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Roger Planchon


Né en 1931 à Saint-Chamond, Loire. Décédé en 2009

théâtre

Roger Planchon, auteur

Roger Planchon affirme encore aujourd'hui qu'il est devenu auteur, comme metteur en scène, par hasard. En fait, il n'a cessé d'écrire au jour le jour, notant ses réflexions sur la composition d'une pièce, la respiration particulière de l'auteur, à la recherche des lois mystérieuses qui font la spécificité de l'écriture dramatique. Je le soupçonne aussi d'avoir trempé dans la fabrication des burlesques et des adaptations canularesques qui firent la fortune du petit Théâtre de la Comédie, même si la part de la création collective l'emportait sur l'inspiration solitaire.
Toujours est-il que ce n'est qu'à trente-trois ans, alors qu'il est un metteur en scène comblé, que l'envie d'écrire le prend à la gorge. Naturellement, l'Ardèche afflue sous sa plume avec ses personnages familiers, grossièrement équarris, si âpres et si irrémédiablement condamnés à la misère qu'ils sont, dans la burle, le vent glacé des hauts plateaux, des héros tragiques monstrueux, victimes et bourreaux, avec des tendresses et des cruautés de bêtes pour leur progéniture.
Cela a commencé en poème pour se poursuivre en scénario et s'achever en dialogue de pièce. Tout en aspérités, gauche parfois mais toujours intense, jouée dans une sorte d'hyperréalisme hors la mode, "La Remise" n'avait rien pour plaire à la critique. Le public, lui, fut empoigné par cette histoire paysanne construite en enquête policière.
Et Planchon a continué d'écrire. "C'est le centre de ma vie", avoue-t-il, la voix nue. Les pièces se sont succédées, en effet. Dans la veine paysanne comme "L'Infâme" (inspiré par l'affaire du curé meurtrier d'Uruffe, le spectacle fit scandale) et "Le Cochon noir". Ou sur des thèmes contemporains : "Patte blanche" (avec la guerre d'Algérie comme toile de fond),"La Contestation" et la mise en pièces du "Cid" (en relation avec les événements de 1968), "Dans le vent", "grr"... (sur les jeunes bourgeois qui tournent à vide).
J'ai toujours eu un faible pour "Les Libertins", grande chronique où Planchon fait revivre avec leurs aveuglements, leurs contradictions, leurs passions, des provinciaux plongés dans la tourmente de la Révolution française jusqu'à la résistible ascension de Bonaparte.
Le style de l'auteur dramatique se raffine, la composition s'affermit. Dans ses pièces sur les guerres de religion qu'il sort aujourd'hui de ses tiroirs, il atteint ce qu'on percevait déjà dans Gilles de Rais : une fluidité entre le réalisme barbare et le surnaturel, le quotidien et l'onirisme, la grossièreté et la poésie aérienne, l'histoire et les saisons de la terre, l'animalité humaine et ce qu'il faut bien appeler le mysticisme...
Comme s'il y avait dans la mémoire de Roger Planchon un dieu caché, celui, peut-être, d'un calvaire ardéchois, nu dans le vent d'hiver, qu'aucun blasphème ne peut effacer.

Extrait de : Jean-Jacques Lerrant, "Roger Planchon, loup solitaire du théâtre public", Le Monde, 6 octobre 1988.

Le TNP a édité les versions les plus récentes de sept des pièces de Roger Planchon : "La Remise", "Le Cochon noir"," Gilles de Rais","Le Vieil Hiver","Fragile forêt"," Les Libertins", "Le Radeau de la Méduse".