Siegfried Plümper-Hüttenbrink

Photo de Siegfried  Plümper-Hüttenbrink
© Siegfried Plümper-Hüttenbrink

biographie

Né en 1957 à Werl, Allemagne

poésie, récit

Commence à écrire à partir de 1980 en menant un train de vie quelque peu aléatoire qui lui fera perdre la faculté de dire je et l'amènera à pratiquer une sorte d'écriture itinérante : par bris et débris, instantanés. En vue de toucher à quelque chose du réel.

À partir de 1986, l'acte d'écrire, en qu'il est aussi en prise sur la trace, se pratique en tandem avec des artistes-plasticiens : Claude Yvroud autour des deux notions de "bruitage graphique" et de "prises d'ouïe", Anik Vinay de l'Atelier des Grames autour de l'idée d'un "Pas" en tant que vestige, empreinte mutique de quelque corps incarné en absence.

En 1992, lors d'un séjour à Marseille, rédige une sorte de mémorandum et qui relate l'expérience élémentaire consistant à apprendre à être là où l'on se trouve, tout en ayant rien à y faire, sinon qu'à y être de garde.

De 1992 à 1994 s'arrête d'écrire et amorce un travail photographique qui s'inspire d'une phrase de Ludwig Wittgenstein : "L'image devrait à nouveau jeter son ombre sur le monde"… s'ombrer sur le lieu même de son émergence. Photographier étant aussi une autre manière de broyer du noir sur du blanc.

En 1994 se remet à écrire face à une fenêtre, et en vue de concevoir un art du "fenestrage" dont la phase inaugurale lui aura été donnée par une image. L'image, vitrée et comme muette, du temps qui passe… dans le temps qu'il fait.

Depuis 1995 travaille autour de la notion de "littéralité". Un état littéral se déclarant lorsqu'une chose tombe hors de son nom ou quelqu'un hors identité. S.P.-H.

bibliographie

  • De la lecture. Selon Walter Benjamin et Ludwig Wittgenstein, La Main courante, 2006.
  • De la littéralité, La Main courante, 1997.
  • Pas, en collaboration avec Anik Vinay, L'Atelier des Grames, 1995.
  • L'Aparté, CIPM-Spectres familiers, 1993.
  • Le 9 novembre 1989 : lettre, traduit en allemand par Angelika Lochmann en collaboration avec l'auteur, 15 encres originales et une eau-forte d'Anik Vinay, Éditions Michel Chomarat, 1991.
  • Journal itinérant : 1980-1981, Éditions Michel Chomarat, 1989.
  • Noise, lettre préface, avec des illustrations de Claude Yvroud, Maison du Livre de Pérouges, 1987.
  • En lettre recommandée, MEM/Arte Facts, 1987.
  • Pour un manifeste hors de tout propos, La Route de la mer, 1976.

extraits

En début d'après-midi, je me mis donc en quête et longeais les berges du Rhône dans le sens du courant, avec scandé en arrière-tête le mouvement pendulaire d'un Pas qui bat l'amble.

J'allais, ainsi - m'avançant sur un pas - au devant de moi-même et sans plus savoir où encore aller, avec le soleil pris en pleine face.

Chemin faisant, je vis que je me faisais marcher, comme mû au ralenti, et fus de sitôt pris d'un soudain accès de froid, d'une sorte d'exaltation presque rageuse et qui étreint et tient l'ouïe en haleine.

Sur la nature exacte de ce froid - que j'ai dû expérimenter tout un hiver durant sous la forme d'un relief d'air glacé mis sous verre - je ne sais pour ainsi dire rien, sinon qu'il agit tel un gaz toxique qui brûle et vous anesthésie.

"Mir wird kalt" - il me fait froid, dit la langue allemande. Un froid interne. Une sécrétion glacée. Tel un givre qui prend aux nerfs.

(Parfois, il me revient sous l'emprise de cette forêt vocale qui se met en marche, de ces voix oragées en nuées et qui soufflent et vocifèrent sur l'R - l'air du Herr, chair qui erre - de l'Herrscher, dans l'ouverture de la "Passion selon Saint Jean" de J.S. Bach. Voix déployées aux quatre vents et comme dites à tâtons et au ressac d'un pas levé en foule, porté en clameurs, au loin. Elles donnent le la, me mettaient sur la voie à suivre…).

