Nathalie Ours

Photo de Nathalie  Ours
© Nathalie Ours

biographie

Née en 1956 à Paris

Vit dans la Drôme

site personnel : http://www.nathalie-ours.net

roman

Autodidacte.

Métiers éclectiques.

Deux enfants. Un compagnon libraire.

À 40 ans, quitte Paris pour la Provence.

A toujours dit qu'elle écrirait "un jour".

L'été 2000, écrit un premier roman en 3 semaines.

Puis trois autres dans les douze mois qui suivent.

Trois de ces quatre manuscrits retiendront dans l'année les faveurs de comités de lecture (romans parus en 2002 et 2003). Le quatrième est publié l'année suivante. Nathalie Ours ne s'est plus arrêtée d'écrire. Ses thèmes de prédilection sont le désir et la mort. L'enfance, également ("TOC",et "Il était une faux", roman jeunesse présenté au concours du ministère de l'Éducation).

Certains sujets peuvent paraître "scandaleux" ou provocateurs. L'érotisme, la déviance ne sont jamais loin. Parallèlement, Nathalie Ours poursuit une recherche formelle, tentant de lier la limpidité de la narration à une écriture qui tend à l'épure, voire à l'abstraction. N.O.

bibliographie

  • TOC, Joëlle Losfeld, 2006.
  • Haute Saison, quinzaine uniquement, Le Serpent à plumes, 2005.
  • Divines Grenades, La Musardine, 2004.
  • Spirales de femme, Éditions du Rocher, 2003.
  • La Ceinture, La Musardine, 2003. Réédition en 2007.
  • Pot-pourri, Éditions Blanche, 2002. Réédition aux éditions La Musardine, Lettres amoureuses, en 2004.

extraits

J'en profite pour faire avancer "Palmipèdes". À onze heures trente-cinq le technicien arrive. Il a des yeux bleus et blancs de porcelaine, hypnotiques comme un puits à l'envers qui plongerait dans le ciel. À chaque fois que je les croise j'ai l'impression d'être aspirée. Son corps est sec, nerveux, brisé par la maturité, debout toujours ! Toute une vie est là ! Je la sens frémir quand il pose sa trousse à outils. "Ils ne sont que des hommes", a si justement dit Simenon. La compassion m'étreint. J'admire les muscles et les tendons. Il plonge sous mon bureau tandis que je sauvegarde mon fichier.
- Vous avez des pieds admirables, me lance-t-il d'en bas.
Je les sors de mes mules en cygne pour qu'il les voie mieux. Sa main remonte sur ma chaussette. Le tourne-visse glisse sur les dalles en terre cuite. L'instant est torride. J'oscille sur mon siège ergonomique. Il me lèche le mollet. Je demande :
- Vous pourrez réparer ?
- Sans problème, répond-il. Des cas comme le vôtre, j'en vois des dizaines. Si vous saviez… Il y en a qui morflent à chaque orage. Ah, il y aurait à dire sur la technicité Numeris !
- Moi, c'est la première fois.
- Hé bien on peut dire que vous avez de la chance !
Je gémis. Qu'il est bon, le contact du tissu épais de la combinaison France Telecom !
- C'est un problème de terre. Je change le boîtier mais ça risque de recommencer. Il faudrait faire venir un électricien.
- J'en connais un, réussissé-je à prononcer au bord de la pâmoison.
Ses mains sont maintenant sous mon kilt en tartan MacMillan, cadeau d'un lord que j'ai perdu de vue. De temps en temps il retire la droite pour s'occuper de la réparation. Je soupire à fendre l'âme. Je suis sur des charbons ardents. Soumise à une délictueuse torture. Je pense à Pauline Réage. À Françoise Rey. À Esparbec ! Quand, mais quand, va-t-il atteindre ma culotte en pilou ?
Il finalise le résultat en me suçant les orteils alternativement avec le pianotage de son appareil de test. "Allô, programme-moi le 01.12" dit-il à son interlocuteur. Aussi bien, c'est peut-être une interlocutrice. Une vague de luxure à spectre large m'emporte. Catherine Millet passe comme un ange. Fi de la restriction des sexes ! Fi du couple petit-bourgeois ! Jouissons sans entrave ! Croisons les chairs ! Homme ou femme, quelle importance ? Invitons quiconque au festin nu ! La sonnerie de mon téléphone retentit dans la maison. C'est le clairon de l'allégresse ! Il faut aussi essayer ma liaison Internet, rétorqué-je. Dans des gestes hagards, nous parvenons au lit. Il se met nu comme un ver. Moi aussi. Il a une énorme médaille "Peace and Love" autour du cou. Le froid nous mord, mais nous ne nous en soucions guère !
- J'ai jusqu'à quatorze heures, m'entretient-il, c'est ma pause de midi.
Une telle tendresse me survolte ! Je m'enfouis sous la couette, il me rejoint. Dans le feu de l'action j'abandonne mes dernières pudeurs. Sa façon de me plaquer l'oreiller sur la tête me déchaîne. Je crie Vive l'orage, vivent les télécoms, vive la France, vive la vie ! Je mange des plumes. Je perds quelque peu l'esprit. Étouffés, me parviennent des propos aussi désordonnés : "Antéchrist", "pour qui sonne le glas ?", et peut-être, "moules à gaufres". Il est vrai que le matelas est tellurique. Nous luttons dans des orgasmes débridés. Je reprends mon souffle quand je crois friser le néant. À un moment la pensée de Raoul Synergie me traverse telle un renard surpris sur un chemin creux. Farouche dans sa spiritualité suprême ! Une ligne d'horizon vers laquelle ma main se tend ! Je ferme les yeux encore plus fort. Corps, sens, essence, quintessence… Tout se confond. Tous les visages ont le même visage, face d'astre, face d'infini. Je ne fais plus qu'un avec l'univers ! L'espace, le temps n'existent plus ! Le cosmos m'engloutit ! C'est une fusion tantrique !
- Petite salope, commente mon partenaire.
Ses yeux céruléens saillent comme des boutons de porte. La sueur a mouillé les draps. Dans un élan de communion je me blottis contre son flanc. Il se lève.
- Le soleil poursuit sa course, m'informe-t-il poétiquement. Où sont les toilettes ?
- La porte au bout du couloir, à droite.
Je remets mes chaussettes. Il revient. Il récupère son caleçon à feuilles de lierre et toutes ses affaires qui jonchent pêle-mêle la moquette.
- Qui c'est la malade dans la pièce du fond ? Je me suis trompé de porte.
Je réponds que ce n'est pas une malade, mais un clone.


