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Charles André


         [...] Le Père Abbé le regarda longuement.
         ­ De ma vie de religieux, c'est la première fois que je rencontre un homme comme vous. Un homme qui est à la recherche de son destin, un homme qui sait que sa vie n'est pas en phase avec ce qui doit être son destin, un homme qui décide de rompre avec sa vie pour découvrir son destin. Vous êtes un homme étrange ! Un homme hors normes, cher monsieur. Je ne suis pas parvenu à décrypter votre comportement, à découvrir les raisons profondes de votre attitude.
         Un long silence. Puis :
         - J'ai toujours été fasciné par la parabole des talents, déclara Emmanuel. Celui qui enfouit sa fortune de crainte d'être démuni et l'autre qui va la faire fructifier. Il me semble avoir reçu un certain nombre de talents - au double sens du terme - et j'ai peur qu'au dernier jour de ma vie ou au premier jour de mon éternité, on me reproche de ne pas les avoir fait suffisamment fructifier. En d'autres termes, que ma vie n'ait pas été celle que je devais vivre, que ma vie ait été insignifiante. C'est-à-dire sans signification.
          - Peut-être est-ce une amorce d'explication. [...]

In "Errances" © Éditions du Rhône, 1997


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Tendre et nostalgique Marienbad

Sous la voilette mauve
des souvenirs d'antan
le parfum envoûtant
des amours effilochés
qui s'accrochent en lambeaux
aux colonnades
de Maxime Gorki.

Mariánské Lázné
à la vente aux enchères
des temps passés
des temps perdus
des temps qui n'en finissaient pas
a misé
Et perdu.

Mariánské Lázné
dans sa robe mousseline
et son corset à baleines
et son chapeau à fleurs
et son ombrelle pastel
séduisait alors
comtes, princes
artistes, poètes.

La pluie fine
du souvenir
fait briller les rotondes verdâtres
les façades fardées
et les colonnades figées.

In "Écailles de lumière" © Éditions lyonnaises d'Art et d'Histoire, 1994


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Passe-temps

Il a regardé
le temps passer.
C'était un bon
passe-temps.

Mais le temps passe.
Et lui passait
en même temps.

Ce qui fait que,
passant en même temps
que le temps passe,
il ne s'apercevait pas
que le temps passait.

Ce passe-temps
ridicule
le faisait passer,
aux yeux de ceux
qui passent leur temps
à regarder les autres
passer,
pour un homme
au passé
qui ne repassera
jamais.

In "Miettes d'éternité" © Éditions lyonnaises d'Art et d'Histoire, 1998


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Ici, à Messimy

Ici
à Messimy
(ce nom qui glisse
comme un prénom de femme),
à dix-huit kilomètres
de la place Bellecour,
je tutoie les oiseaux.
Et les arbres.

Au petit matin,
alors que dans la plaine
la grande cité lyonnaise
s'éveille dans la cacophonie,
ici, j'ai rendez-vous,
dans la rosée du silence,
avec mes amis
les mésanges, les martinets,
les rouges-gorges, les rossignols.
Contre quelques graines
et quelques miettes de pain,
on échange
des confidences
tandis que le coucou
joue à cache-cache.

In "Miettes d'éternité" © Éditions lyonnaises d'Art et d'Histoire, 1998