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Fabrice Vigne
Le sommeil lourd
Le rêve est en amont. La vérité s'avale, Sale poison qui se prétend médicinal. Planqués derrière un oeil, rigolent des oiseaux Derrière l'autre en feu, l'ascenseur perd les eaux. Le sommeil a des lois qui resteront obscures. On les entraperçoit, roulant à toute allure, Déguisées en furies pour tromper l'éveillé, Continuant pour elles seules de briller Quand le jour rend aveugle aux galaxies obliques Et nie toute existence à ce qu'il ne s'explique. Ce qui reste après coup des visions de la nuit ? À peine une impression, une mélancolie. La solution s'impose quand le réveil sonne : Il faudrait pour bien faire être une autre personne.
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Et rêve et vie et verres (évier)
Évitez vérité ! Revis, rêve ! et vis tes Vers hérités ! very raide ! Eh, vrai, t'es viré ! De dire de videur, d'ivres drilles divers Après vider des « dives », dévident et rient Des vétilles de riz, des devis de leurs vies, Dérivent à l'envi vers les heures d'hiver. « Y devraient rire derrière Yves et dès l'ivraie ! » Et de revivre, de délires délivrés. Rivées au verre, trêves dérivées ! Dérident De vertes rêveries de vits et de raies vides.
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Le temps change (À la manière de, pour mademoiselle Lola Le Boubec)
Il pleut. Qui est donc ce il qui pleut ? Est-il le même que celui qui grêle Ou qui fait beau, selon l'humeur Ou qui fait nuit Ou qui se fait tard Ou kiss fêtard Les éléments se cachent lâchement derrière ce il Et se déchaînent à l'indirect Dans ciel il y a « ce il » Mais ce n'est pas une excuse Après tout dans ciel on trouve aussi « le ic ». Il y a un hic ! Il ! Il ! encore lui qui hoquette Le ciel a-t-il besoin pour autant de ce il ? de ce lui ? De celui qui fait la pluie et le beau temps On dit le ciel est gris Vraiment le ciel est-il quelque chose ? Si on regarde bien, tout droit dans ses yeux bleus Il change tellement vite qu'il n'est rien du tout Il n'est pas, il devient, comme tout un chacun Il devient gris Il devient nuageux Il devient menaçant Il pleut ? Non, la pluie tombe D'elle-même Et les gens remontent Chez eux Et leur col Les pardessus se ferment Et les parapluies s'ouvrent Un grain se prépare Tandis qu'un cyclone s'abat Le vent siffle Ou s'enfle Ou souffle C'est nous qui sommes soufflés Ou s'essouffle Ou s'esclaffe L'orage roule Le tonnerre gronde Et l'éclair ? Qu'est-ce qu'il fait l'éclair ? L'éclair, lui, Il luit.
Prescque Javert
Trois poèmes inédits extraits d'un cycle intitulé "Hypnagogie" (1999) © Fabrice Vigne
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