Extrait de "La Vie", trilogie, 2004 © Nathalie Ours

médiation

  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique

presse

livre & lire

  • Toc, juin 2006, n°215.

Nathalie Ours

Photo de Nathalie  Ours
© Nathalie Ours

biographie

Née en 1956 à Paris

Vit dans la Drôme

site personnel : http://www.nathalie-ours.net

roman

Autodidacte.

Métiers éclectiques.

Deux enfants. Un compagnon libraire.

À 40 ans, quitte Paris pour la Provence.

A toujours dit qu'elle écrirait "un jour".

L'été 2000, écrit un premier roman en 3 semaines.

Puis trois autres dans les douze mois qui suivent.

Trois de ces quatre manuscrits retiendront dans l'année les faveurs de comités de lecture (romans parus en 2002 et 2003). Le quatrième est publié l'année suivante. Nathalie Ours ne s'est plus arrêtée d'écrire. Ses thèmes de prédilection sont le désir et la mort. L'enfance, également ("TOC",et "Il était une faux", roman jeunesse présenté au concours du ministère de l'Éducation).

Certains sujets peuvent paraître "scandaleux" ou provocateurs. L'érotisme, la déviance ne sont jamais loin. Parallèlement, Nathalie Ours poursuit une recherche formelle, tentant de lier la limpidité de la narration à une écriture qui tend à l'épure, voire à l'abstraction. N.O.

bibliographie

  • TOC, Joëlle Losfeld, 2006.
  • Haute Saison, quinzaine uniquement, Le Serpent à plumes, 2005.
  • Divines Grenades, La Musardine, 2004.
  • Spirales de femme, Éditions du Rocher, 2003.
  • La Ceinture, La Musardine, 2003. Réédition en 2007.
  • Pot-pourri, Éditions Blanche, 2002. Réédition aux éditions La Musardine, Lettres amoureuses, en 2004.

