Olivier Saison

Photo de Olivier  Saison
© Olivier Saison

biographie

Né en 1972 à Calais, Pas-de-Calais

Vit dans le Rhône

roman

Un jeune philosophe fougueux et particulièrement récent prétend que le monde n’existe pas. Il doit avoir raison car, vingt ans auparavant, Knut, Reyner, Lux et Ewyt n’existaient pas ; à présent vivants, ils ne font toujours pas partie du monde. Du moins du monde compris comme sphère de connaissances communes. Knut, Reyner, Lux et Ewyt, ainsi que d’autres personnages (Barbara, Bud, Flip ou même Chest Zynorsky, l’héroïne peu farouche du « Nudisme au Texas ») sont des hors-monde : les connaître ne vous apprendra rien, ne vous apportera pas la sérénité (pour cela, faites-vous masser les pieds avait lancé un personnage de Woody Allen) ni ne vous révélera le rapport secret, ultra-confidentiel (en fait classé Confidentiel Défense niveau Diamant) qu’entretiennent le peuple des hommes et le peuple des femmes. Accessoirement avec leur enfance. Les vraies créatures de fiction détestent faire illusion. Ils ne professent rien, n’édictent pas. Mauvais mimes, ils ne savent pas copier et font de piètres reflets. Au mieux, ils vous branchent avec le reste du cosmos, via une connexion à faible débit.

Au pire, ils permettent à certaines personnes existantes de se reconnaître, d’éprouver ce qu’ils auraient pu ressentir s’ils avaient été quelqu’un d’autre, de très différent, voire de pas du tout existant, ailleurs, voire nulle-part. De voyager au Bénin en tricycle militaire, ou de faire du camping à poil sur l’étoile d’Aldébaran s’ils avaient été non pas maître nageurs, menuisiers, courtiers ou femmes politiques, mais gardiens de musée passionnés de philatélie. Ou malfrats atteints d’épilepsie. Ou golden retriever pour aveugles.

D’où viennent Knut, Reyner, Lux et Ewyt ? Flip ou Chest Zynorsky ? D’une lointaine galaxie ? C’est tout l’inverse ; ils viennent de l’intérieur, du plus profond, du grand Nous, de l’informulé. Ils n’existent pas dans le monde, dans cette microsphère de connus dont nous aimons nous encercler, cette éternelle sauterie à laquelle tout le monde est convié, mais dans une autre sphère, à la fois plus vaste et plus primitive, et non couverte par Mediapart, celle de l’in-connu. Voire, c’est encore pire, de l’in-connaissable, où siègent déjà depuis plusieurs siècles les holdings plus célèbres de l’humour noir, de l’étrange et des coïncidences. Sincèrement, c’est scandaleux, en ce début de XXIe siècle, de voir qu’autant de choses n’existent pas.

Et qu’on ne pourra jamais les inventer.

O.S. né le 23.05.1972 dans le 62, actuellement dans le 07

bibliographie

  • Sade à Acapulco, éditions Cambourakis, 2015.
  • Une étude très sérieuse, Le Serpent à plumes, 2002.
  • Rapport sexuel, Le Serpent à plumes, 2002.
  • Le Néon, Grasset/Les Inrockuptibles, 1999.
  • La Résolution de Reyner, Le Serpent à plumes, 1999.
  • Lux, Le Serpent à plumes, 1997.
  • La Créature, Le Serpent à plumes, 1997.
  • Knut, Le Serpent à plumes, 1997. Cambourakis, 2014.
  • Présents et autres orifices, Le Serpent à plumes, 1996.

