé en scénario, ou scénario déguisé en roman, selon toi ?
Il n’avait pas eu le temps de lui en dire davantage, car elle venait de le reconnaître et de se figer sur place, en une étrange attitude. En clair, la fille qui se trouvait là n’était plus une fille : sur son tabouret, un méchant plaisantin avait assis, affublé de la même tenue, de la même coiffure, livre dans sa main figée, cadavérique, un de ces mannequins de plastique dont on se sert dans les vitrines des boutiques.
Peter s’était levé, titubant, et s’était retourné : à la place de chaque client, un autre pantin hideux, dans une variété de poses figées, effrayantes. Un le pointait du doigt en faisant de la bouche muette un grand "Oh !" ; d’autres étaient gelés sur place avec la fourchette collée aux doigts immobiles, le bras arrêté en route vers la bouche, la perruque tombante; d’autres encore se tenaient debout, dans une horrifiante imitation de démarche, une jambe sans articulations dans les airs et l’autre au sol, les bras en équerre dans une parodie de balancement… Peter, captif, à la merci d’une armée de groupies post-humains !
Il avait attrapé son imperméable, s’était précipité hors du Royal Déli et avait couru d’une traite jusque chez lui, terrifié.


Extrait de "Victoria et le Vagabond" @ Éditions du Marchand de Feuilles (Canada), 2008.

médiation

  • lecture
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe
  • conférence

presse

livre & lire

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© Mélikah Abdelmoumen/ Eloy Martinez

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Née en 1972 à Chicoutimi, Canada

Vit dans le Rhône

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Mélikah Abdelmoumen est née à Chicoutimi, au Québec, en 1972. Elle a grandi à Montréal.

En 1992, elle entreprend des études de lettres - dont une maîtrise sur George Sand et l'autobiographie, et un Ph.D. sur les autofictions de Serge Doubrovsky. Elle enseigne au lycée puis à l'Université de Montréal, travaille comme journaliste pigiste et, grâce à des bourses d'écriture, comme scénariste. Elle fait diverses conférences sur son travail d'écrivain, sur l'autofiction et sur les oeuvres de Serge Doubrovsky, au Québec et en France.

Son premier roman "Chair d'assaut", paraît en 1998 aux éditions Trait d'Union, à Montréal. Depuis, elle a publié plusieurs articles, nouvelles et trois autres romans. "Alia" (éditions du Marchand de feuilles, 2006) a été finaliste aux Prix littéraire des collégiens (équivalent québécois du Goncourt des lycéens).

Elle vit et écrit en France, à Lyon, depuis 2005.

bibliographie

  • Adèle et Lee, éditions Emoticourt, 2013.
  • L'école des lectrices : Doubrovsky et la dialectique de l'écrivain, avec Serge Doubrovsky (personne interviewée), PUL, 2011.
  • Victoria et le vagabond, Marchand de Feuilles (Montréal), 2008.
  • Alia, Marchand de Feuilles (Montréal), 2006.
  • Le Dégoût du bonheur, Point de Fuite (Canada), 2001. Réédition en 2007.
  • Lima Destroy et Robinette Spa : un roman de science-fiction, Point de Fuite (Canada), 2000.
  • Chair d'assaut, Trait d'union (Canada), 1999.

extraits

C’est peu après le début de sa célébrité que Peter Kelman a commencé à avoir des visions étranges - le terme "hallucinations" serait peu approprié, car à aucun moment il n’a cru que ces curieuses images qui venaient s’interposer entre lui et le monde, comme un filtre traître, puissent être vraies.
La première fois il était allé, un soir de pluie à Montréal, après une fête un peu trop arrosée, manger ce remède québécois infaillible pour prévenir les lendemains de veille difficiles : la poutine - il tenterait un jour d’en concocter une pour Victoria, mais ne parviendrait à en créer qu’une adaptation décevante, qu’elle baptiserait tendrement "la tartiflette canadienne".
Il était passé trois heures du matin, mais comme le savent les Montréalais, le Royal Déli, coin Saint-Denis et Mont-Royal, est ouvert toute la nuit. Peter avait marché depuis l’est, une bonne heure, pour prendre l’air, retrouver ses esprits et c’est un peu éméché, mais guère plus, qu’il avait ouvert la porte vitrée du restaurant où d’aucuns jugent que l’on peut déguster la meilleure poutine gratinée en ville. Bien qu’il n’y aille qu’une fois par mois, qu’il ne soit donc pas un "régulier", Peter avait toujours droit à un accueil princier, agrémenté de force taquineries un brin aguicheuses de la part des serveuses, de vieilles routières aux cheveux teints tantôt en rouge, tantôt en rose, tantôt en gris bleuté - ce qui, dans tous les cas, jurait un peu avec l’uniforme marron à motifs orangés imposé aux employées du "Royal" depuis l’été 1962.
Peter avait retiré son imper et, faisant un signe de la main à Mona - une petite cinquantenaire sèche et maigre au sourire crispé derrière lequel se cachait une grande âme -, il s’était rendu compte que, chez les autres clients, les choses ne se passaient pas tout à fait comme à l’accoutumée. […]
Cela s’était aggravé lorsqu’une jeune femme était venue s’asseoir au comptoir. Elle avait commandé une salade de thon et sorti de son sac un roman qu’il connaissait pour l’avoir lu à plusieurs reprises, "Neige noire". Il avait alors fait l’erreur de l’aborder.
- Roman ou film ?
Elle avait levé les yeux vers lui en lui lançant un "hein ?" un peu grognon.
- Le livre que tu es en train de lire, roman déguisé en scénario, ou scénario déguisé en roman, selon toi ?
Il n’avait pas eu le temps de lui en dire davantage, car elle venait de le reconnaître et de se figer sur place, en une étrange attitude. En clair, la fille qui se trouvait là n’était plus une fille : sur son tabouret, un méchant plaisantin avait assis, affublé de la même tenue, de la même coiffure, livre dans sa main figée, cadavérique, un de ces mannequins de plastique dont on se sert dans les vitrines des boutiques.
Peter s’était levé, titubant, et s’était retourné : à la place de chaque client, un autre pantin hideux, dans une variété de poses figées, effrayantes. Un le pointait du doigt en faisant de la bouche muette un grand "Oh !" ; d’autres étaient gelés sur place avec la fourchette collée aux doigts immobiles, le bras arrêté en route vers la bouche, la perruque tombante; d’autres encore se tenaient debout, dans une horrifiante imitation de démarche, une jambe sans articulations dans les airs et l’autre au sol, les bras en équerre dans une parodie de balancement… Peter, captif, à la merci d’une armée de groupies post-humains !
Il avait attrapé son imperméable, s’était précipité hors du Royal Déli et avait couru d’une traite jusque chez lui, terrifié.


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