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Sébastien Joanniez
La mort
Je peux pas y croire : sans eux c'est pas pareil qu'avec et j'ai beau l'imaginer, j'ai pas l'imagination pour ça.
Parce que sans lui qui m'explique pourquoi, qui me raconte comment, qui m'apprend.
Parce que sans elle qui m'embrasse.
Parce que sans eux, j'ose même pas y penser.
Et parfois pourtant, je voudrais les détester, je voudrais faire qu'on se rencontre plus jamais et jamais se ressembler jusqu'au nom.
Je peux penser à ça sérieusement.
Et puis l'image de moi sans eux me claque à la figure et j'ai peur tout à coup de l'idée. Alors je l'oublie aussi vite, je la jette aux oubliettes, je l'expédie. Il me reste le coeur tambourinant, un mauvais goût dans la bouche comme si j'avais mâché du métal.
Il me reste l'angoisse que je peux pas m'enlever qu'un jour se lèvera sans eux.
Et je laisse l'idée loin de moi, je cours vers eux, je les entoure de mes bras pour que rien s'en aille.
Et rien s'en va, rien s'en va que l'idée dans l'ombre qui se cache. L'idée noire.
Extrait de "Je fais ce que je peux" © Éditions Sarbacane, 2004
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