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Jean-Gabriel Cosculluela
La pure perte des murs, des rues, des bruits. Les murs habitent désormais dehors. Le commencement : chaque mot détruit le commencement des mots. Le silence est une typographie de terre noire. [...] Les yeux portent la peau de la lumière, la peau de l'invisible. L'eau écrit un texte apocryphe contre l'abandon des mots. Avant d'avoir atteint la lumière du jour, ici, une voix poursuit toujours l'invisible, élève la terre avec des mots détruits pour renouer avec le commencement. Comment se résoudre à une vie de mains absentes ? [...] Les mots viennent d'un dialogue ruiné avec le secret d'air et avec le silence. [...] Lac. Dans ses talus d'approche, où l'eau élève le deuil de la terre, se tiennent parfois des mots mendiants de silence et d'air. [...] D'ici. Comme un attachement, comme un arrachement. Nous partons habiter des images, une histoire désormais invisibles. Au-dehors, la lumière reste inachevée. La lumière chassée de la lumière cherche un visage, en bas, un visage sous la voix sans voix, a luz chitada d'a luz. Prier, le corps à terre, répétant les mots jusqu'à l'impensable. Inscrit au sol et rendu aux mots des morts : c'est la seule image qui me reste du ciel. [...] Nous disons de peu, de rien pour habiter la terre, le ciel et l'eau qui ne sont à personne. [...] La pierre brisée de l'aïeule et de l'aïeul me tient dans une vie posthume. [...] La neige efface l'eau absente de leur mort. Rullar a nieu... Empierrer la neige, où la neige élève leur chemin nu. [...] Ici, la terre déborde le deuil.
In "Le Lointain est bleu" © Comp'Act, 1994
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