Patrick Froehlich

Photo de Patrick  Froehlich
© V. Ménard / Opale

biographie

Né en 1961 à Dijon, Côte d'Or

Vit dans l'Ain

roman

bibliographie

  • L'enfant secoué, Publie Papier, 2012.
  • Le Toison, Le Seuil, 2006.

extraits

Encore, encore lui ?, ce qu’il m’avait énervé, il ne va pas recommencer, il avait déjà appelé le week-end dernier et celui d’avant, je lui ai dit qu’on ne pouvait pas et c’est vrai qu’on n’est pas libres tu es d’accord, je ne réponds plus au téléphone, je ne suis pas bon pour les excuses, je manque d’à propos ou de force de conviction avec mes réponses molles comme « ce n’est pas la peine », la persuasion n’a jamais été mon fort, il transforme mon « économise ton temps » qui est un message clair je croyais par « donc je viens quand ? », ce n’est pas du jour au lendemain que je deviendrai persuasif, éloquent et là, rien à faire alors qu’on n’est pas venus ici pour que... ce sera mieux que tu, sûrement, - je bafouille lamentablement et je m’enlise dans du peu plausible -, j’insiste pourtant, oui, ce sera mieux pour tout le monde, ne viens pas maintenant, j’en oublie de lui demander comment il va, mea culpa, il y a si longtemps, je suis en dessous de tout, qu’est-ce que tu dis ?, je manque aux règles les plus élémentaires, on a perdu tout savoir vivre ici, tes photos donc, raconte, je me force surtout que je n’ai plus rien à voir avec ce Vincent qui recommence, c’était prévisible, j’essaie de faire diversion plutôt qu’il me redemande Qu’est-ce que tu es allé te perdre là-bas, tu as de ces idées non mais des fois, Lorette ça s’appelle ?, comment on y va chez toi ?, un ermite, tu es devenu un ermite, Pierrot, sûrement, je suis sûrement au minimum un grand solitaire qui n’est pas avenant… je prends sur moi... et toi, Vincent qui fais toujours tout mieux que tout le monde, tu en es où quoique je me fiche de sa réponse et en moi-même j’y allais fort, il ne s’est pas regardé, il ne s’est pas vu (il n’a pas vu sa sale tête, sa gueule, mais je n’emploie jamais avec Elsa ces mots que je me réserve et j’en ai en réserve dans ma tête), guère plus avenant et sûrement moins que plus, à faire peur (sa gueule), qu’est-ce qui lui prend, toujours à fanfaronner avec ses photos, sorti tout droit de la cuisse de Jupiter, il n’a pas changé, ne viens pas on n’a pas envie, il comprend donc quels mots, à se demander et si je lui dis un peu histoire d’abonder dans son sens comme on s’est enterrés chez des demeurés qui lavent leur bagnole le samedi, la bichonnent à la peau de chamois, offrent le programme avec cire chaude à leur bagnole à crédit, qui vont à l’hyper exprès, une expédition en famille, ce que tu te demandes sûrement du fond de ton (indescriptible) logement (toujours aussi insalubre ?), il comprendra alors, ce Vincent qui ressurgit des profondeurs, quelle mouche l’a piqué, il veut faire un reportage sur la “Vie et mœurs des gens de Lorette” ou quoi, ce n’est pas à l’hyper qu’on l’achètera, ton reportage si c’est ta motivation, que tu feras du fric, je serais étonné, il a quoi en tête pour insister aussi pesamment, il faut qu’il vienne, j’ai compris, là maintenant tout de suite comme une envie pressante et là-dessus je serais spontanément naturellement sympathique avec lui qui veut s’immiscer dans ma vie un peu beaucoup.

Extrait de "Le Temps d’un silence" © Éditions du Seuil, 2005.

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • conférence

presse

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  • Le Toison, Le Seuil, 2006.

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Encore, encore lui ?, ce qu’il m’avait énervé, il ne va pas recommencer, il avait déjà appelé le week-end dernier et celui d’avant, je lui ai dit qu’on ne pouvait pas et c’est vrai qu’on n’est pas libres tu es d’accord, je ne réponds plus au téléphone, je ne suis pas bon pour les excuses, je manque d’à propos ou de force de conviction avec mes réponses molles comme « ce n’est pas la peine », la persuasion n’a jamais été mon fort, il transforme mon « économise ton temps » qui est un message clair je croyais par « donc je viens quand ? », ce n’est pas du jour au lendemain que je deviendrai persuasif, éloquent et là, rien à faire alors qu’on n’est pas venus ici pour que... ce sera mieux que tu, sûrement, - je bafouille lamentablement et je m’enlise dans du peu plausible -, j’insiste pourtant, oui, ce sera mieux pour tout le monde, ne viens pas maintenant, j’en oublie de lui demander comment il va, mea culpa, il y a si longtemps, je suis en dessous de tout, qu’est-ce que tu dis ?, je manque aux règles les plus élémentaires, on a perdu tout savoir vivre ici, tes photos donc, raconte, je me force surtout que je n’ai plus rien à voir avec ce Vincent qui recommence, c’était prévisible, j’essaie de faire diversion plutôt qu’il me redemande Qu’est-ce que tu es allé te perdre là-bas, tu as de ces idées non mais des fois, Lorette ça s’appelle ?, comment on y va chez toi ?, un ermite, tu es devenu un ermite, Pierrot, sûrement, je suis sûrement au minimum un grand solitaire qui n’est pas avenant… je prends sur moi... et toi, Vincent qui fais toujours tout mieux que tout le monde, tu en es où quoique je me fiche de sa réponse et en moi-même j’y allais fort, il ne s’est pas regardé, il ne s’est pas vu (il n’a pas vu sa sale tête, sa gueule, mais je n’emploie jamais avec Elsa ces mots que je me réserve et j’en ai en réserve dans ma tête), guère plus avenant et sûrement moins que plus, à faire peur (sa gueule), qu’est-ce qui lui prend, toujours à fanfaronner avec ses photos, sorti tout droit de la cuisse de Jupiter, il n’a pas changé, ne viens pas on n’a pas envie, il comprend donc quels mots, à se demander et si je lui dis un peu histoire d’abonder dans son sens comme on s’est enterrés chez des demeurés qui lavent leur bagnole le samedi, la bichonnent à la peau de chamois, offrent le programme avec cire chaude à leur bagnole à crédit, qui vont à l’hyper exprès, une expédition en famille, ce que tu te demandes sûrement du fond de ton (indescriptible) logement (toujours aussi insalubre ?), il comprendra alors, ce Vincent qui ressurgit des profondeurs, quelle mouche l’a piqué, il veut faire un reportage sur la “Vie et mœurs des gens de Lorette” ou quoi, ce n’est pas à l’hyper qu’on l’achètera, ton reportage si c’est ta motivation, que tu feras du fric, je serais étonné, il a quoi en tête pour insister aussi pesamment, il faut qu’il vienne, j’ai compris, là maintenant tout de suite comme une envie pressante et là-dessus je serais spontanément naturellement sympathique avec lui qui veut s’immiscer dans ma vie un peu beaucoup.

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