Pierre Jourde

Photo de Pierre  Jourde
© Pierre Jourde

biographie

Né en 1955 à Saint-Maur, Val-de-Marne

Vit à Paris

site personnel : http://pierrejourde.fr

roman, nouvelle, essai

Pierre Jourde a été professeur de français pendant dix ans, dans divers collèges et lycées (Puy-de-Dôme, Pas-de-Calais, Oise, Seine-et-Marne). Universitaire depuis 1994, il enseigne la littérature française à l'université Stendhal, à Valence. A publié divers essais sur la littérature : "Géographies imaginaires" - "Huysmans : À rebours" - "L'Alcool du silence : sur la décadence" - "Visages du double" - "L'Opérette métaphysique d'Alexandre Vialatte" -, "Empailler le toréador : l'incongru dans la littérature française" - "Littérature et authenticité", et, sur la littérature française contemporaine, "La Littérature sans estomac" (Prix de la critique de l'Académie française) puis, avec Eric Naulleau, "Petit Déjeuner chez Tyrannie". A préfacé le volume des "Œuvres" de Marcel Schwob (Belles Lettres, 2002). Écrit également des textes en collaboration avec des artistes ("Entrée des créatures", dessins de Robert Vigneau, Adana Venci, 2001, "Bouts de monde", illustrations de Barrie Hastings, Le Quai, 1995), des poèmes, des nouvelles. A publié trois romans : "Carnage des clowns", "Dans mon chien", "Pays perdu". A dirigé la revue littéraire "Hesperis" (1999-2002). Collaborations à divers revues et journaux ("Critique", "NRF", "Marie-Claire", "L'Imbécile de Paris", "La Quinzaine littéraire", "Europe", "Chronic'art", "Autrement", "L'Atelier du roman", "Revue d'esthétique"…). P.J.

bibliographie

  • Le Maréchal absolu, Gallimard, 2012.
  • C'est la culture qu'on assassine, Balland, 2011.
  • Quarante ans de rentrée littéraire, Avec Ulf Andersen, Anabet, 2010.
  • Paradis noirs, Gallimard, 2009.
  • Le Tibet sans peine, Gallimard, 2008.
  • Œuvres peu complètes, L'Archange Minotaure, 2007.
  • Portrait des mouches : sur les Songes drôlatiques de Pantagruel, L'Archange Minotaure, 2007.
  • Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, Gallimard, La Petite Collection, 2007.
  • L'Heure et l'Ombre, L'Esprit des péninsules, 2006.
  • Festins secrets, L'Esprit des péninsules, 2005.
  • Le Jourde & Naulleau : précis de littérature du XXIe siècle, avec Éric Naulleau, Mots et cie, 2004.
  • La Voix de Valère Novarina, L'Harmattan, 2004.
  • Haïkus tout foutus, dessins de Kristian Desailly, Voix d'Encre, 2004.
  • Petit Déjeuner chez Tyrannie, suivi de Le Crétinisme alpin, avec Éric Naulleau, La Fosse aux ours, 2003. Réédition à la librairie générale française en 2004.
  • Pays perdu, L'Esprit des péninsules, 2003.
  • Dans mon chien, Parc éditions, 2002.
  • Littérature et authenticité, le réel, le neutre, la fiction, L'Harmattan, 2001. Réédition aux éditions L'Esprit des péninsules en 2005.
  • La Littérature sans estomac, L'Esprit des péninsules, 2001. Réédition aux éditions Pocket en 2003.
  • Empailler le toréador : l'incongru dans la littérature, de Charles Nodier à Éric Chevillard, Librairie José Corti, 1999.
  • Carnage de clowns, L'Harmattan, 1999.
  • Visages du Double. Un thème littéraire, avec Paolo Tortonese, Nathan, 1996.
  • L'Opérette métaphysique d'Alexandre Vialatte, H. Champion, 1996.
  • L'Alcool du silence (sur la décadence), H. Champion, 1994.
  • Huysmans : À rebours, l'identité impossible, H. Champion, 1991.
  • Géographies imaginaires, Librairie José Corti, 1991.

