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Paul Fournel
Pierrot, fermement installé à la barre, les yeux plissés sur l'horizon, découvrit que la mer était un monde interminable qui avait la couleur du ciel. Elle miroitait des verts et des gris de colère et, le soir, éclatait en paillettes de soleil jaune que le vent arrangeait. Malgré les barrières d'écume, malgré le vent de côté qui couchait le bateau sur son oreille droite, Pierrot tenait son cap. Les hommes avaient découpé la mer en quartiers. Il sauta Nord-Irlande, il sauta Sandetié, il sauta Ouest-Écosse et, à chaque ligne se donna une fête. Dans le petit temps, il parlait aux vagues et aux mouettes pour garder l'âme bavarde. Lorsque la mer était grosse et que son coeur chavirait, il évoquait le plancher solide des cabanes et la force des branches plus grosses que le grand mât.
Extrait de "Pierrot grandit" © Calmann-Lévy/Réunion des Musées nationaux, 1994
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