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Joël Bastard
En Bretagne, à travers les murs de certaines maisons, les vagues font leur boucan dans l'obscur. Et ce qui cogne, c'est de la légende ruisselante et décharnée, une parole d'écume et de lambeaux. Du pétrole se répand sur l'estran piétiné de rage. De la ferraille clapote à quelque distance des roches mises à nue à force d'homme. Dans la nuit, les comptoirs cuivrés dérivent le temps d'un whyskie et d'une main plongée sous la jupe fendue. De l'eau entre les doigts, le grand buveur s'attarde au canapé. Des lumières se balancent entre ici et nulle part. Les épaules prennent toute la place de l'horizon ponté. Du côté de Plourac'h, le Dein se faufile aussi dans la légende, en pente douce dans les herbes fines, livrant aux ruines des moulins son eau noire. Alourdissant les jours d'hiver le geste enfariné des morts. Du côté de Penmarc'h, des formes cheminent. Indistinctes. Pourtant une femme aux bras croisés se dessine au loin. Seules les femmes marchent au bord de la mer les bras croisés. Elles se gardent peut-être ! Elles écoutent, attentives à l'extérieur. Elles attendent comme les rochers. Bras croisés.
© Joël Bastard
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