extraits

Par goût de la pénombre, sans doute aussi pour dissimuler la déchéance de la maison, comme on brouille à la télévision le visage corrompu des vieilles vedettes, la veuve froide a pris le parti d'éclairer le moins possible. Tentures défraîchies, papiers peints décollés, taches d'humidité obscènes disparaissent dans la confusion chaste de l'obscurité. Elle, au bout de la grande table, s'expose plus cruellement peinte que jamais. Lorsque les bouchées atteignent ses lèvres noires, elle a l'air de les baiser avant de les déposer, bien à l'abri, à l'intérieur d'elle-même, avec des douceurs navrées. Est-ce qu'on n'en envierait pas l'huître de cette insinuation tranquille et tremblante, comme par l'effet d'une concupiscence terrifiée ? Ce que la veuve consomme amoureusement, c'est un peu comme la chair qui manque à son visage, avalée par l'ombre, ne laissant que ces traces somptueuses, ces souvenirs animés de ce que furent ses traits et qui ne font qu'en signaler l'emplacement, ovale fuligineux de la bouche, double déploiement livide du front et des joues, semblable à une radiographie pelvienne. Sous cette apparition ectoplasmique, le décolleté déploie des richesses solitaires, approfondies par les ombres. A-t-elle jamais paru si belle, Mme Van Reeth, mascaron tragique et poitrine tendrement abandonnée ?
Elle t'a demandé de faire l'homme de la maison. Tu assures le service du vin, tu proposes les plats, un peu troublé d'occuper la place de l'absent, et de ce que ce jeu présuppose d'intimité en réalité inexistante. Est-ce qu'on ne te regarde pas d'un air interrogateur, voire entendu ?
Autour de la table, une dizaine de personnes, et deux places vides. On s'est lassé d'attendre les deux retardataires, qui sans doute ne viendront plus. À peine le premier mollusque est-il détaché de sa coquille que la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Pas de bonne en vue, aussi, fidèle à ton rôle d'hôte par procuration, te proposes-tu pour aller ouvrir.
Debout sur le seuil, figée sans doute par la surprise de se voir accueillis par un homme jeune et inconnu, se tient une paire d'êtres empaquetés dans des choses humides. On s'attend aux rires et aux applaudissements signalant une nouvelle entrée dans le vaudeville. Deux visages minuscules et comme repliés, identiquement privés de toute trace de lèvres. L'homme te considère au moyen de deux organes gris et morts, d'où semble provenir le léger parfum de vase qui a pénétré dans le vestibule à leur entrée. Sans plus s'intéresser à ta personne, les organes examinent divers points du corridor d'un air soupçonneux, comme si on avait piégé les lieux. Après cet examen, et tandis qu'ils entreprennent de se défaire, tu entends une sorte d'onomatopée, entre le jappement de chiot et le spasme de l'enrhumé. Tu réalises, alors que tu pénètres dans la salle à manger derrière leurs dos, ce que signifiait ce signifiant : Schlumpf. Ils ont dit Schlumpf. Et donc, ce sont les Schlumpf.

Extrait d'un roman en cours intitulé "Fêtes secrètes" © Pierre Jourde

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés

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Photo de Pierre  Jourde
© Pierre Jourde

biographie

Né en 1955 à Saint-Maur, Val-de-Marne

Vit à Paris

site personnel : http://pierrejourde.fr

roman, nouvelle, essai

Pierre Jourde a été professeur de français pendant dix ans, dans divers collèges et lycées (Puy-de-Dôme, Pas-de-Calais, Oise, Seine-et-Marne). Universitaire depuis 1994, il enseigne la littérature française à l'université Stendhal, à Valence. A publié divers essais sur la littérature : "Géographies imaginaires" - "Huysmans : À rebours" - "L'Alcool du silence : sur la décadence" - "Visages du double" - "L'Opérette métaphysique d'Alexandre Vialatte" -, "Empailler le toréador : l'incongru dans la littérature française" - "Littérature et authenticité", et, sur la littérature française contemporaine, "La Littérature sans estomac" (Prix de la critique de l'Académie française) puis, avec Eric Naulleau, "Petit Déjeuner chez Tyrannie". A préfacé le volume des "Œuvres" de Marcel Schwob (Belles Lettres, 2002). Écrit également des textes en collaboration avec des artistes ("Entrée des créatures", dessins de Robert Vigneau, Adana Venci, 2001, "Bouts de monde", illustrations de Barrie Hastings, Le Quai, 1995), des poèmes, des nouvelles. A publié trois romans : "Carnage des clowns", "Dans mon chien", "Pays perdu". A dirigé la revue littéraire "Hesperis" (1999-2002). Collaborations à divers revues et journaux ("Critique", "NRF", "Marie-Claire", "L'Imbécile de Paris", "La Quinzaine littéraire", "Europe", "Chronic'art", "Autrement", "L'Atelier du roman", "Revue d'esthétique"…). P.J.

