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Francis Pornon
Dans ce cloaque qu'on a fait de la France, "En étrange pays dans mon propre pays", Charles, mon père, tu crois que l'on peut envers et contre tout faire fleurir cent fleurs. Staline organise de main de fer la résistance aux armées d'Hitler. On parle d'un prochain débarquement anglo-américain quelque part en Europe. En ce Noël mille neuf-cent quarante et un, il ne faut pas que les hommes renoncent à aimer. Tu regardes ta compagne. Elle a des formes généreuses malgré les privations. Elle a des yeux lumineux malgré les larmes. Elle est belle. Et grâce à tout, la vie est belle malgré tout. Il ne faut pas que les hommes renoncent à aimer. Il ne faut pas. Car il faut que les hommes vivent. Qu'ils luttent. Qu'ils jouissent. Le couple se trouve dans une chambre d'hôtel ou dans quelque appartement du vieux Toulouse. Il ne passe pas Noël en famille. Toi, tu es persona non grata dans la famille de ta femme, ex-Croix de Feu. Évidemment, dis-tu, il fallait s'y attendre, des Froides Queues ! Les jeunes époux passent la plus belle des nuits de Noël, seuls avec leur amour. Une nuit d'amour, qu'est-ce que les nazis peuvent contre ça ? Giclant de l'homme, un grand geyser de vie fuse en la femme. Je naquis en septembre de l'année suivante.
Extrait de "Un homme seul" © Paroles d'Aube, 1995
Pourtant, ni les fleuves ni les murs ne sont infranchissables aux idées, encore moins le sont-ils aux mots de la poésie. Dans le temps et dans l'espace, les traversées de grands fleuves se firent souvent porter par les chants lyriques. Il y avait eu l'Odyssée, les troubadours. Il y eut le surréalisme, la beat generation, le tropicalisme... Il y avait la poésie de la Résistance. Il y a le rap, le raï, le chant kabyle... La résistance à ceux qui voudraient dresser des digues infranchissables entre les hommes, se fera peut-être, une fois de plus avec les armes de la poésie. [...] Chanter l'amour, l'accueil chez soi pour le repos de l'ami, l'accueil en soi dans la magie de la femme qui panse toute plaie en ouvrant grand la sienne, quelle plus belle résistance à la haine ?
Extrait de "Algérie, Algérie !" © Paroles d'Aube, 1998
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