Serge Rivron

Photo de Serge  Rivron
© Jean-Jacques Guttin

biographie

Né en 1959 à Lyon, Rhône

Vit dans le Rhône

site personnel : http://srivron.free.fr

courriel : srivron@free.fr

récit, essai

Nombril du monde

J'ai pigé pour "Libération", rubriques culture et communication, et j'en suis parti furieux après avoir affiché sur tous les murs de la rédaction un dazibao vengeur ridiculisant le chef de rubrique Abert, qui pratiquait sans vergogne la censure à la petite semaine au plein moment de l'affaire Rushdie. J'ai été critique de théâtre, de danse et même d'architecture, au moment des grands travaux du fameux président socialiste qui faisait des grands travaux. J'ai traité Guy Darmet de poussah de la culture, alors qu'il était rédacteur en chef d'un minable magazine de province, parce qu'il publiait sans les payer ni me citer mes premières critiques de cinéma, lui qui est devenu directeur général de la Maison de la danse de Lyon, puis "inventeur" de la Biennale de la danse, ce poussah de la culture. J'ai enseigné la photographie, le théâtre et la morale à des jeunes délinquants, j'ai créé un centre de formation pour public défavorisé dans un quartier chaud, avec un curé défroqué qui en a gardé la direction pendant dix ans sans jamais mentionner ni peut-être même mesurer ce qu'il me devait, et cela bien que nous fussions restés bons amis. J'ai été directeur de la communication pour une grosse Maison de la culture de province, pour laquelle j'ai organisé la première expérience française de télévision alternative longue durée avant la "libération" des ondes nationales par décret mitterrandien. J'ai enseigné le français, l'histoire et la géographie à des élèves de collège qui ne voulaient pas l'apprendre, et envoyé une lettre d'insultes argumentées et motivées de quatre pages à l'inspecteur départemental que j'avais naïvement appelé à l'aide et qui n'avait trouvé comme réponse à mes questions qu'une notation administrative médiocre. J'ai donné des cours de publicité à l'université, des cours de technique du scénario à des étudiants ingénieurs des travaux publics, j'ai été moniteur de centre aéré en banlieue, concepteur-rédacteur en agence de publicité, directeur de communication dans une agence régionale de l'environnement pour laquelle j'ai publié le premier ouvrage français - deux tomes - d'enseignement de l'environnement à destination des classes de collège. J'ai été chef du Cabinet d'un élu régional délégué au tourisme et au sport, réalisateur, scénariste, nègre attitré d'une dizaine d'hommes politiques dont certains ont été, sont ou seront ministres de la République. J'ai été élu dans une petite commune où, nommé adjoint et haineusement calomnié en permanence par ceux que j'avais détrônés, j'ai pu mesurer l'inertie congénitale de la démocratie, le scandale de la mascarade républico-médiatique, et la nécessité absolue dans laquelle sont les politiques qui veulent durer de ne rien faire de profond, absolument de ne rien faire, d'attendre en souriant beaucoup et en faisant croire le plus possible qu'on a réalisé les bonnes choses faites par d'autres. J'ai naturellement été viré de mes fonctions électives dès la mandature suivante, haine, bêtise et amnésie s'alimentant au même fétide abreuvoir. J'ai filmé la réhabilitation magistrale d'un hôtel des Chevaliers de l'Arquebuse, été mannequin pour des produits de grande distribution, exposé des photographies, tourné un film avec Haroun Tazieff, remporté le premier prix d'un concours national de rédaction publicitaire. J'ai monté et co-rédigé un centre de formation aux métiers du sport. J'ai écrit un film sur le "Cyclope" de Jean Tinguely, qui avait reçu la bénédiction du Maître, qui acceptait même d'y jouer le rôle d'un guide avec sa casquette, mais Jean Tinguely est mort, la boîte de production du film a empoché 50 000 francs de subvention sur mon scénario sans me verser un sou, alors j'ai écrit un autre film sur le "Cyclope" où Alain Cuny en coryphée acceptait de remplacer Jean Tinguely en guide, mais Niki de Saint-Phalle et Pontus Hulten se sont opposés à la réalisation du film et Alain Cuny, pour qui j'avais écrit entre-temps un autre scénario sur Victor Hugo, Alain Cuny que j'aimais passionnément, est mort aussi. J'ai reçu une lettre de Léo Hamon, me félicitant pour un pamphlet qui prônait la révolution dans un mensuel monarchiste. J'ai animé une émission de télévision destinée aux enseignants du primaire, dont les syndicats enseignants m'ont fait virer parce que j'avais dit à l'antenne qu'en général c'était pas la musique qu'on enseignait le mieux à l'école. J'ai écrit, bavardé, déjeuné, diné, projeté, dansé, nagé, couché, travaillé ou joué aux boules avec Tzvetan Todorov, Umberto Eco, Roland Barthes, Yves Bonnefoy, Régis Debray, Alexandre Zinoviev, Marc-Édouard Nabe, Catherine Kerbrat-Orecchioni, Francis Marmande, Charles Millon, Pharoah Sanders, Samuel Fuller, Aimé Maeght, Alain Pouillet, Robert Combas, Alain Mailloud, Joël Gourgand, Georges Lavaudant, Philippe Morier-Genoud, Christophe Feutrier, Philippe Vincent, Jean-Laurent Poli, Jean-Louis Remilleux, Raphaël de Gubernatis, Hélène Zadounaiski, Bruno Bonnetain, Jean-Edern Hallier, Olivier Véron, Alain Jeune, Nathalie Veuillet, Philippe Favier, Bato, Luidgi Gorry, Jacques Bigand, Alain Turgeon, Denis Trouxe, Jacques Weber, Pierre Jacquemon, Éric Villeneuve, Patrick Ravella, Patrick Dubost, Claude Seyve, Robert Fortune, Jean-François Stévenin, Valérie Seydoux, Emmanuel Depoix, Luc Perez, Pierre Restany, Maria Casarès, Samuel Petit, Jean-Louis Cassarino, Laurent James, et plaise à Dieu que je raconte un jour pourquoi je m'arrête à ceux-là, faut-il que je les ai aimés et les autres, tous les autres, qui auraient fait de ma vie un roman pour la frime ou quelque chose qu'il eût fallu être Blaise Cendrars pour bien raconter, les ambiances, les regards perdus, les hasards, les moments sans importance du monde.

