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Marcelin Pleynet
Éclair ou tonnerre Lucrèce ami de tout au monde le dit ainsi par l'univers s'envolent les pensées de la nature Quant à moi en lisant je suis sans maître et sans pensée Et je laisse vers moi l'année perdue dans la matière Et ces sages roseaux ceux qui disent la science Et les éclats de leur vie cachée selon le rythme des héros lorsque je les rencontre dans l'histoire comme Dante aux enfers toujours luttant contre l'obscurité et toujours sans repos Sans limite là ne sachant plus ce que je peux trouver avec joie Et pourtant comme tant d'autres porteurs d'étincelles dans le vide Après des siècles ce qui n'est plus continue de chanter dans la saveur brûlante du plaisir et de la poésie où il porta l'art-guerre docti furor arduus Lucreti le premier plus proche dans la grande douleur vidée de l'univers et de l'océan qui l'emporte histoire opéra de la science logique à la portée de notre histoire ici comme à la porte des enfers AOI.
In "Stanze", chant IV © Le Seuil, Tel Quel, 1973
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La place de la Concorde ouvre la rive gauche sur la rive droite, la périphérie sur le centre, le Paris historique du Louvre sur le Paris de la belle époque, du Petit Palais, du Grand Palais et des Champs-Élysées. Elle est comme la plaque tournante, le centre de l'exposition universelle et permanente des grandes vitrines de la capitale. Près du pont Alexandre III, les Palais des Expositions se perdent dans l'ouverture panoramique qui les domine, et de l'autre côté, la résidence du président de la République française, l'Élysée, n'est qu'un pavillon de grand luxe. Paris n'a pas de monument. Les siècles ont voulu lui en inventer quelques-uns pour alimenter la chronique. L'Arc de Triomphe, le Sacré-Coeur, la tour Eiffel, des curiosités. Notre-Dame, le Louvre, l'Institut sont comme des aide-mémoire, des rappels discrets d'ouvrages bien connus, des reliures patinées, des livres anciens. Lorsque les Français ont pris la Bastille, ils n'ont pas fait du plein, ils ont fait du vide. Trop de vide peut-être ? Tant de vide que certains n'en sont pas revenus. Si l'on devait donner la formule de l'esprit français, en ce qu'il ne ressemblerait à aucun autre, et en conséquence inquiéterait, je dirais qu'il fait de la place. Non pas comme le baroque italien en manière, en révulsion de regards, en torsions extatiques, mais plus tranquillement pour se complaire et se plaire à lui-même, pour dégager le panorama des croyances inutiles et des autres, pour la circulation, les besoins du plaisir et les jeux rhétoriques de l'esprit. Du siècle de Louis XIV au siècle de Voltaire, même combat. Il faudrait enseigner aux enfants que c'est l'esprit même du siècle de Louis XIV qui renverse la Bastille. Au demeurant, peu importe, tout passe dans l'air vide et plein de musique : sonate, fanfare, orchestre de la lumière. À vous de jouer.
Le soleil frappe de côté et soulève, enlève, emporte les chevaux de Marly de part et d'autre de l'obélisque de Louxor qui semble ici d'une taille très raisonnable. Lumières pâles, jaune et bleu, diagonales rasantes vers les jardins. Quelques silhouettes passent au loin, des taches violettes et grises. Quelques voitures sur la place comme des jouets d'enfants... Et le vaste ciel étendu à peine bleuté, lumineux, transparent. Tout est possible, si je veux bien accompagner le spectacle. Celui-là ou tout autre. Celui que chacun croit devoir se donner à lui-même en se donnant aux autres. Je veux bien accepter les rôles qu'on me propose et en jouer la comédie, mais pourquoi me laisserai-je entraîner à y croire ? J'y trouve ce que je cherche en faisant au mieux.
Extrait de "La Vie à deux ou trois" © Gallimard, 1992
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Avec cette langue-ci bien avant l'injustice à disposition comme si c'était possible je cherche dans l'histoire du temps de la vérité dans l'erreur
J'ai rêvé... la flotte achéenne dans le Golfe les drapeaux tendus l'or noir brûlant dans les déserts la fumée épaisse sur nous grassement payés un océan de pétrole où flottait la navicella del nostro ingenio
Avec les deux yeux j'ai rêvé le grec et l'hébreu en même temps
Pensée en même temps sauvage et bornée : la fratrie universelle cette machine de guerre du refoulement "Qui aura le pied assez vif pour en sortir d'un bond ?" Lequel est le chef ? Qui commande l'armée ? Nous sommes légion !
In "Le Propre du temps" © Gallimard, L'Infini, 1995
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