Et j'avançais donc, aveuglément, dans ce froid. Astreint que j'étais à visionner toute chose à contre-jour, prise en découpe et par ombre portée. Moi-même, réduit à l'état d'une simple silhouette en marche, incarnant l'y d'un Pas, cet emblème graphique de qui chemine, rivé à terre, en état de chute. À croire que j'étais soudainement là - sans savoir où - et en n'ayant plus qu'à m'enquérir du lieu que je foulais et tentais de soulever pas à pas, entre ciel et terre.

À m'en souvenir, ce fut ainsi - lors d'un séjour à Mayence, en date du 5 mai 1989 - que j'ai dû marcher un matin, livré au dehors. Et pour n'être plus qu'une trouée vive alentour, quelque déserteur errant sous un accès de mémoire. J'arpentais le sol avec la sensation, on ne peut plus égarante, d'entrer dans le dehors.

Quelques jours plus tard, je ne pus m'empêcher de sceller photographiquement un pacte en bordure du Rhin avec un monument qui commémore la scission de l'Allemagne en deux. Taillé tout d'une pièce, il surgit tel un pan de mur chuté dans le décor, sous l'aspect de deux blocs monolithiques ajointés de part et d'autre d'une ligne de fracture en forme de K. Cette ligne presque séismographique - et que le terme latin de "limes" désigne comme étant tout à la fois une démarcation en terre et une fêlure dans la pierre - j'ai dû la reporter sur mon propre visage, tout en sachant qu'elle se ré-inscrit entre mes deux noms et me positionne ainsi en dos à dos avec moi-même - als zweizüngigen Grenzengänger.

Extrait de "Le 9 novembre 1989 : lettre" © Michel Chomarat, 1991

Siegfried Plümper-Hüttenbrink

Photo de Siegfried  Plümper-Hüttenbrink
© Siegfried Plümper-Hüttenbrink

biographie

Né en 1957 à Werl, Allemagne

poésie, récit

Commence à écrire à partir de 1980 en menant un train de vie quelque peu aléatoire qui lui fera perdre la faculté de dire je et l'amènera à pratiquer une sorte d'écriture itinérante : par bris et débris, instantanés. En vue de toucher à quelque chose du réel.

À partir de 1986, l'acte d'écrire, en qu'il est aussi en prise sur la trace, se pratique en tandem avec des artistes-plasticiens : Claude Yvroud autour des deux notions de "bruitage graphique" et de "prises d'ouïe", Anik Vinay de l'Atelier des Grames autour de l'idée d'un "Pas" en tant que vestige, empreinte mutique de quelque corps incarné en absence.

En 1992, lors d'un séjour à Marseille, rédige une sorte de mémorandum et qui relate l'expérience élémentaire consistant à apprendre à être là où l'on se trouve, tout en ayant rien à y faire, sinon qu'à y être de garde.

De 1992 à 1994 s'arrête d'écrire et amorce un travail photographique qui s'inspire d'une phrase de Ludwig Wittgenstein : "L'image devrait à nouveau jeter son ombre sur le monde"… s'ombrer sur le lieu même de son émergence. Photographier étant aussi une autre manière de broyer du noir sur du blanc.

En 1994 se remet à écrire face à une fenêtre, et en vue de concevoir un art du "fenestrage" dont la phase inaugurale lui aura été donnée par une image. L'image, vitrée et comme muette, du temps qui passe… dans le temps qu'il fait.

Depuis 1995 travaille autour de la notion de "littéralité". Un état littéral se déclarant lorsqu'une chose tombe hors de son nom ou quelqu'un hors identité. S.P.-H.

bibliographie

  • De la lecture. Selon Walter Benjamin et Ludwig Wittgenstein, La Main courante, 2006.
  • De la littéralité, La Main courante, 1997.
  • Pas, en collaboration avec Anik Vinay, L'Atelier des Grames, 1995.
  • L'Aparté, CIPM-Spectres familiers, 1993.
  • Le 9 novembre 1989 : lettre, traduit en allemand par Angelika Lochmann en collaboration avec l'auteur, 15 encres originales et une eau-forte d'Anik Vinay, Éditions Michel Chomarat, 1991.
  • Journal itinérant : 1980-1981, Éditions Michel Chomarat, 1989.
  • Noise, lettre préface, avec des illustrations de Claude Yvroud, Maison du Livre de Pérouges, 1987.
  • En lettre recommandée, MEM/Arte Facts, 1987.
  • Pour un manifeste hors de tout propos, La Route de la mer, 1976.

extraits

En début d'après-midi, je me mis donc en quête et longeais les berges du Rhône dans le sens du courant, avec scandé en arrière-tête le mouvement pendulaire d'un Pas qui bat l'amble.