Le monde, j'aime le regarder infiniment, et l'attendre. Il est clair à présent que lui ne m'attend pas, et je n'en éprouve aucune frustration ni amertume. Seul mon cœur qui vieillit inquiète un peu mon âme. S.R.

bibliographie

  • Octobre russe, Pluton, 2010.
  • La Démocratie participative : La Participation au concert, entretien avec René Balme, La Passe du Vent, 2009. Réédition en 2011.
  • La Chair, Jean-Pierre Huguet éditeur, Les Sœurs océanes, 2008.
  • Crafouilli : légendaire récit, Les Provinciales, 2000.
  • Éducation à l'environnement : guide des ressources en Rhône-Alpes, Région Rhône-Alpes, 1994.

médiation

  • lecture
  • table ronde et débat
  • rencontre avec des publics empêchés
  • atelier d'écriture
  • rencontre avec une classe

Serge Rivron

Photo de Serge  Rivron
© Jean-Jacques Guttin

biographie

Né en 1959 à Lyon, Rhône

Vit dans le Rhône

site personnel : http://srivron.free.fr

courriel : srivron@free.fr

récit, essai

Nombril du monde

J'ai pigé pour "Libération", rubriques culture et communication, et j'en suis parti furieux après avoir affiché sur tous les murs de la rédaction un dazibao vengeur ridiculisant le chef de rubrique Abert, qui pratiquait sans vergogne la censure à la petite semaine au plein moment de l'affaire Rushdie. J'ai été critique de théâtre, de danse et même d'architecture, au moment des grands travaux du fameux président socialiste qui faisait des grands travaux. J'ai traité Guy Darmet de poussah de la culture, alors qu'il était rédacteur en chef d'un minable magazine de province, parce qu'il publiait sans les payer ni me citer mes premières critiques de cinéma, lui qui est devenu directeur général de la Maison de la danse de Lyon, puis "inventeur" de la Biennale de la danse, ce poussah de la culture. J'ai enseigné la photographie, le théâtre et la morale à des jeunes délinquants, j'ai créé un centre de formation pour public défavorisé dans un quartier chaud, avec un curé défroqué qui en a gardé la direction pendant dix ans sans jamais mentionner ni peut-être même mesurer ce qu'il me devait, et cela bien que nous fussions restés bons amis. J'ai été directeur de la communication pour une grosse Maison de la culture de province, pour laquelle j'ai organisé la première expérience française de télévision alternative longue durée avant la "libération" des ondes nationales par décret mitterrandien. J'ai enseigné le français, l'histoire et la géographie à des élèves de collège qui ne voulaient pas l'apprendre, et envoyé une lettre d'insultes argumentées et motivées de quatre pages à l'inspecteur départemental que j'avais naïvement appelé à l'aide et qui n'avait trouvé comme réponse à mes questions qu'une notation administrative médiocre. J'ai donné des cours de publicité à l'université, des cours de technique du scénario à des étudiants ingénieurs des travaux publics, j'ai été moniteur de centre aéré en banlieue, concepteur-rédacteur en agence de publicité, directeur de communication dans une agence régionale de l'environnement pour laquelle j'ai publié le premier ouvrage français - deux tomes - d'enseignement de l'environnement à destination des classes de collège. J'ai été chef du Cabinet d'un élu régional délégué au tourisme et au sport, réalisateur, scénariste, nègre attitré d'une dizaine d'hommes politiques dont certains ont été, sont ou seront ministres de la République. J'ai été élu dans une petite commune où, nommé adjoint et haineusement calomnié en permanence par ceux que j'avais détrônés, j'ai pu mesurer l'inertie congénitale de la démocratie, le scandale de la mascarade républico-médiatique, et la