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Catherine Fradier
Le vaste hall donnait sur une pièce immense. Le plancher au bois clair craquait sous leurs pas. Le mobilier de style colonial s'éparpillait ça et là au coeur d'un fouillis de plantes inextricables. L'atmosphère était moite. Des effluves de fauve et de moisi stagnaient dans l'appartement ensoleillé. Perchée sur un canapé en rotin, la poule battait des ailes. Carla n'avait pas lâché son arme. Ils avancèrent avec précaution jusqu'au milieu de la pièce. Félix fit un tour sur lui-même. - C'est quoi ce bordel ? - J'hallucine. Dis, Félix, tu crois qu'on se trouve encore à Lyon ? - Nom de Dieu ! Carla suivit le regard de Félix. Entre une table basse et le mur s'étalait une espèce de masse difforme, de couleur indéfinissable, énorme. Carla fit un pas, Félix un de plus. Il la retint. - N'approche pas ! - Quoi approche pas ? - Approche pas, j'te dis... quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Carla approcha. Et regarda. Un haut-le-coeur la tétanisa, une montée de bile noya ses amygdales. Elle écrasa ses doigts contre sa bouche, courut au-dessus d'un bac à cocotiers géants et vomit ses tripes. La nuque et la poitrine baignées de sueurs froides, elle haletait, se cramponnant à une branche. À travers un bourdonnement d'oreilles, elle entendit Félix crier "Je vous interdis d'entrer !" La tête lui tournait, elle déglutit douloureusement. - C'est un cauchemar n'est-ce pas ? - Ça va Carla ? - Tu crois qu'il est mort ? - Sûr ! - Vraiment sûr Félix ? - Sûr et certain. Il a d'abord été étouffé, puis avalé. L'anaconda est en train de le digérer. Ces saloperies de serpent ont de l'acide nitrique dans les boyaux. Un jour, j'ai vu un anaconda engloutir un crocodile. - Où ça ? - Á la télé. J'adore les documentaires sur les animaux. - Je croyais que tu regardais le foot. Carla approchait de la chose à pas précautionneux, bras tendus, les mains serrées sur la crosse du Rüger. - Tu fais quoi Carla, tu fais quoi ? Noooon ! Félix attrapa au vol Carla qui courait maintenant vers la bête, l'index sur la détente. Il la plaqua au sol, lui broyant le poignet pour lui faire lâcher prise. L'arme glissa sous un fauteuil. Carla se débattait, hurlait. - Bordel de merde, lâche-moi. Je t'ordonne de me lâcher. Je vais en faire un sac à main de cette pourriture de serpent. Faut le flinguer. Putain tu comprends pas ! Il est en train de bouffer un mec peut-être encore vivant !
Extrait du roman policier inédit "Les Soldats de Dieu" © Catherine Fradier
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