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Hubert Mingarelli
Il regarda au-delà de l'écurie et dit d'une voix calme : - Ce que je viens de te dire rapport aux oies, c'est le début de mes réflexions, et je vois plus loin que ça, mais c'est pas a peine que je te fasse envie tant que j'aurai pas ton avis rapport au vieux lui-même. Au-delà de l'écurie on voyait les champs, et, plus loin vers l'est, la terre remontait, couverte de lande d'abord, puis d'arbres au sommet : des feuillus et des pins ; et on appelait ça les monts. C'est vers les monts que Sam portait son regard. Au bout d'un moment il se retourna et dit à la vieille l'exact cheminement de sa pensée : - Je vais revenir m'asseoir en face de toi, et tu me répondras si t'es d'accord pour que j'agisse comme un gars malin. Si t'es d'accord, alors je te dirai la totalité de mes réflexions. Sinon je me mettrai à faire les pois cassés et on n'en parlera plus. Il retourna près du fauteuil, prit une chaise et s'assit devant la vieille. Elle avait fait un creux avec sa main pour le poussin ; c'est l'autre que Sam guettait. Il attendit puis chercha les yeux de la vieille. - Alors ? Il regarda à nouveau la main ; elle était muette ; il s'agita sur sa chaise. - Bon sang ! fit-il la voix nouée, pense une minute aux oies, ça fera pas de difficultés, n'importe quel gars un peu habile... Il mit deux doigts sur son cou et baissa la tête brusquement. - C'est pas plus compliqué. Il surveilla la main. - Alors ? Elle eut une brève secousse. - Hein, quoi ? s'écria Sam. Refais-le que je sois sûr ! Refais-le une seconde fois ! La main obéit et Sam se frotta le visage nerveusement. Il jeta un regard circulaire à la pièce, revint sur la main et secoua la tête. - Je vais faire de la poule avec les pois cassés, dit-il. Il posa un doigt sur la couverture. - Je vais le faire maintenant. Il accentua la pression du doigt. - Je vais aller aiguiser ma lame, ça va pas traîner. La totalité de mes réflexions, tu l'auras après que j'ai fini avec la poule. Il se leva et gagna la porte. La maison, outre le poulailler, possédait un hangar perpendiculaire à la façade. Il y avait là plusieurs rangées de bois de chauffage, le caisson d'une batteuse et, entre deux rangées, une meule mécanique. Extrait de "Le Jour de la cavalerie" © Le Seuil Jeunesse, 1995
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