nécessité absolue dans laquelle sont les politiques qui veulent durer de ne rien faire de profond, absolument de ne rien faire, d'attendre en souriant beaucoup et en faisant croire le plus possible qu'on a réalisé les bonnes choses faites par d'autres. J'ai naturellement été viré de mes fonctions électives dès la mandature suivante, haine, bêtise et amnésie s'alimentant au même fétide abreuvoir. J'ai filmé la réhabilitation magistrale d'un hôtel des Chevaliers de l'Arquebuse, été mannequin pour des produits de grande distribution, exposé des photographies, tourné un film avec Haroun Tazieff, remporté le premier prix d'un concours national de rédaction publicitaire. J'ai monté et co-rédigé un centre de formation aux métiers du sport. J'ai écrit un film sur le "Cyclope" de Jean Tinguely, qui avait reçu la bénédiction du Maître, qui acceptait même d'y jouer le rôle d'un guide avec sa casquette, mais Jean Tinguely est mort, la boîte de production du film a empoché 50 000 francs de subvention sur mon scénario sans me verser un sou, alors j'ai écrit un autre film sur le "Cyclope" où Alain Cuny en coryphée acceptait de remplacer Jean Tinguely en guide, mais Niki de Saint-Phalle et Pontus Hulten se sont opposés à la réalisation du film et Alain Cuny, pour qui j'avais écrit entre-temps un autre scénario sur Victor Hugo, Alain Cuny que j'aimais passionnément, est mort aussi. J'ai reçu une lettre de Léo Hamon, me félicitant pour un pamphlet qui prônait la révolution dans un mensuel monarchiste. J'ai animé une émission de télévision destinée aux enseignants du primaire, dont les syndicats enseignants m'ont fait virer parce que j'avais dit à l'antenne qu'en général c'était pas la musique qu'on enseignait le mieux à l'école. J'ai écrit, bavardé, déjeuné, diné, projeté, dansé, nagé, couché, travaillé ou joué aux boules avec Tzvetan Todorov, Umberto Eco, Roland Barthes, Yves Bonnefoy, Régis Debray, Alexandre Zinoviev, Marc-Édouard Nabe, Catherine Kerbrat-Orecchioni, Francis Marmande, Charles Millon, Pharoah Sanders, Samuel Fuller, Aimé Maeght, Alain Pouillet, Robert Combas, Alain Mailloud, Joël Gourgand, Georges Lavaudant, Philippe Morier-Genoud, Christophe Feutrier, Philippe Vincent, Jean-Laurent Poli, Jean-Louis Remilleux, Raphaël de Gubernatis, Hélène Zadounaiski, Bruno Bonnetain, Jean-Edern Hallier, Olivier Véron, Alain Jeune, Nathalie Veuillet, Philippe Favier, Bato, Luidgi Gorry, Jacques Bigand, Alain Turgeon, Denis Trouxe, Jacques Weber, Pierre Jacquemon, Éric Villeneuve, Patrick Ravella, Patrick Dubost, Claude Seyve, Robert Fortune, Jean-François Stévenin, Valérie Seydoux, Emmanuel Depoix, Luc Perez, Pierre Restany, Maria Casarès, Samuel Petit, Jean-Louis Cassarino, Laurent James, et plaise à Dieu que je raconte un jour pourquoi je m'arrête à ceux-là, faut-il que je les ai aimés et les autres, tous les autres, qui auraient fait de ma vie un roman pour la frime ou quelque chose qu'il eût fallu être Blaise Cendrars pour bien raconter, les ambiances, les regards perdus, les hasards, les moments sans importance du monde.

Le monde, j'aime le regarder infiniment, et l'attendre. Il est clair à présent que lui ne m'attend pas, et je n'en éprouve aucune frustration ni amertume. Seul mon cœur qui vieillit inquiète un peu mon âme. S.R.

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  • Octobre russe, Pluton, 2010.
  • La Démocratie participative : La Participation au concert, entretien avec René Balme, La Passe du Vent, 2009. Réédition en 2011.
  • La Chair, Jean-Pierre Huguet éditeur, Les Sœurs océanes, 2008.
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