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Maria London
LA CARESSE
Elle était seule, assise à même le sol dans une chambre vide. Seule avec son désarroi et son vide intérieur. Lasse d'avoir tant pleuré. Elle était dans cet état de dénuement rare, auquel les êtres parviennent seulement lorsqu'ils croient avoir tout raté, tout perdu.
Le rayon de soleil qui éclairait la chambre commença peu à peu à se poser sur elle, à la baigner de sa lumière, mais sans parvenir à la réchauffer. Sa voix intérieure, de pure lassitude, s'était tue, elle aussi. C'est alors qu'attirée par le soleil, une mouche vint se poser sur sa joue en osant y coller ses pattes souillées. Dans d'autres circonstances, une mouche l'aurait agacée. Dans d'autres circonstances, elle l'aurait chassée, mais cette fois-ci, elle était si absente à elle-même qu'elle resta sans la moindre réaction. L'indifférence qu'elle éprouvait, sentant l'insecte marcher sur son visage humide, l'amusa presque. C'était comme si elle n'était pas là, tout en y étant. Ses sens étaient tous éveillés, mais, en même temps, elle possédait le pouvoir inouï de ne pas réagir, ce qui lui permettait d'observer le monde tel qu'il était, sans l'altérer de sa présence. Le contact de la mouche marchant sur son visage produisit sur elle un effet surprenant : elle eut soudain l'impression que la mouche était venue lui offrir la caresse qu'elle n'attendait plus ; c'était... C'était, en quelque sorte, la vie, par son côté le plus humble, qui venait virevolter autour d'elle, la toucher, lui faire un cadeau. Cadeau de la richesse qui se dévoile à ceux qui n'attendent plus rien. Cadeau d'un instant simple mais tellement réel et lumineux que peu à peu toute son attention fut captivée. Alors, elle commença à aimer le chatouillement qu'elle ressentait lorsque les frêles pattes de l'insecte jouaient sur le duvet de sa peau, parcourant le relief de son visage. Elle restait de marbre et retenait son souffle pour ne pas effaroucher l'insecte quand il s'aventurait sur les ailes de son nez ou le sensible pourtour de sa bouche. Elle guettait ses décollages, écoutait son bourdonnement et attendait, immobile, le plaisir d'une nouvelle caresse. Immobile, non plus par désarroi, mais pour ne pas effrayer sa minuscule compagne d'un long instant, messagère surprenante d'un monde secret et merveilleux, auparavant inconnu.
Elle attendit sans bouger que le soleil suive son chemin, quitte la chambre et emmène l'insecte derrière lui. Alors, elle se leva. Le coeur léger et le regard ensoleillé, elle quitta cet endroit pour ne jamais l'oublier. @ Maria London, 2003.
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