J'allais, ainsi - m'avançant sur un pas - au devant de moi-même et sans plus savoir où encore aller, avec le soleil pris en pleine face.

Chemin faisant, je vis que je me faisais marcher, comme mû au ralenti, et fus de sitôt pris d'un soudain accès de froid, d'une sorte d'exaltation presque rageuse et qui étreint et tient l'ouïe en haleine.

Sur la nature exacte de ce froid - que j'ai dû expérimenter tout un hiver durant sous la forme d'un relief d'air glacé mis sous verre - je ne sais pour ainsi dire rien, sinon qu'il agit tel un gaz toxique qui brûle et vous anesthésie.

"Mir wird kalt" - il me fait froid, dit la langue allemande. Un froid interne. Une sécrétion glacée. Tel un givre qui prend aux nerfs.

(Parfois, il me revient sous l'emprise de cette forêt vocale qui se met en marche, de ces voix oragées en nuées et qui soufflent et vocifèrent sur l'R - l'air du Herr, chair qui erre - de l'Herrscher, dans l'ouverture de la "Passion selon Saint Jean" de J.S. Bach. Voix déployées aux quatre vents et comme dites à tâtons et au ressac d'un pas levé en foule, porté en clameurs, au loin. Elles donnent le la, me mettaient sur la voie à suivre…).

Et j'avançais donc, aveuglément, dans ce froid. Astreint que j'étais à visionner toute chose à contre-jour, prise en découpe et par ombre portée. Moi-même, réduit à l'état d'une simple silhouette en marche, incarnant l'y d'un Pas, cet emblème graphique de qui chemine, rivé à terre, en état de chute. À croire que j'étais soudainement là - sans savoir où - et en n'ayant plus qu'à m'enquérir du lieu que je foulais et tentais de soulever pas à pas, entre ciel et terre.

À m'en souvenir, ce fut ainsi - lors d'un séjour à Mayence, en date du 5 mai 1989 - que j'ai dû marcher un matin, livré au dehors. Et pour n'être plus qu'une trouée vive alentour, quelque déserteur errant sous un accès de mémoire. J'arpentais le sol avec la sensation, on ne peut plus égarante, d'entrer dans le dehors.

Quelques jours plus tard, je ne pus m'empêcher de sceller photographiquement un pacte en bordure du Rhin avec un monument qui commémore la scission de l'Allemagne en deux. Taillé tout d'une pièce, il surgit tel un pan de mur chuté dans le décor, sous l'aspect de deux blocs monolithiques ajointés de part et d'autre d'une ligne de fracture en forme de K. Cette ligne presque séismographique - et que le terme latin de "limes" désigne comme étant tout à la fois une démarcation en terre et une fêlure dans la pierre - j'ai dû la reporter sur mon propre visage, tout en sachant qu'elle se ré-inscrit entre mes deux noms et me positionne ainsi en dos à dos avec moi-même - als zweizüngigen Grenzengänger.

Extrait de "Le 9 novembre 1989 : lettre" © Michel Chomarat, 1991

sur le fil

fait partie des 7 lauréats du 10e prix Handi-Livres pour son roman L’École du tonnerre (Rue du Monde).

a été couronné par le prix Lettres frontière 2015 pour son roman paru en 2014 L’Affaire des vivants (éditions Phébus)

a reçu le prix Trop Virilo qui récompense « la plus vivace poussée de testostérone littéraire de l’année« , pour Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur Blanc), ex aequo avec Jean Teulé.

Jacques A. Bertrand reçoit le prix Alexandre-Vialatte 2015 pour son essai Brèves histoires des choses (Julliard) et pour l’ensemble de son oeuvre chez Julliard.

Michel Thion a reçu le prix « Révélation de poésie 2015 » de la Société des Gens de Lettre. (SGDL), pour son recueil L’Enneigement, paru aux éditions La Rumeur Libre.

vient de recevoir le Prix Cazes Brasserie Lipp 2016 pour son roman Giratoire paru en janvier chez Serge Safran Editeur.

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