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Gérard Cartier
.XXIII.
Traçant la route à travers la montagne seul Entre rivière et ciel (le chantier perdu Dans les méandres de l'arrière Un feu parfois ou l'écho d'une explosion) Les liasses de plans repliées inspectant Au théodolite les vallées j'ai trouvé le makam Un dôme sec d'où monte au milieu des couleurs Un nuage en spirale la géométrie N'enferme pas le ciel des soufis...
Plus tard sur le plateau de la camionnette Le casque sous la nuque et les pieds débottés Je cherche dans un mauvais anglais le coeur De Yunus Amre dont l'un des vingt tombeaux Accueille le soir au milieu des joncs Et je m'enivre comme un bourdon dans la ruche Soulever la poussière et fendre la montagne Peuvent moins que quatre vers noués en tresse : Que le poète amoureux verse le vin le miel Et que dans le sommeil je me joigne aux parfaits...
.XXXV.
Jazaïr Farasan, juin 1979
Passé le tropique l'axe se perd entre des îles Tessons d'argile abandonnés par les dieux Où parfois une excavatrice Remonte au jour sous un masque d'or Un cadavre carbonisé
Leurs fils sont de maigres figures d'os Qui savent pourtant quand le soir vient Avec la bouche imiter le chant D'oiseaux disparus dans un siècle lointain Avant bien avant que l'on sût y unir L'harmonie des vers du temps Que la terre était molle
Et moi aussi si j'osais je voudrais Écrire une élégie dans un goût ancien Assis sur le pont entre les treuils Le Coran aux genoux et rêver La lèvre froncée sur le bout du stylo
Extraits de "Le Hasard" © Gérard Cartier
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