extraits

- Où vous êtes-vous procuré ce café ?
- Il est bon, non ? Ne faites pas cette tête-là ! On dirait Uter ! Pour vous dire la vérité, c'est Élisabeth qui m'en rapportait. C'est autorisé, au hameau. Tout y est tellement plus permissif. Parfois, je regrette de ne pas l'avoir rejointe là-bas… Mais mon passé est ici ; j'aurais trop peur qu'il me poignarde dans le dos si je l'abandonne. Et puis, j'adore Mauwee ! Ses églises, ses cinémas, ses baisodromes, ses Sex-Stores, ses usines ! Vous savez quelles sont les deux autres industries qui marchent, à Mauwee ?
Knut haussa les épaules.
- Le synthétique et la sidérurgie. Il faut beaucoup de tissus pour confectionner les costumes et les rideaux de cinéma, et beaucoup de fonte, d'acier, pour les maquettes, les caméras… et les décors, sans parler des câbles et des cerveaux-moteurs nécessaires aux effets spéciaux... Bref, pour tout sauf pour les ceintures de chasteté. Une fille sur deux est actrice professionnelle, ici… La politique cinématographique de Mauwee est la suivante : "plus les décors sont vrais, plus ils font vrai". Je n'invente pas ; c'est même marqué sur le petit dépliant que je vous avais donné tout à l'heure avant de prendre mon bain. Si bien que, si nous allions en ville aujourd'hui, ou demain, vous verriez qu'il n'est plus possible de distinguer dans les rues quel bâtiment est vrai et lequel ne l'est pas. La vérité, c'est qu'ils sont tous faux, tous vrais. Le cinéma, c'est Mauwee, et vice-versa. Le maire précédent, disparu lors d'un tournage il y a déjà cinquante-trois ans et six mois de cela, avait eu l'idée d'une chose merveilleuse : toutes les baraques que ses studios construiraient seraient bâties en dur, pour, une fois le tournage achevé, servir d'habitats aux acteurs, réalisateurs, scénaristes, techniciens et autres qui affluaient du monde entier pour venir travailler dans ses films. C'est ainsi que bars, restaurants, usines et épiceries naquirent. C'est ainsi que naquirent des foyers, des familles… Malheureusement, certains studios tournaient également une pléiade de films nettement moins cinématographiques. Et voilà qu'en vinrent à pulluler Sex-Stores, bordels et Love-Motels… Mais avouez que dans l'ensemble, ce fut un projet fantastique !
- Mais où ils vivaient les gens du premier film ?
- Pensez à l'œuf et à la poule, Knut !
- Dans un cinéma...
- Hé oui. Au cinéma… Dans le cinéma qu'on avait construit pour les besoins d'un film sur le cinéma. Et, d'après vous, c'était quoi le nom du film ?
- "Mauwee".
- Bien sûr. Et maintenant Mauwee compte plusieurs millions d'habitants car rien n'a moins de fin qu'un rêve. Vous ne finissez pas votre café ?

Extrait de "Knut" © Le Serpent à plumes, 1997


__________


Laissons-là les symboles et imaginons que la terre est une étendue d'eau - un étang - et qu'à chaque nénuphar vient correspondre un prénom, une image plus ou moins nette. Il suffit de prendre le temps d'attendre et de capter les choses des alentours, et une jolie grenouille ou un immonde crapaud viendra qui fera vibrer la plante et danser l'étang. Imaginons alors cette surface, quelques vibrations plus tard, envahie de nénuphars d'une sensibilité telle que tout les rappelle : nommons ces sillons de l'onde gerçures, pattes d'oies, crevasses ou rides ; nommons cette eau "vieillesse", visage noyé sous d'autres reflets qui, désormais, lui seront étrangers, anonymes. Qu'importe, après tout : que ce soit le désert ou l'aurore, le souvenir expire et le symbole est mort.
Tout élément aquatique est condamné à la noyade.

Extrait de "Knut", © Le Serpent à plumes, 1997


__________


En accélérant, il ne put retenir un sanglot ; il se dit qu'il ne serait pas trop mauvais, en clown triste.
Faire rire en pleurant… le plus dur, selon lui : convertir le pathétique en maquillage, faire en sorte que chaque petite larme durcisse et devienne un léger trait de crayon. Mais quelle récompense ! Qui n'a jamais rêvé d'imperméabilité ? Qui ici n'a jamais un soir rêvé de s'éveiller désert ? Le sable ne se plaint pas, il se plaît à voler là où il veut. L'eau, elle, ne peut s'empêcher de couler, de s'épancher ; c'est plus fort qu'elle. Cela vient peut-être de ce que l'eau est un miroir.