extraits

J'en profite pour faire avancer "Palmipèdes". À onze heures trente-cinq le technicien arrive. Il a des yeux bleus et blancs de porcelaine, hypnotiques comme un puits à l'envers qui plongerait dans le ciel. À chaque fois que je les croise j'ai l'impression d'être aspirée. Son corps est sec, nerveux, brisé par la maturité, debout toujours ! Toute une vie est là ! Je la sens frémir quand il pose sa trousse à outils. "Ils ne sont que des hommes", a si justement dit Simenon. La compassion m'étreint. J'admire les muscles et les tendons. Il plonge sous mon bureau tandis que je sauvegarde mon fichier.
- Vous avez des pieds admirables, me lance-t-il d'en bas.
Je les sors de mes mules en cygne pour qu'il les voie mieux. Sa main remonte sur ma chaussette. Le tourne-visse glisse sur les dalles en terre cuite. L'instant est torride. J'oscille sur mon siège ergonomique. Il me lèche le mollet. Je demande :
- Vous pourrez réparer ?
- Sans problème, répond-il. Des cas comme le vôtre, j'en vois des dizaines. Si vous saviez… Il y en a qui morflent à chaque orage. Ah, il y aurait à dire sur la technicité Numeris !
- Moi, c'est la première fois.
- Hé bien on peut dire que vous avez de la chance !
Je gémis. Qu'il est bon, le contact du tissu épais de la combinaison France Telecom !
- C'est un problème de terre. Je change le boîtier mais ça risque de recommencer. Il faudrait faire venir un électricien.
- J'en connais un, réussissé-je à prononcer au bord de la pâmoison.
Ses mains sont maintenant sous mon kilt en tartan MacMillan, cadeau d'un lord que j'ai perdu de vue. De temps en temps il retire la droite pour s'occuper de la réparation. Je soupire à fendre l'âme. Je suis sur des charbons ardents. Soumise à une délictueuse torture. Je pense à Pauline Réage. À Françoise Rey. À Esparbec ! Quand, mais quand, va-t-il atteindre ma culotte en pilou ?
Il finalise le résultat en me suçant les orteils alternativement avec le pianotage de son appareil de test. "Allô, programme-moi le 01.12" dit-il à son interlocuteur. Aussi bien, c'est peut-être une interlocutrice. Une vague de luxure à spectre large m'emporte. Catherine Millet passe comme un ange. Fi de la restriction des sexes ! Fi du couple petit-bourgeois ! Jouissons sans entrave ! Croisons les chairs ! Homme ou femme, quelle importance ? Invitons quiconque au festin nu ! La sonnerie de mon téléphone retentit dans la maison. C'est le clairon de l'allégresse ! Il faut aussi essayer ma liaison Internet, rétorqué-je. Dans des gestes hagards, nous parvenons au lit. Il se met nu comme un ver. Moi aussi. Il a une énorme médaille "Peace and Love" autour du cou. Le froid nous mord, mais nous ne nous en soucions guère !
- J'ai jusqu'à quatorze heures, m'entretient-il, c'est ma pause de midi.
Une telle tendresse me survolte ! Je m'enfouis sous la couette, il me rejoint. Dans le feu de l'action j'abandonne mes dernières pudeurs. Sa façon de me plaquer l'oreiller sur la tête me déchaîne. Je crie Vive l'orage, vivent les télécoms, vive la France, vive la vie ! Je mange des plumes. Je perds quelque peu l'esprit. Étouffés, me parviennent des propos aussi désordonnés : "Antéchrist", "pour qui sonne le glas ?", et peut-être, "moules à gaufres". Il est vrai que le matelas est tellurique. Nous luttons dans des orgasmes débridés. Je reprends mon souffle quand je crois friser le néant. À un moment la pensée de Raoul Synergie me traverse telle un renard surpris sur un chemin creux. Farouche dans sa spiritualité suprême ! Une ligne d'horizon vers laquelle ma main se tend ! Je ferme les yeux encore plus fort. Corps, sens, essence, quintessence… Tout se confond. Tous les visages ont le même visage, face d'astre, face d'infini. Je ne fais plus qu'un avec l'univers ! L'espace, le temps n'existent plus ! Le cosmos m'engloutit ! C'est une fusion tantrique !
- Petite salope, commente mon partenaire.
Ses yeux céruléens saillent comme des boutons de porte. La sueur a mouillé les draps. Dans un élan de communion je me blottis contre son flanc. Il se lève.
- Le soleil poursuit sa course, m'informe-t-il poétiquement. Où sont les toilettes ?
- La porte au bout du couloir, à droite.
Je remets mes chaussettes. Il revient. Il récupère son caleçon à feuilles de lierre et toutes ses affaires qui jonchent pêle-mêle la moquette.
- Qui c'est la malade dans la pièce du fond ? Je me suis trompé de porte.
Je réponds que ce n'est pas une malade, mais un clone.


Extrait de "La Vie", trilogie, 2004 © Nathalie Ours

médiation

  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe
  • suivi de projet pédagogique

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  • Toc, juin 2006, n°215.
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