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Philippe-Henri Turin
Le voilier sombra rapidement. Sans savoir comment il avait réussi à agripper un espar, Howard van Hoolen, hébété, surnagea un long moment d'une vague froide à une autre. Il se serait certainement noyé si des débris de son Sarawak n'avaient pas heurté sans arrêt ses bras, son cou, son torse, la douleur raidissant alors ses muscles, excitant son cerveau. Les débris dansaient autour de lui une ronde infernale qui semblait ne jamais connaître de fin. Le corps de van Hoolen montait et descendait, lui aussi, au gré des vagues et l'eau salée profitait de la moindre erreur de sa part pour pénétrer dans sa gorge. Combien de temps fallut-il pour que l'épuisement le prît et qu'il finît par accepter son destin ? Ses muscles s'engourdissant peu à peu, son esprit l'abandonnant, Howard, qui n'aspirait plus qu'au repos et au silence, laissa enfin glisser ses mains le long de l'espar. Il allait disparaître sans cris, sans larmes, sans amis pour le pleurer, quand de chaudes et fortes mains le hissèrent à bord d'un canot, le couchèrent rudement sur un caillebotis puis lui palpèrent le torse et les membres avant de le gifler pour essayer de le maintenir éveillé. Il entendit des voix incompréhensibles, le bruit des rames sur les plats-bords et des chaussures sur le caillebotis, le fracas de la mer indifférente à son malheur, aperçut un nez, des pommettes saillantes, un oeil bridé scrutateur, une peau noire, quelques profils qui se découpaient furtivement dans la lumière d'une lanterne et, en levant légèrement la tête dans un dernier sursaut, crut voir la sombre silhouette d'une cheminée de navire à vapeur, nichée entre deux écumeuses vagues verdâtres ; puis tout s'estompa, s'assombrit, disparut, laissant place à une nuit noire et silencieuse...
Extrait d'un roman illustré intitulé "Les Trois Vies de Monsieur Howard" © Philippe-Henri Turin
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