Extrait de "Knut" © Le Serpent à plumes, 1997

médiation

  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture

Olivier Saison

Photo de Olivier  Saison
© Olivier Saison

biographie

Né en 1972 à Calais, Pas-de-Calais

Vit dans le Rhône

roman

Un jeune philosophe fougueux et particulièrement récent prétend que le monde n’existe pas. Il doit avoir raison car, vingt ans auparavant, Knut, Reyner, Lux et Ewyt n’existaient pas ; à présent vivants, ils ne font toujours pas partie du monde. Du moins du monde compris comme sphère de connaissances communes. Knut, Reyner, Lux et Ewyt, ainsi que d’autres personnages (Barbara, Bud, Flip ou même Chest Zynorsky, l’héroïne peu farouche du « Nudisme au Texas ») sont des hors-monde : les connaître ne vous apprendra rien, ne vous apportera pas la sérénité (pour cela, faites-vous masser les pieds avait lancé un personnage de Woody Allen) ni ne vous révélera le rapport secret, ultra-confidentiel (en fait classé Confidentiel Défense niveau Diamant) qu’entretiennent le peuple des hommes et le peuple des femmes. Accessoirement avec leur enfance. Les vraies créatures de fiction détestent faire illusion. Ils ne professent rien, n’édictent pas. Mauvais mimes, ils ne savent pas copier et font de piètres reflets. Au mieux, ils vous branchent avec le reste du cosmos, via une connexion à faible débit.

Au pire, ils permettent à certaines personnes existantes de se reconnaître, d’éprouver ce qu’ils auraient pu ressentir s’ils avaient été quelqu’un d’autre, de très différent, voire de pas du tout existant, ailleurs, voire nulle-part. De voyager au Bénin en tricycle militaire, ou de faire du camping à poil sur l’étoile d’Aldébaran s’ils avaient été non pas maître nageurs, menuisiers, courtiers ou femmes politiques, mais gardiens de musée passionnés de philatélie. Ou malfrats atteints d’épilepsie. Ou golden retriever pour aveugles.

D’où viennent Knut, Reyner, Lux et Ewyt ? Flip ou Chest Zynorsky ? D’une lointaine galaxie ? C’est tout l’inverse ; ils viennent de l’intérieur, du plus profond, du grand Nous, de l’informulé. Ils n’existent pas dans le monde, dans cette microsphère de connus dont nous aimons nous encercler, cette éternelle sauterie à laquelle tout le monde est convié, mais dans une autre sphère, à la fois plus vaste et plus primitive, et non couverte par Mediapart, celle de l’in-connu. Voire, c’est encore pire, de l’in-connaissable, où siègent déjà depuis plusieurs siècles les holdings plus célèbres de l’humour noir, de l’étrange et des coïncidences. Sincèrement, c’est scandaleux, en ce début de XXIe siècle, de voir qu’autant de choses n’existent pas.

Et qu’on ne pourra jamais les inventer.

O.S. né le 23.05.1972 dans le 62, actuellement dans le 07

bibliographie

  • Sade à Acapulco, éditions Cambourakis, 2015.
  • Une étude très sérieuse, Le Serpent à plumes, 2002.
  • Rapport sexuel, Le Serpent à plumes, 2002.
  • Le Néon, Grasset/Les Inrockuptibles, 1999.
  • La Résolution de Reyner, Le Serpent à plumes, 1999.
  • Lux, Le Serpent à plumes, 1997.
  • La Créature, Le Serpent à plumes, 1997.
  • Knut, Le Serpent à plumes, 1997. Cambourakis, 2014.
  • Présents et autres orifices, Le Serpent à plumes, 1996.