bibliographie

  • Le Maréchal absolu, Gallimard, 2012.
  • C'est la culture qu'on assassine, Balland, 2011.
  • Quarante ans de rentrée littéraire, Avec Ulf Andersen, Anabet, 2010.
  • Paradis noirs, Gallimard, 2009.
  • Le Tibet sans peine, Gallimard, 2008.
  • Œuvres peu complètes, L'Archange Minotaure, 2007.
  • Portrait des mouches : sur les Songes drôlatiques de Pantagruel, L'Archange Minotaure, 2007.
  • Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, Gallimard, La Petite Collection, 2007.
  • L'Heure et l'Ombre, L'Esprit des péninsules, 2006.
  • Festins secrets, L'Esprit des péninsules, 2005.
  • Le Jourde & Naulleau : précis de littérature du XXIe siècle, avec Éric Naulleau, Mots et cie, 2004.
  • La Voix de Valère Novarina, L'Harmattan, 2004.
  • Haïkus tout foutus, dessins de Kristian Desailly, Voix d'Encre, 2004.
  • Petit Déjeuner chez Tyrannie, suivi de Le Crétinisme alpin, avec Éric Naulleau, La Fosse aux ours, 2003. Réédition à la librairie générale française en 2004.
  • Pays perdu, L'Esprit des péninsules, 2003.
  • Dans mon chien, Parc éditions, 2002.
  • Littérature et authenticité, le réel, le neutre, la fiction, L'Harmattan, 2001. Réédition aux éditions L'Esprit des péninsules en 2005.
  • La Littérature sans estomac, L'Esprit des péninsules, 2001. Réédition aux éditions Pocket en 2003.
  • Empailler le toréador : l'incongru dans la littérature, de Charles Nodier à Éric Chevillard, Librairie José Corti, 1999.
  • Carnage de clowns, L'Harmattan, 1999.
  • Visages du Double. Un thème littéraire, avec Paolo Tortonese, Nathan, 1996.
  • L'Opérette métaphysique d'Alexandre Vialatte, H. Champion, 1996.
  • L'Alcool du silence (sur la décadence), H. Champion, 1994.
  • Huysmans : À rebours, l'identité impossible, H. Champion, 1991.
  • Géographies imaginaires, Librairie José Corti, 1991.

extraits

Par goût de la pénombre, sans doute aussi pour dissimuler la déchéance de la maison, comme on brouille à la télévision le visage corrompu des vieilles vedettes, la veuve froide a pris le parti d'éclairer le moins possible. Tentures défraîchies, papiers peints décollés, taches d'humidité obscènes disparaissent dans la confusion chaste de l'obscurité. Elle, au bout de la grande table, s'expose plus cruellement peinte que jamais. Lorsque les bouchées atteignent ses lèvres noires, elle a l'air de les baiser avant de les déposer, bien à l'abri, à l'intérieur d'elle-même, avec des douceurs navrées. Est-ce qu'on n'en envierait pas l'huître de cette insinuation tranquille et tremblante, comme par l'effet d'une concupiscence terrifiée ? Ce que la veuve consomme amoureusement, c'est un peu comme la chair qui manque à son visage, avalée par l'ombre, ne laissant que ces traces somptueuses, ces souvenirs animés de ce que furent ses traits et qui ne font qu'en signaler l'emplacement, ovale fuligineux de la bouche, double déploiement livide du front et des joues, semblable à une radiographie pelvienne. Sous cette apparition ectoplasmique, le décolleté déploie des richesses solitaires, approfondies par les ombres. A-t-elle jamais paru si belle, Mme Van Reeth, mascaron tragique et poitrine tendrement abandonnée ?
Elle t'a demandé de faire l'homme de la maison. Tu assures le service du vin, tu proposes les plats, un peu troublé d'occuper la place de l'absent, et de ce que ce jeu présuppose d'intimité en réalité inexistante. Est-ce qu'on ne te regarde pas d'un air interrogateur, voire entendu ?
Autour de la table, une dizaine de personnes, et deux places vides. On s'est lassé d'attendre les deux retardataires, qui sans doute ne viendront plus. À peine le premier mollusque est-il détaché de sa coquille que la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Pas de bonne en vue, aussi, fidèle à ton rôle d'hôte par procuration, te proposes-tu pour aller ouvrir.
Debout sur le seuil, figée sans doute par la surprise de se voir accueillis par un homme jeune et inconnu, se tient une paire d'êtres empaquetés dans des choses humides. On s'attend aux rires et aux applaudissements signalant une nouvelle entrée dans le vaudeville. Deux visages minuscules et comme repliés, identiquement privés de toute trace de lèvres. L'homme te considère au moyen de deux organes gris et morts, d'où semble provenir le léger parfum de vase qui a pénétré dans le vestibule à leur entrée. Sans plus s'intéresser à ta personne, les organes examinent divers points du corridor d'un air soupçonneux, comme si on avait piégé les lieux. Après cet examen, et tandis qu'ils entreprennent de se défaire, tu entends une sorte d'onomatopée, entre le jappement de chiot et le spasme de l'enrhumé. Tu réalises, alors que tu pénètres dans la salle à manger derrière leurs dos, ce que signifiait ce signifiant : Schlumpf. Ils ont dit Schlumpf. Et donc, ce sont les Schlumpf.

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