extraits

- Où vous êtes-vous procuré ce café ?
- Il est bon, non ? Ne faites pas cette tête-là ! On dirait Uter ! Pour vous dire la vérité, c'est Élisabeth qui m'en rapportait. C'est autorisé, au hameau. Tout y est tellement plus permissif. Parfois, je regrette de ne pas l'avoir rejointe là-bas… Mais mon passé est ici ; j'aurais trop peur qu'il me poignarde dans le dos si je l'abandonne. Et puis, j'adore Mauwee ! Ses églises, ses cinémas, ses baisodromes, ses Sex-Stores, ses usines ! Vous savez quelles sont les deux autres industries qui marchent, à Mauwee ?
Knut haussa les épaules.
- Le synthétique et la sidérurgie. Il faut beaucoup de tissus pour confectionner les costumes et les rideaux de cinéma, et beaucoup de fonte, d'acier, pour les maquettes, les caméras… et les décors, sans parler des câbles et des cerveaux-moteurs nécessaires aux effets spéciaux... Bref, pour tout sauf pour les ceintures de chasteté. Une fille sur deux est actrice professionnelle, ici… La politique cinématographique de Mauwee est la suivante : "plus les décors sont vrais, plus ils font vrai". Je n'invente pas ; c'est même marqué sur le petit dépliant que je vous avais donné tout à l'heure avant de prendre mon bain. Si bien que, si nous allions en ville aujourd'hui, ou demain, vous verriez qu'il n'est plus possible de distinguer dans les rues quel bâtiment est vrai et lequel ne l'est pas. La vérité, c'est qu'ils sont tous faux, tous vrais. Le cinéma, c'est Mauwee, et vice-versa. Le maire précédent, disparu lors d'un tournage il y a déjà cinquante-trois ans et six mois de cela, avait eu l'idée d'une chose merveilleuse : toutes les baraques que ses studios construiraient seraient bâties en dur, pour, une fois le tournage achevé, servir d'habitats aux acteurs, réalisateurs, scénaristes, techniciens et autres qui affluaient du monde entier pour venir travailler dans ses films. C'est ainsi que bars, restaurants, usines et épiceries naquirent. C'est ainsi que naquirent des foyers, des familles… Malheureusement, certains studios tournaient également une pléiade de films nettement moins cinématographiques. Et voilà qu'en vinrent à pulluler Sex-Stores, bordels et Love-Motels… Mais avouez que dans l'ensemble, ce fut un projet fantastique !
- Mais où ils vivaient les gens du premier film ?
- Pensez à l'œuf et à la poule, Knut !
- Dans un cinéma...
- Hé oui. Au cinéma… Dans le cinéma qu'on avait construit pour les besoins d'un film sur le cinéma. Et, d'après vous, c'était quoi le nom du film ?
- "Mauwee".
- Bien sûr. Et maintenant Mauwee compte plusieurs millions d'habitants car rien n'a moins de fin qu'un rêve. Vous ne finissez pas votre café ?

Extrait de "Knut" © Le Serpent à plumes, 1997


__________


Laissons-là les symboles et imaginons que la terre est une étendue d'eau - un étang - et qu'à chaque nénuphar vient correspondre un prénom, une image plus ou moins nette. Il suffit de prendre le temps d'attendre et de capter les choses des alentours, et une jolie grenouille ou un immonde crapaud viendra qui fera vibrer la plante et danser l'étang. Imaginons alors cette surface, quelques vibrations plus tard, envahie de nénuphars d'une sensibilité telle que tout les rappelle : nommons ces sillons de l'onde gerçures, pattes d'oies, crevasses ou rides ; nommons cette eau "vieillesse", visage noyé sous d'autres reflets qui, désormais, lui seront étrangers, anonymes. Qu'importe, après tout : que ce soit le désert ou l'aurore, le souvenir expire et le symbole est mort.
Tout élément aquatique est condamné à la noyade.

Extrait de "Knut", © Le Serpent à plumes, 1997


__________


En accélérant, il ne put retenir un sanglot ; il se dit qu'il ne serait pas trop mauvais, en clown triste.
Faire rire en pleurant… le plus dur, selon lui : convertir le pathétique en maquillage, faire en sorte que chaque petite larme durcisse et devienne un léger trait de crayon. Mais quelle récompense ! Qui n'a jamais rêvé d'imperméabilité ? Qui ici n'a jamais un soir rêvé de s'éveiller désert ? Le sable ne se plaint pas, il se plaît à voler là où il veut. L'eau, elle, ne peut s'empêcher de couler, de s'épancher ; c'est plus fort qu'elle. Cela vient peut-être de ce que l'eau est un miroir.

Extrait de "Knut" © Le Serpent à plumes, 1997

médiation

  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
sur le fil

a reçu le prix Trop Virilo qui récompense « la plus vivace poussée de testostérone littéraire de l’année« , pour Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur Blanc), ex aequo avec Jean Teulé.

Jacques A. Bertrand reçoit le prix Alexandre-Vialatte 2015 pour son essai Brèves histoires des choses (Julliard) et pour l’ensemble de son oeuvre chez Julliard.

vient de recevoir le Prix Cazes Brasserie Lipp 2016 pour son roman Giratoire paru en janvier chez Serge Safran Editeur.

a été couronné par le prix Lettres frontière 2015 pour son roman paru en 2014 L’Affaire des vivants (éditions Phébus)

fait partie des 7 lauréats du 10e prix Handi-Livres pour son roman L’École du tonnerre (Rue du Monde).

Michel Thion a reçu le prix « Révélation de poésie 2015 » de la Société des Gens de Lettre. (SGDL), pour son recueil L’Enneigement, paru aux éditions La Rumeur Libre.

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